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Michel MAGNE (1930 / 1984)

L'Encinémathèque

En fond sonore de cette page, les plus anciens de nos visiteurs reconnaîtront un extrait de la musique écrite pour l'émission télévisée «Cinq colonnes à la une». Son créateur, Michel Magne, est un de nos plus fameux compositeurs de musique de films.

Personnage riche, créatif, original, sincère  et dramatique, il a tout osé, abordant les genres les plus divers, de la chanson de variété à la musique électronique la plus innovante …

Essayons de mieux appréhender ce bâtisseur d'émotions, auteur d'un ouvrage autobiographique fort attachant, trompeusement intitulé «L’amour de vivre» …

Note du webmaître : La filmographie attenante à cette page est fréquemment illustrée par des extraits sonores, accessibles en cliquant sur les années encadrées : suivant le débit de votre liaison internet, il vous faudra faire preuve d'un peu de patience pour laisser les notes vous parvenir entre les oreilles !

T13 - Michel Magne, en quête d'absolu …

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Un petit garnement musicien  …

Michel Magne naît le 20 mars 1930 à Lisieux. Cinquième  d’une fratrie de huit rejetons, il est élevé dans la religion : c'est le pays qui veut ça !. Ses parents, catholiques convaincus, gèrent une œuvre de bienfaisance qui s’occupe d’écoles et d'ateliers d’apprentissage pour les enfants démunis.

A 5 ans, déjà chahuteur, il découvre le piano grâce à M. Mauger, organiste de la basilique, qui vient lui donner des cours. A 6 ans il "bricole des mélodies tordues", autant dues à son imagination qu’au mauvais état du piano familial.

La famille et les élèves de l’école constituent son premier public. Pour eux, il compose des cantiques à sa façon. Il est bien vite enrôlé pour tenir l’harmonium paroissial. Mais son anti-conformisme précoce lui joue des tours, comme le jour où il ose, lors d’une messe, interpréter une valse au moment de la communion !

A la veille de la guerre, (il n’a que 8 ans), il découvre les grands musiciens romantiques allemands, Wagner en tête. De là date son goût de la démesure, du "démentiel", osera-t-il préciser. Epris de musique classique, il accomplit sa scolarité en zigzags, la discipline n'étant pas sa première qualité. Mais l'imagination créative ne lui fait pas défaut : "Si je travaillais mal mon piano, j’étais en revanche de plus en plus attiré par la création pure".

La guerre déclarée, il “résiste” à sa façon, se mêlant à de petites bandes de  galopins futés qui se glissent sous les camions allemands pour crever les pneus ! En 1941, la famille se replie en Auvergne, sans le papa : plus de piano, tout juste les harmoniums des églises … C’est certainement pour cela, confessera-t-il, que Jean Yanne lui commandera la musique de «Tout le Monde, il est beau, tout le monde il est gentil» (1972).

Le retour en Normandie se fait en 1943. L'adolescent connaît les bombardements, puis le débarquement allié au cours duquel les soldats américains répandent leur musique swing. Toujours aussi  mauvais élève, Michel étudie le violon à Alençon. Il a la chance de rencontrer un couple de professeurs, puis un maître de chapelle, qui prennent son rêve au sérieux  : composer …

Vers la création, à la recherche du son pur …

En 1945, il ne veut plus retourner à l'école. Après quelques échanges orageux, grâce à l’appui de ses frères et soeurs, il parvient à convaincre ses parents. Désormais compositeur, il écrit des pièces courtes pour piano, puis un concerto pour piano et orchestre. Cette œuvre qu’il estimera postérieurement maladroite sera valorisée par Roman Gorecki, un violoniste polonais avec lequel il se produira en concert dès l’année suivante.

Admis bientôt au Conservatoire de musique de Caen, il forme, avec d’autres élèves un petit orchestre, La Tourelle Normande, qui loue ses services pour  animer des cérémonies. Il s'intègre également à un groupe, Les tréteaux de la Besace, dont il accompagne les chanteurs tout en exécutant un numéro d'équilibriste ! Parallèlement, il poursuit sa formation musicale auprès de Simone Plé-Claussade.

En 1948, on le retrouve à Paris où, hébergé par une parente, il découvre la musique électronique au travers du génie de Martenot. A l'aide des premiers magnétophones, il s'amuse à traficoter des mixages, aspirant "à trouver des sons purs ". Il composera bientôt des œuvres très particulières dont les titres résument le contenu : «Visions pour un enfer plus clément» ou «Banquet foutral du subconscient lactique» ! Attiré par l’ésotérisme, il s'interroge  : "Oserai-je être un mutant ?".

"J’aime pas les fusils !" Il lui faut pourtant effectuer son service militaire. Rapidement au “trou”, il a le culot d’écrire au colonel. Par chance, celui-ci est un mélomane et Michel est affecté à la Musique du régiment. Avec 7 copains soldats-musiciens, il monte un orchestre d’instrumenteurs électroniques, initiative originale pour l'époque. Toujours en recherche de sons nouveaux, avec l’aide de son ami acousticien Gérard Delassus, il  trace de nouveaux sillons musicaux en exploitant "la manipulation de sons et du spectre sonore".  Plus tard, les synthétiseurs réaliseront cela en quelques minutes, mais nous ne sommes qu'au début des années 50 !

Rendu à la vie civile, il éprouve bien vite "une rage de vivre et d’inventer". Le 15 juillet 1954, à la salle Gavau, il donne un «Concert de musique inaudible» : en clair, une séance d’infra-sons ! Catastrophe : toute la salle est malade !  Mais quelqu'un est conquis par la nouveauté : Abel Gance aura compris les possibilités inouïes de cette étonnante expression musicale et sera son fidèle défenseur. Le célèbre metteur en scène lui  proposera même d’adapter ce genre original à ses propres créations. Il tiendra sa promesse puisque Michel Magne signera la partition de «Cyrano et D’Artagnan» (1962).

Compositeur de musique de films …

Le premier long métrage dont Michel Magne produit la musique d’accompagnement est «Le pain vivant» de Jean Mousselle (1954), d’après l’œuvre  de François Mauriac. D’autres partitions lui sont commandées pour des comédies qui se laissent gentiment regarder, comme «Les pique-assiettes» (1960) ,  «Les livreurs» (1961) , «Les bricoleurs» (1962), tous de Jean Girault.

Le 20 mai 1955, au Palais de Chaillot,  Michel Magne donne sa «Symphonie Humaine» où il fait “ravaler” à Hitler tous ses discours à l’envers, noyés sous un fond sonore puissant. La critique n’est pas tendre mais Boris Vian le soutient tandis que Jean Cocteau et Françoise Sagan l'honorent de leur amitié.

Il faut bien vivre : Michel Magne s'autorise  la composition de chansons pour Renée Caron (Madame Fernand Reynaud), Juliette Gréco, Mouloudji, choix éminemment respectables.

Il crée l'accompagnement d’une comédie-ballet,  «Rendez-vous manqué», dont le titre inspirera les critiques persifleurs, mais que le public soutiendra de sa présence.

Au cours d'une tournée triomphale  à travers le monde (1958/1959), il rencontre, à Amsterdam, la danseuse Monique Vence qui, devenue son épouse le 28 juin 1960, lui donnera une fille, Magali (1960), et un fils, Marin (1963).

Après avoir enregistré plusieurs disques («Paris», récompensé par l'Académie Charles Cros en 1959, etc) et inspiré quelques autres («Electrode», etc), il a l’opportunité, à l'aube des “sixties”, d’être l’accompagnateur du fantaisiste Raymond Devos, avant de suivre Johnny Hallyday dans ses tournées. En 1961, la télévision lui offrant une «Carte blanche», il choisit comme présentateur son ami Jean Yanne, avec lequel il travaillera à nouveau : «Moi yen a vouloir des sous» (1973) et «Les Chinois à Paris» (1974).

Composer pour des films mythiques !

Octobre 1961 : Gene Kelly qui prépare «Gigot», demande à notre musicien d'arranger la musique des mélodies conçues par sa vedette, Jackie Gleason. Engagé comme orchestrateur, il est sollicité pour créer des pièces de transition, puis des morceaux de fond. Son travail lui vaudra une nomination aux Oscars 1962 dans la catégorie idoine, une reconnaissance qui lui apportera de nombreuses propositions.

Mais Michel Magne n’envisage pas de s’installer Outre-Atlantique. Bien lui en prend, puisque Henri Verneuil lui confie le soin d'écrire la partition de «Un Singe en hiver» (1962) .  Il se rappellera la difficulté à faire tomber les notes juste à point avec le flamenco endiablé dansé sur une table par Jean-Paul Belmondo. Il faut croire que le metteur en scène aura été convaincu de son talent puisqu’il n’hésitera pas à envisager une nouvelle collaboration sur «Mélodie en sous-sol» (1963).

Roger Vadim fera également souvent appel à lui : «Le repos du guerrier» (1962), «Le vice et la vertu» (1962), «La ronde» (1964) et, bien plus tard «Don Juan 73» (1972).

On peut encore reconnaître la musique de Michel Magne dans des films mythiques comme «Les tontons flingueurs» (1963), «Le Monocle rit jaune» (1964) ou «Fleur d'oseille» (1967) de Georges Lautner. N’oublions pas la série des «Fantomas …» (il collaborera à 9 reprises avec André Hunebelle), «Compartiment tueurs» (1965) et «Un homme de trop» (1966), de Costa-Gavras, etc. Le thème qu'il imagine pour «Par un beau matin d’été» (1965) pour porter les mots écrits par Pierre Delanoë deviendra une chanson interprétée par Nicoletta.

Mais sa musique la plus connue et sans doute la plus appréciée demeure celle qui agrémenta la série des «Angélique …» mise en images par Bernard Borderie entre 1964 et 1968 : "Pour enregistrer la bande sonore, je disposais d’un orchestre de cent musiciens et de 200 choristes !". Le succès fut immense et les microsillons s’arrachèrent dès leur mise sur le marché. Cette mélodie romantique et enlevée, tout autant que la sensualité de Michèle Mercier, contribuera à l'universalité et à l'intemporalité des aventures de la belle marquise.

Hérouville, splendeur et décadence …

En 1962, Michel Magne achète le château d’Hérouville, une bâtisse en ruines près de Pontoise,  qu’il va s’ingénier à restaurer lui-même. Il y accueillera tout le gratin de la musique et du cinéma, organisant des banquets de plusieurs centaines de personnes, menant vie folle et nuits blanches, connaissant délires et excès. Le couple ne résistera pas à cette ambiance de plaisirs et de folie et la jeune épouse s’éloigne (1968).

Début 1969, un incendie ravage toute une aile du château. Pourtant, dès le mois d’août, son propriétaire installe, dans l’aile restée intacte, une salle d’enregistrement.  Un peu plus tard, il fonde la Société d’enregistrement Michel Magne, mettant à la disposition des professionnels et des particuliers un studio d'enregistrement champêtre. De nombreux musiciens venus à Hérouville y trouveront le gîte, le couvert et le studio pour un prix forfaitaire : Elton JohnCat Stevens, les Pink Floyd, Rod Stewart, Eddy Mitchell, Nino Ferrer, Pierre Vassiliu, Claude Nougaro, Michel Polnareff, Johnny Hallyday, Danyel Gérard, Salvatore Adamo, Gilbert Montagné, David Bowie et bien d'autres profiteront de ces installations.

Entre temps, Michel Magne s’est remarié (1972) avec une ravissante Marie-Claude qui lui donnera un petit garçon, Michael (1973).  Hérouville retrouve une vie trépidante, où toute une faune s'ébat sans que le maître de maison n’arrive à vraiment  connaître tout le monde. Artiste plutôt que gestionnaire, il est bien vite dépassé et les recettes ne compensent pas les dépenses. Il confie alors la gestion de son affaire à Yves Chamberland qui, quelques années plus tard, remettra l’accord en question. Le château sera vendu  en 1979.

Ruiné, Michel Magne, s'installe à Saint Paul de Vence avec sa famille. Tout en continuant à composer, il se tourne vers la peinture et la sculpture. Des amis fidèles lui viennent en aide, comme Eddie Barclay ou Jean Yanne.

Revenu sur Paris, il emménage avec les siens dans un appartement de la rue Mouffetard. Il publie deux albums, mais le feu sacré ne l’habite plus et le désespoir l'envahit. Criblé de dettes, un sombre 19 décembre 1984, il se donne la mort dans le Novotel de Pontoise, malgré son «Amour de vivre».

Le plus éclectique compositeur de musique de films a-t-il enfin trouvé le son pur ?

Documents

Sources : «L'amour de vivre» de Michel Magne, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Michel Magne : "En règle générale tous les films que j’ai accompagnés ont été pour moi une véritable fête et leurs metteurs en scène sont restés des amis."

© Donatienne, janvier 2011

(Ed.5.2.1 : 29-01-2011)