Merci de signaler l'absence de l'image Il était une fois dans l'Ouest (1969)
L'Encinémathèque

'photobusta' italienne

Sergio Leone …

Un père acteur de théâtre et metteur en scène (Roberto Roberti, né Vincenzo Leone, qui signa le premier western italien, «La vampire indienne», en 1913), une mère actrice (Bice Valerian), Sergio Leone ne pouvait se diriger que vers le 7eme art.

Plus tard, il expliquera : "J’ai toujours adoré le cinéma. Les westerns, bien sûr, mais surtout les films avec Bogart. Et puis Lubitsch et Huston…"

Né le 3 janvier 1929 dans un palais historique de Rome, le Palazzo Lazzeroni (Son père est originaire de Lombardie, son grand-père d’Avellino près de Naples), le petit Sergio aura une enfance riche et mouvementée.

Durant la guerre, son père prend sa carte au parti fasciste avant de la déchirer quatre jours plus tard pour rejoindre un groupe d’intellectuels de gauche. Vincenzo, vite mis à l’index, doit mettre en vente toutes les œuvres d’art qu’il avait acheté grâce à ses succès au théâtre afin de pouvoir faire vivre sa famille. Sergio rejoint donc les frères Saint-Jean-Baptiste-de-la-salle où il va mener ses études et prendre des cours … d’escrime ! Il va surtout apprendre à développer ses jugements et à forger son caractère.

Sergio Leone n’est pas un bon élève. Il se souvient : "Je n’étais pas bon, mais j’apprenais ce qui était nécessaire pour obtenir un peu plus que la moyenne".

 Durant cette période de fascisme, Leone découvre les “burattini”, les marionnettes napolitaines. Il n’hésite d’ailleurs pas à comparer Mussollini à une marionnette …

La famille s’installe alors à Trastevere, un quartier de Rome, où les petits voyous faisaient souvent la loi. Sergio et ses copains vivent, comme beaucoup, de petites combines et de bagarres, tels que les «Vitelloni» si bien décrits par Federico Fellini (1953). "J’avais écrit un scénario", raconte Leone à Noël Simsolo dans son excellent ouvrage «Conversation avec Sergio Leone», "… il s’appelait ‘Viale Glorioso’. Mais, je l’ai détruit quand j’ai vu les ‘Vittelloni’ de Federico."

A cette époque, Leone découvre le cinéma américain et ses héros magiques : Gary Cooper, Errol Flynn, Humphrey Bogart, mais aussi tous les films de Charles Chaplin. Il accompagne également son père, qui a repris le travail, sur les tournage et devient rapidement l’assistant de son parrain, Mario Camerini. Il dévore les “fumetti”, BD d’aventures, les romans noirs de Dashiell Hammett, Raymond Chandler, James Cain …

Assistant vedette …

En 1946, Sergio Leone va exécuter quelques figurations. Il participe ainsi au «Voleur de bicyclette» de Vittorio De SicaVittorio de Sica (1948), dont il devient surtout l'assistant. Dans cette activité, Alessandro BlasettiAlessandro Blasetti est le premier à lui faire confiance. Suivront Luigi Comencini, Mario Soldati et Mario Bonnard. Leone a désormais 19 ans; il abandonne ses études de droit et devient rapidement assistant-professionnel. Il se souvient : "C’était une ambiance extraordinaire. On commençait à 8 heures pour terminer vers 15 heures, car dès 15h 30, Mario Bonnard se mettait au lit, afin de sortir jusqu’à deux heures du matin. !"

Dès 1950, il apparaît comme un assistant très recherché. Il travaille sur «Quo Vadis» de Mervyn LeRoy (1951), «Hélène de Troie» de Robert Wise (1955), cotoyant Raoul Walsh. A cette époque, Leone visite les agences de casting. Il découvre une certaine Brigitte BardotBrigitte Bardot, déjà mariée à Roger Vadim, mais quasiment inconnue. Elle aura un petit rôle dans «Haine, amour et trahison» (1954) et dans «Hélène de Troie» (1955).

Les réalisateurs hollywoodiens, qui tournent de plus en plus en Italie ou en Espagne pour des raisons financières, se passent le mot et font travailler le jeune Romain.

En 1959, William Wyler débarque à Cinecitta pour tourner quelques scènes de «Ben Hur». Il réserve Leone pour travailler, avec Andrew Marton, sur la scène de la course de chars. Ce dernier poursuit avec «Les derniers jours de Pompei», signé par Mario Bonnard mais terminé par Sergio Corbucci, le réalisateur étant tombé malade.

Rassuré et content de son travail, les producteurs demandent alors à Leone de tourner un premier film. Ce sera «Le colosse de Rhodes» (1960), un péplum de bonne facture.
Nous sommes en 1963 et Léone va entamer sa trilogie du dollar et révolutionner le western.

En 1962, il termine son travail d'assistant sur le tournage de «Sodome et Gomorrhe» de Robert Aldrich, "un bandit qui ruinera l’honnête producteur Lombardo !".

Clint Eastwood …

Anigo Colombo et Giorgio Papi, directeurs de la société Jolly Films, proposent à Sergio Leone de tourner un western. "Je me disais que les adaptations de Karl May marchait bien en Allemagne. Alors, j’envisageais un western en Italie. J’avais vu ‘Yojimbo’ de Kurosawa. Le thème me plaisait : un homme arrive dans une ville où deux bandes rivales se font la guerre. Il se place entre les deux camps pour mieux les démolir."

Pour monter son film, il a besoin de 120 millions de lires. Il pense à Henry Fonda pour le rôle principal, mais l’agent de l’acteur ne lui donnera même pas le script ! Leone tente alors d’engager James Coburn, mais la production ne veut pas lui donner les 25 000 dollars demandés par l'un des «Sept mercenaires».

Alors le réalisateur, qui avait remarqué le jeune interprète de la série télévisée «Rawhide», en contacte le héros. Il s’appelle Clint Eastwood. Pour 15 000 dollars, il accepter de tourner en Europe. "Eastwood ne parlait pas beaucoup", se rappelle Leone. "Il m’a simplement dit : ‘on va faire un bon western, mister !’ Seul petit hic, il ne fumait pas et je lui ai glissé un Toscane à la bouche."

Leone, qui recherche un compositeur, se souvient qu’il a partagé un banc scolaire avec un certain Ennio MorriconeEnnio Morricone. Ce dernier va donc travailler sur le premier western de Bob Robertson (pseudonyme de Sergio Leone au générique) et s’inscrire à tout jamais dans l’histoire du cinéma international.

Leone-Morricone : un ticket gagnant. Le metteur en scène dira d’ailleurs de son ami : "Enrico n’est pas mon musicien, c’est mon scénariste."

Pour sa première mise en scène, Sergio Leone alterne les gros plans de visages et les plans larges. Ses cow-boys sont sales et mal rasés; ils portent de longs manteaux. Marque de fabrique, la violence est omniprésente. Leone surprend son équipe par ses idées originales car son scénario est des plus maigres : "Il avait tout dans la tête", raconte son chef opérateur Tonino Delli Colli.

Avec «Pour une poignée de dollars» (1964), un film auquel personne ne croit puisqu'il ne sort que dans une seule salle de Florence avant de faire le triomphe que l'on sait, Sergio Leone revolutionne les règles du western. L'oeuvre connaît un énorme succès, notamment en Europe. Le metteur en scène, qui avait négocié 30% sur les bénéfices, ne verra jamais son argent car les producteurs, auxquels Akira Kurosawa fait un procès pour plagiat, font faillite !

Le metteur en scène des gros plans …

"Le western est le territoire de nos rêves et le territoire de nos rêves est peuplé de fantômes", déclare le réalisateur.

Leone est un pessimiste. Dans ses films, les morts se ramassent à la pelle. On se souvient notamment des scènes de guerre de «Le bon, la brute et le truand» (1966) où, devant le carnage, l’un des deux pistoleros avoue : "Je n’ai jamais vu un tel gâchis d’hommes". Dans son deuxième western, «Et pour quelques dollars de plus», le personnage incarné par Clint Eastwood affirme : "Je n’ai jamais rencontré la paix, je n’y crois pas".

Le directeur impose son style et son timing. Généralement ses films sont longs. Il étire l'histoire et multiplie les scènes. Très influencé par le cinéma japonais, il prend son temps, poussant l’esthétisme à son extrème.

Pour quelques dollars …

Sergio Leone met donc en route son deuxième western. "Par pure vengeance … J’avais lu plusieurs titres sur les les chasseurs de primes et j’ai voulu en faire des héros". L’intrigue est simple : deux hommes vivent en tuant des gens, chacun y parvenant à sa manière. Il engage Eastwood et Lee Marvin pour les deux rôles. Mais, trois jours avant le début du tournage, Marvin fait faux bond, préférant rejoindre en vedette le plateau de «Cat Ballou», avec Jane Fonda. Leone prend donc un avion pour les Etats-Unis et, en feuilletant un book, tombe sur le visage de Lee Van Cleef. Mais celui-ci a arrêté le cinéma depuis trois ans à la suite d’une chute et d’une cure de désintoxication. Il accepte toutefois de reprendre du service pour quelques … 15 000 dollars ! "Il était sensible et intelligent", dira de lui son nouvel employeur.

Le scénario est confié à Luciano Vincenzoni auquel il est demandé d’écrire le script comme s’il s’agissait de … jeux d’enfants !

Le western spaghetti est né …

C’est à partir de ce film qu’on parle de “western spaghetti”. Au grand dam de Leone qui, au regard de la multitude de navets qui sera tournée, confiera quelques années plus tard : "Je fus considéré comme le père du western spaghetti mais quand j’ai vu les autres films, je me suis aperçu que j’avais eu des enfants tarés !"

En 1966, il est devenu un metteur en scène “bankable” (comprendre rentable). La United Artists lui commande donc un nouveau western. Il décide de situer l’action de «Le bon, la brute et le truand» pendant la Guerre de Sécession. Il reprend Clint Eastwood pour le rôle du Bon, choisit Eli Wallach (remarqué dans la «Conquête de l’Ouest») pour l’emblématique Tuco et Lee Van Cleef pour le tueur froid, Senteza.

Le film est un savant dosage de comédie et de tragédie, entre le rire et les larmes, les sauvetages et les tueries, ressemblant à une épopée picaresque à la Don Quichotte. Des trois héros, c’est le rabelaisien Tuco qui attire la sympathie du public. Il tire, rote, jure et crache. Il est humain, quoi …

Quand Leone montre la guerre, il ne prend pas partie. Il constate simplement l’abominable boucherie. La fin du film et son célèbre “triel” (duel à 3) constituent un chef-d’œuvre. Le génie italien a dessiné un cimetière circulaire propice à son final. Sur une des tombes, on peut lire le nom de Sam Peckinpah : le western de Cinecitta enterre celui de Hollywood. Juste avant le combat, Eastwood trouve un poncho près d’un soldat sudiste mourrant. C’est celui qu’il portait dans «Pour une poignée de dollars». La boucle est bouclée.

Il était une fois un artiste …

Si «Le bon, la brute et le truand» est un bon film, Leone glisse tranquillement vers ses grands monuments : «Il était une fois dans l’ouest» (1969), son dernier et meilleur western, et «Il était une fois en Amérique» (1983), l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma. Entre les deux, il aura tourné le moins bon «Il était une fois la révolution» (1971).

C’est d’ailleurs «Il était une fois en Amérique» qu'il veut entreprendre dès 1967. Toutes les “majors” lui font les yeux doux. Mais elles réclament un nouveau western. C’est finalement la Paramount qui décroche le contrat : "Les producteurs me laissaient carte blanche et c’est cela qui a guidé mon choix."

Pour le scénario, il travaille avec Dario Argento, alors journaliste, et Bernardo Bertolucci. L’écriture dure vingt jours. Le découpage des scènes, préparé avec Sergio Donati, lui prend deux mois : "Très vite, j’avais mon film en tête. Je voulais faire un ballet de morts en prenant comme matériel tous les mythes ordinaires du western traditionnel : le vengeur, le bandit romantique, le riche propriétaire, la putain".

Avec «Il était une fois dans l'Ouest», Leone va marquer à tout jamais le genre :

  1. Ennio Morricone compose une musique inoubliable
  2. Henry Fonda tient un rôle de salaud alors qu’il était l’image pure de l’Amérique.
  3. La plaine américaine est photographiée de façon merveilleuse.
  4. Les trente premières minutes du film constituent une leçon de cinéma moderne.

Ne sous-estimons pas pour autant la fraîche beauté de Claudia Cardinale, les talents de Jason Robards et de Charles Bronson (dans le rôle de “l'Harmonica”). Tout assemblé et monté, le résultat donne un excellent western digne, dans sa narration, des plus grands classiques de John Ford, Howard Hawks ou Anthony Mann, ces maîtres dont l'élève bouleverse définitivement le style.

Le film est superbe et Sergio Leone est devenu un grand metteur en scène. Après lui, le western ne sera plus jamais tout à fait le même …

Les westerns de Sergio Leone

Cliquez sur les millésimes soulignés …

1964 - PER UN PUGNO DI DOLLARI ( Pour une poignée de dollars)

1965 - PERQUALCHE DOLLARO I NPIU (Et pour quelques dollars de plus …

1966 - IL BUONO, IL BRUTTO, IL CATTIVO (Le Bon, la Brute et le Truand)

1969 - C'ERA UNA VOLTA IL WEST (Il était une fois dans l'Ouest …)

Patrick Glanz, octobre 2008
(Ed.6.1.1 : 31-10-2012)