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Gianna Maria CANALE (1927 / 2009)

Gianna Maria Canale

Brune avec de magnifiques yeux émeraude en amande, un teint de porcelaine, un visage ovale régulier, telle apparaissait Gianna Maria Canale.

Elle restera jusqu’à la fin de sa vie, entourée de mystère. C’était son choix. Reine des films d’aventures, des péplums, elle semble maintenant endormie dans notre souvenir. C’est pourquoi, nous allons nous permettre de la réveiller pour un moment, pour ne plus jamais l’oublier.

S60 - Gianna, un D'Artagnan en jupons …

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Une déesse aux yeux verts …

Notre belle héroïne au port de reine est née le 12 septembre 1927, à Reggio Calabria. De sa maman, elle a hérité d'un sang russe, français et espagnol. Elle revendiquera par ailleurs une ascendance grecque. Ajoutez à cela la sève vénitienne paternelle et vous obtenez un sublime cocktail de beauté, de caractère et de charme piquant  !

Comme elle aimera toujours s’entourer d’un certain mystère, nous ne saurons pas beaucoup de choses de sa jeunesse. Un fait est certain : elle est élevée à Florence où sa famille s’est installée. On apprendra l’existence d’une nièce qui porte le même patronyme, et l’on en déduira qu’elle n’était pas une enfant unique.

Montrant très tôt une attirance pour l'art dramatique, , la jeune fille suit les cours de la grande Francesca BertiniFrancesca Bertini.

Elle est tellement jolie que tout le monde l’encourage à se présenter au concours de Miss Italie. En 1947, elle défile, avec les autres candidates, sur une scène de Stresa. C’est Lucia BoseLucia Bose qui hérite de la couronne, mais peu importe ! Repérée, Gianna Maria est choisie par le jury pour être la dauphine de la Miss, devant certaines dames nommées Gina LollobrigidaGina Lollobrigida et Eleonora Rossi DragoEleonora Rossi Drago.

Riccardo Freda …

La même année, Gianna Maria Canale débute discrètement par une figuration dans l'adaptation cinématographique de «Rigoletto» que filme Carmine Gallone. Toujours en 1947, une rencontre primordiale lui ouvre les portes d’une carrière fulgurante, historique et costumée. Riccardo FredaRiccardo Freda, célèbre réalisateur italien, la croise par hasard dans la rue. Marié, il n'en est pas moins subjugué par cette belle inconnue dont il tombe sur le champ amoureux fou. Il la suit jusqu’à son domicile, joue au détective et, malin, réussit à la joindre au téléphone et parvient à la convaincre de travailler pour lui.

Pour elle, le réalisateur transalpin quitte tout et devient véritablement son pygmalion. La belle est conquise à son tour. Ils tourneront douze films ensemble. Certains tabloïds feront état d’un mariage tardif, information dont je n’ai pas trouvé confirmation.

Revenons à leurs collaborations professionnelles. Dans «Il cavaliere misterioso (Le chevalier mystérieux)», laissant le premier rôle féminin à sa compatriote Maria Mercader (et non pas Marthe Mercadier comme on peut le lire sur l'affiche française !), elle campe la comtesse Lehmann face à un Vittorio Gassman empoudré. Endossant un costume d’homme, elle reste troublante de féminité. Elle osera même nous offrir une scène nue ! Ensuite, prenant la direction du Brésil avec Riccardo, elle nous livre deux productions bien oubliées, «Guarany» (1948) et «O Caçula do Barulho» (1949).

Gianna a du mal à supporter le climat sud-américain. Elle rentre en Europe pour tourner plusieurs mélodrames italiens qui nous semblent aujourd’hui davantage dignes de paraître en romans photos. Elle y incarne les princesses funestes et perfides, jouant de son regard étrange et envoûtant. Dans le genre, citons «Il conte Ugolino» (1949, adaptation d’une œuvre de Dante), ;«Il bacio di una morte» de Guido Brignone (une histoire abracadabrante où une femme empoisonnée par son mari revient à la vie sous le baiser de son amant), etc.

De capes et d'épées …

Dès lors, la carrière de Gianna Maria Canale se tourne résolument vers les films d’aventures, les épopées historiques et les peplums.

«Le fils de D’Artagnan» (1951), signé de son compagnon, rencontre un bon succès populaire. «La vengeance de l’aigle noir» (1950) lui donne Rossano Brazzi et Gina Lollobrigida comme partenaires. Certaines filmographies relèvent sa participation peu probable au premier opus de ce dyptique, «L'aigle noir» (1946), déjà réalisé par un Riccardo Freda qu'elle n'avait pas encore rencontré !

On la retrouve comtesse dans «La leggenda del piave» (Riccardo Freda, 1952), duchesse et maîtresse du roi Louis XV dans «Madame du Barry» (Christian-Jaque, 1954), princesse et sœur de l’empereur dans «Napoléon» (Sacha Guitry, 1955), encore comtesse dans «La châtelaine du Liban» (Richard Pottier, 1956), ;à nouveau duchesse dans «La belle et le corsaire» (Giuseppe Maria Scotese, 1957), baronne dans «I cavalieri del Diavolo» (Siro Marcellini, 1959), tsarine dans «Les nuits de Raspoutine» (Pierre Chenal, 1960), reine - des pirates, certes, mais tout de même … - dans le film éponyme de Mario Costa (1960), princesse (qu'on ressort) dans «Le chevalier de Pardaillan» (Bernard Borderie, 1963). Quel pédigree !

Son rôle le plus "noble" sera celui de «Theodora, l’impératrice de Bysance» (Riccardo Freda, 1953), où elle donne la réplique à notre jeune premier de l’époque, Georges Marchal. Certes cette super-production “technicolorisée” paraît aujourd'hui bien kitch, mais Gianna Maria y a brillé de façon sensuelle et … impériale, son tempérament de diablesse ayant particulièrement servi la souveraine qu’elle incarnait.

De manière plus roturière, elle se fait remarquer dans des histoires qui font rêver, comme «Le secret de Monte-Cristo» (1961) ou «Scaramouche» (1963, avec Gérard Barray).

Dans tous ces emplois, le spectateur la retrouvera, fidèle à elle-même, perfide, fatale, voire funeste, avec un regard troublant. Polyglotte, elle n’était pas toujours doublée, même si son accent italien était facilement repérable.

la reine des peplums …

Gianna Maria Canale eut sa période de gloire, dans ce genre de productions, à la mode en cette décennie 50. nous la vîmes dans «Spartacus» (la version noir et blanc de Riccardo Freda, 1952) face à Massimo Serato, tenant le rôle de Sabine, fille jalouse du magistrat Crassus. Plus tard, elle rencontra le rejeton du célèbre gladiateur dans «Le fils de Spartacus» (Sergio Corbucci, 1962). Très vilaine, elle s'opposa à «La révolte des gladiateurs» (1958) et participa à «La bataille de Corinthe» (1961). Redoublant d'efforts, elle partagea l’affiche et «Les travaux d’Hercule» avec Steve Reeves (1958), …

Enfin elle osa se risquer dans d’autres genres cinématographiques : films de guerre comme «L’ennemi silencieux» (1958, avec Laurence Harvey), films d'épouvante comme «Les vampires» (1957) qui marque la fin de sa complicité avec Ricardo Fredda. Devenu un classique du genre, ce dernier opus subit des modifications outrancières de la part des producteurs, l’empêchant d'atteindre au titre de chef d’œuvre. Gianna Maria y fait une double prestation remarquable de qualité.

Eternellement mystérieuse …

Le dernier film que tourne Gianna Maria Canale, «Le pont des soupirs», sortit en 1964. Pourquoi ce départ si prématuré de nos écrans ? Bien que nous ayons des présomptions, nous ne pouvons rien affirmer.  Sa rupture avec Riccardo Freda avait déjà été très médiatisée (on a parlé de son coup de cœur pour un coiffeur de cinéma).

En ce début des “sixties”, la presse à scandale prend des libertés en même temps que des photos et commence à serrer de très près sa vie sentimentale, ce qu'elle ne supporte pas. Elle n’a guère que 36 ans. Sa réelle beauté est toujours présente, mais les premières rides venues barrer un visage que l’on disait parfait la plonge dans la déprime. Elle refuse les gros plans, elle craint de vieillir …

Esclave du personnage de vamp qu’elle s’est elle-même imposé, elle n’arrive pas à s’imaginer dans d’autres rôles. Devenue la compagne d'un industriel fortuné, elle se retire sur une île voisine de la Sardaigne (cf. Ciné Revue, qui les déclare mariés). Elle décide alors de se couper de ce monde de miroirs qu’est celui du cinéma, n'autorisant plus de photo, ne donnant plus aucune interview. Malgré leur rupture, Riccardo reste en contact avec elle, mais ne la trahira jamais, pas plus que sa nièce, Allessandra Canale, animatrice de la RAI, et actrice à l'occasion.

Alors, des tas d’informations, de légendes circulent, impossibles à vérifier : elle aurait eu un très grave accident une nuit de 1964 qui l’aurait laissée complètement défigurée. On la dira retirée dans sa maison de campagne, entourée de ses animaux, vivant en recluse dans la nostalgie de sa période de gloire. Même la date et le lieu de sa mort demeurent mystérieux. On annoncera Florence. Finalement des papiers officiels attesteront qu’elle est décédée le 4 janvier 2009 à Sutri (cf."Les Gens du Cinéma").

Elle nous laisse le souvenir d’une bien belle aventurière aux yeux gris-vert, au charme envoûtant et parfumée de mystère.

Documents

Sources : Plaquette des Editions Monster bis, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Gianna Maria Canale : Euh ... Désolée, elle n'était pas très bavarde !

© Donatienne (juin 2011)
(Ed.6.3.1 : 25-10-2013)