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LA PISTE DES GEANTS
Chers amies et amis cinéphiles,Comme beaucoup de gamins des années 60, le western a nourri mon imaginaire. Mes héros ne s’appelaient pas Goldorak ou Harry Potter, mais Buffalo Bill, Kit Carson ou Cochise dont on lisait les exploits dans les “comics” de l’époque. Tout comme ceux d’un certain Rin Tin Tin. Durant une bonne partie du vingtième siècle, le western a été un cinéma de genre très populaire. Il s’est décliné dans toutes les langues et a représenté la civilisation d’un jeune pays : les Etats-Unis d’Amérique. Tous les grands metteurs en scène d’Hollywood ou presque y ont goûté (Ford, Hawks, Daves, DeMille, Mann, Walsh, Curtiz…); certains en sont devenus les spécialistes…aujourd’hui des icônes. La piste des géants va vous permettre de replonger dans cet âge d’or du cinéma où l’aventure, le spectaculaire et l’épopée sont toujours au rendez-vous. Vous pourrez, au fil du temps revisiter, quelques chefs d’œuvres du western, retrouver les héros du genre comme John Wayne, Gary Cooper ou James Stewart… ou quelques uns un peu moins connus comme Randolph Scott, Joël Mc Crea ou Ben Johnson. Si vous êtes un nouveau venu, avant d'entrer dans le saloon , promenez-vous dans le hall d''entrée ... Et surtout, laissez vos colts au vestiaire !!! Patrick Glanz |
( Ouvrez la porte / Open the door / Abra la puerta )
How the West was Won (la Conquête de l'Ouest)
IntroductionOld sheriff star
Le western - ou film de cow-boys - se confond avec le cinéma. Il se confond, surtout, avec l’histoire des Etats-Unis et plus spécifiquement de l’Ouest américain. C’est l’histoire des Blancs et des colons qui repoussent les frontières et les Indiens vers l’océan Pacifique, ultime impasse avant la mort. C’est la Guerre de Sécession entre le Nord et le Sud, les Indiens Sioux, Apaches, Comanches et Cheyennes, la lutte entre les grands propriétaires terriens et les fermiers, les éleveurs bovins et ovins, les shérifs et les bandits, les voleurs de trains et de banques, les tireurs d’élite, les femmes de petite vertu et les saloons. Les westerns, c’est le plus souvent l’histoire de vies et d’itinéraires, la construction de villes, les étapes de diligence, un chemin de fer qui pousse d’Est en Ouest, des communautés qui se regroupent, des forts militaires où l’armée des Etats-Unis tente de faire régner l’ordre, de donner un sens à un pays où la violence est partout. Le western, c’est aussi le progrès, la justice et la civilisation. Quand on essaie d’aller encore plus loin dans l’analyse, et au contraire d’autres cinémas de genre, la richesse du western est sans limite. Elle sous tend des catégories et sous catégories, John Ford, l’icône, ayant lui-même, visité toutes les possibilités (chronique de la cavalerie, règlements de compte, parcours initiatique et religieux, réalité et légende de l’ouest). Epopée et réalitéEdwin S. Porter
Elles prirent toute leur place
dans l'Ouest... Dans le remarquable ouvrage «Approches et mythologies du western», dirigé par Raymond Bellour, on compare, à juste titre, "le cow-boy au preux chevalier du XIII siècle". On touche au sacré et à l’épopée. Et Lucien Goldman le résume ainsi : "Elle exprime l’adéquation de l’âme et du monde, de l’intérieur et de l’extérieur, l’univers dans lequel les réponses sont présentes avant que ne soient formulées les questions, où il y a des dangers, mais pas de menaces, des ombres mais pas de ténèbres, où la signification est implicite dans chaque aspect de la vie et demande seulement à être formulée et non pas découverte". C’est l’histoire classique du “poor lonesome cow-boy” ou “chevalier errant en quête de son Graal“. Comme dans le roman d’aventures ou de chevalerie, le western est toujours habité par la mort. Au fil du temps, il va se nourrir de politique, de psychologie et de… justice. Fini le fier soldat de cavalerie, le vengeur masqué et le shérif incorruptible. La fin des années 50 et les années 60 voient apparaître un héros qui doute («le Train sifflera trois fois»), un shérif aux tendances homosexuelles («l’Homme aux colts d’or»). Le sur-western est apparu ! Son héros a changé; il n’est plus aussi transparent. Il a vieilli («Coups de feu dans la Sierra») et il est meurtri («L’homme de l’ouest»). Il se regroupe («La horde sauvage»). Il tire sans réfléchir («Le gaucher»). Surtout, il ne fait plus vraiment rêver… En quelques années, il est déjà le fruit du passé, d’une époque lointaine, d’une certaine mythologie de l’ouest. Le bien et le mal se confondent. John Ford, le génie classique, l’avait compris, lui qui dans «l’homme qui tua Liberty Valance» tua son propre mythe, son propre cinéma. Que disait-il en fait? "Je vous ai raconté la légende, mais la vérité est tout autre…". Le héros du western moderne est maintenant un réaliste ! Les westerns muetsDavid Wark Griffith
La conquête de l’ouest et son développement entre 1850 et 1900 (la découverte de l’or en Californie remonte à 1848), vont fournir le principal matériau de décennies de westerns. Cette époque correspond à l’apparition de légendes ( Le cinéma va développer cette imagerie, mais le western, dans un premier temps et compte tenu de ses insuffisances techniques, va se contenter de dessiner de petits héros. Les premiers westerns, aux environs de 1898, sont très courts et ne durent pas plus de dix minutes. Ils sont produits par Les historiens officiels vont cependant considérer «The great train robbery», réalisé en 1903 par Trois ans plus tard, le peu célèbre Otis M. Gove va tourner «A California hold-up», premier western réalisé à l’Ouest. En 1917, celui qui allait devenir l’incontestable “empereur” du western, En 1926, près de 30% des films américains sont des westerns, et on en dénombre 571 entre 1925 et 1927. A l’aube du parlant, le western se porte comme un charme. Parmi les classiques: «Le dernier des Mohicans» (Maurice Tourneur) «Le signe de Zorro» (Fred Niblo, 1920), «The covered wagon» (James Cruze, 1923 ), «Three bad men» (John Ford, 1925), «The pony express» (James Cruze, 1925), «The winning of Barbara Worth» (Henry King, 1926 ), «The trail of 98» (Clarence Brown, 1928) ... La splendeur du westernJohn Ford
Natalie Wood dans
"la Prisonnière du désert" Les années 30 et l’apparition du parlant vont permettre à quelques metteurs en scène de tourner de bons westerns. On pense plus particulièrement à «La piste des géants» (1930) de Raoul Walsh avec un certain Marion Michael Morrison, accessoiriste à la Fox (qui va devenir dans ce film John Wayne), à «Cimarron» (1931) de Wesley Ruggles qui va obtenir l’Oscar – il faudra d’ailleurs attendre 59 ans et «Danse avec les loups» de Kevin Costner pour voir un western obtenir de nouveau la statuette - ou encore l’excellent «Une aventure de Buffalo Bill» (1936) de Cecil B. De Mille dans lequel Gary Cooper interprète magnifiquement un héros de l’ouest, Wild Bill Hickok. Mais un homme, à lui seul, va écrire la légende du western : John Ford. De son vrai nom Sean Aloysuis O’Feeney, cet Irlandais a déjà beaucoup tourné durant la période du muet. Par la suite, il a touché à d’autres genres avant de revenir au western en 1939 avec un film qui va marquer le début de l’âge d’or du genre, «La chevauchée fantastique» (1939). Au fil d'une vingtaine d’années, John Ford va écrire quelques unes des plus belles pages du cinéma mondial. Il va devenir le chantre du western classique avec au moins une dizaine de chefs d’œuvres sur les 12 westerns tournées («la chevauchée fantastique» (1939), «la Poursuite infernale» (1946) , «le Massacre de Fort Apache» (1948), «la Charge héroïque» (1949), «Rio Grande» (1950), «la Prisonnière du désert» (1956), «l’homme qui tua Liberty Valance» …) Dès «la Chevauchée fantastique» (une adaptation de «Boule de suif» de Maupassant), Ford va utiliser les décors de Monument Valley qu’il rendra légendaire. Tout comme le règlement de compte à OK Corral dans «La poursuite Infernale» où il va mythifier la vie du shérif John Ford va ensuite s’attacher durant 3 films («le Massacre de Fort Apache», «la Charge héroïque» et «Rio Grande», déjà cités) à la cavalerie américaine. "Leur solde est de 13 dollars par mois. Leur régime est fait de haricot et de foin. Peut-être de la viande de cheval, avant que la campagne finisse. Ils se chamaillent aux cartes ou bien pour un whisky tord-boyaux, mais ils partageront, ensuite, jusqu’à la dernière goutte de leur gourde. Leurs visages peuvent changer, même leurs noms, mais ils sont là. Ce sont eux le régiment, l’armée régulière, maintenant et pour cinquante ans". Durant cette trilogie, il va examiner la vie de troupe dans un fort. Il intègre, à coté de scènes d’action, des moments de comédie et d’émotion. Il est le réalisateur de la vie et du quotidien. Jamais, dans aucun autre film, ne verra t-on de façon si belle le retour du régiment sous les yeux des femmes. Jamais ne verra t–on aussi bien la bravoure des hommes. La beauté du technicolorAnthony Mann
Avec Les grands metteurs en scène vont pouvoir utiliser le technicolor pour magnifier leur histoire. Avec Mann, le western est beau. Dans ses films, il décline le thème de la vengeance et fait preuve d’une grande virtuosité technique. Ses scénarios, la plupart écrits par Borden Chase, sonnent l’heure de l’aventure individuelle. Ils frôlent, parfois, la tragédie, magnifiquement interprétés par des héros en proie à quelques ruminations méditatives et souffrances intérieures. On retrouvera James Stewart, l’acteur bien-aimé de Mann, dans un autre film phare des années 50, une date dans l’histoire du western mondial : «La flèche brisée» de Un ans plus tard, Anthony Mann, réalisera «la Porte du diable» avec Robert Taylor dans le rôle du sergent-major d’origine indienne et emboîtera le pas de Daves. Durant les années 50, le western atteint son apogée. La splendeur des images, la variété des histoires, le charisme des vedettes (Cooper, Stewart, Fonda, Wayne…) n’ont pas d’égal. John Ford avec «la Prisonnière du désert» (1956) et Howard Hawks avec «Rio Bravo» (1959) vont, même, réussir deux des meilleurs films de l’histoire du cinéma, tous genres confondus, deux chefs d’œuvres absolus qui resteront à jamais gravés dans nos mémoires. Les héros sont fatiguésSergio Leone
Kevin Costner dans
"Danse avec une les loups" Outre ces grands metteurs en scène, on ne peut passer sous silence l’apport d’un homme comme
Et si John Ford tourne une page d’histoire avec «L’homme qui tua Liberty Valance» (1962) et «Les Cheyennes» (1964), c’est De nombreuses autres œuvres, toutes aussi iconoclastes et crépusculaires, vont suivre jusqu’à la fin des années 70 et le désastre financier du film de Michael Cimino, «la Porte du paradis» (1980). En 1981, on peut le dire : le western est mort. Comme ses illustres metteurs en scène (Ford, Mann, Hawks ou Daves). Mais il va ressusciter, l’espace de deux ans avec trois œuvres majeures et adultes : «Danse avec les loups» (1990), «le Dernier des Mohicans» (1992) et «Impitoyable» (1992). Kevin Costner, acteur en pleine gloire, va choisir le western pour réaliser son premier film. Et quel film ! Un hymne à la tolérance et à la nature. "Ce film est ma lettre d’amour au passé", confie l'acteur dont le film sera, à juste titre, couronné dans le monde entier. Douze ans plus tard, il réalisera un autre bon western, «Open Range» (2004). Dans «Impitoyable», Clint Eastwood finira son film dans un cimetière où Bill Munny se rend sur la tombe de sa femme. C’est un lieu symbole où le héros trouve refuge et réconfort. Cette fois-ci le western est vraiment mort. Vive le western. Patrick GLANZ |







Kit Carson
Wild Bill Hickok
Buffalo Bill
Jesse James
Billy the Kid
Thomas Edison
Wyatt Earp
Raoul Walsh
Howard Hawks
Delmer Daves
Bud Boetticher
Sam Peckinpah


