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Mona GOYA (1909 / 1961)

Mona Goya

Mona Goya …

Quel personnage se cache derrière ce pseudonyme à connotation picturale ? Cette jeune femme, passionnée de peinture, fera surtout connaître ce nom au septième art, de façon légère, joyeuse, sans se prendre au sérieux.

Il ne lui aura manqué que le fameux grand rôle pour briller au firmament des étoiles. Mais elle aura tout de même joué dans 70 longs métrages !

Redécouvrons ensemble Mona Goya, un rayon de soleil dans notre cinéma des années d’avant-guerre.

S56 - Mona Goya, une gamine charmante …

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Article de L. P. (?), paru dans le N° 86 de la revue "Pour vous" (16-10-1930) …

Mademoiselle Mona Goya est blonde, les cheveux blonds, les yeux blonds, le sourire blond : tout ce qu'il y a de mieux photogénique. Et elle est si jeune qu'on se met à lui parler cinéma sur un ton badin, comme s'il s'agissait là d'une petite mystification amusante.

"Aimez-vous le cinéma ? Que pensez-vous du film parlant ? Etes-vous optimiste -à l'égard du cinéma français ?"

S'agit-il vraiment d'une mystification ? Elle répond en blaguant, elle affirme que le temps est beau, mais que l'été passé était meilleur que celui-ci, et qu'au demeurant le film parlant est destiné à évoluer vers la perfection, de même que le film français. Elle a un grand chapeau bleu et des doigts minces de petite pianiste sans prétentions.

Se peut-il que les Anglais aient fait de Mona Goya une femme fatale ?

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"- J'ai débuté, il y a trente mois, dans «L'oublié» de Germaine Dulac, ensuite j'ai joué un petit rôle dans «Un rayon de soleil». Puis, un beau jour, je suis partie pour l'Angleterre, pour tenter ma chance dans un pays où l'on travaillait. Je ne savais pas un mot d'anglais, je n'avais pas d'engagement, pas d'argent. J'ai fini par trouver du travail à la British International : j'ai eu un rôle dans «The Lady from the sea», un autre dans «The flame of love», grâce à Richard Eichburn. J'ai travaillé avec Monty Banks. On me faisait jouer des rôles de “vamp” . Et puis, dans «Ellenor Green», mon interprétation a plu, le film a obtenu du succès

 … J'étais une espionne russe, et je parlais anglais, car je m'étais mise à l'étudier avec ardeur. Aussi me voilà polyglotte, car je connais bien l'espagnol aussi …".

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J'étais en train de me demander pourquoi Mlle Mona Goya avait choisi ce nom d'apparence espagnole : par admiration pour le peintre ? Me voici exaucé, les explications arrivent …

"- Je suis née au Mexique de parents français, j'y ai vécu jusqu'à l'âge de treize ans. Je parle l'espagnol mieux que le français. N'a-t-on pas découvert que j'ai, quand je parle français, un peu d'accent ? Celui qui me le disait était un Marseillais pur sang : il m'exhortait, avec un accent fortement prononcé, à me corriger, car sinon j'étais fichue !"

Au fait, Mlle Mona Goya a l'accent anglais et, parfois, légèrement marseillais …

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… En tout cas, pas espagnol, mais je ne puis rien affirmer. Tout cela est bien compliqué, et on se demande quelle importance peuvent avoir ces discussions phonétiques. Ah oui, pour les talkies …

"- J'ai dû revenir en France parce que l'Office de l'immigration, à Londres, me faisait des misères. Je pense que je vais travailler ici. Je vais peut-être tourner, avec Adelqui Millar, la version espagnole de je ne sais quel film. Je ne suis pas mécontente des rôles que j'ai joués jusqu'à présent, je ne me plains jamais. Le cinéma, pour moi, n'est pas un travail mais un plaisir. Mon avenir ? Je veux suivre un chemin, tout droit, devant moi. Et, somme toute, je ne sais rien, la vie me plaît. J'aimerais bien aller travailler à Berlin, cela m'intéresserait beaucoup. J'ai l'impression que là-bas on travaille sérieusement, comme nulle part ailleurs en Europe …

Car il ne faut pas se faire d'illusions sur l'Angleterre : à Londres, tout le monde est charmant, plein d'entrain; ils ont des capitaux, beaucoup d'idées excellentes …

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Mais, voilà, ils ont peur : et alors ils font toujours les mêmes choses."

En Angleterre seulement ? Mlle Mona Goya parle très sérieusement.

… En tout cas, pas espagnol, mais je ne puis rien affirmer. Tout cela est bien compliqué, et on se demande quelle importance peuvent avoir ces discussions phonétiques. Ah oui, pour les talkies …

"- J'ai dû revenir en France parce que l'Office de l'immigration, à Londres, me faisait des misères. Je pense que je vais travailler ici. Je vais peut-être tourner, avec Adelqui Millar, la version espagnole de je ne sais quel film.

Je ne suis pas mécontente des rôles que j'ai joués jusqu'à présent, je ne me plains jamais. Le cinéma, pour moi, n'est pas un travail mais un plaisir. Mon avenir ? Je veux suivre un chemin, tout droit, devant moi. Et, somme toute, je ne sais rien, la vie me plaît. J'aimerais bien aller travailler à Berlin, cela m'intéresserait beaucoup. J'ai l'impression que là-bas on travaille sérieusement, comme nulle part ailleurs en Europe …

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Car il ne faut pas se faire d'illusions sur l'Angleterre : à Londres, tout le monde est charmant, plein d'entrain; ils ont des capitaux, beaucoup d'idées excellentes … Mais, voilà, ils ont peur : et alors ils font toujours les mêmes choses."

En Angleterre seulement ? Mlle Mona Goya parle très sérieusement.

Et quand, par scrupule, je lui demande si elle connaît les productions les plus récentes du cinéma français, elle me répond d'un air candide que non, qu'elle vient de rentrer d'Angleterre, qu'elle n'a rien vu, mais qu'elle est optimiste.

 … Seulement, je ne puis pas jurer qu'en me disant cela elle était aussi sérieuse que tout à l'heure en me parlant des studios anglais.

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"- Ce que j'aime ? En tout cas, pas ces rôles de femmes fatales, aucune de ces femmes fatales. J'aime la comédie, la simplicité, l'humanité. Marion Davies, voilà une actrice qui est à mon goût, j'aurais bien aimé jouer ses rôles. Et Kate de Nagy. Et, de l'autre côté de la barricade, William Haines : tout ce qu'il fait me plaît tellement ! Pourtant, parmi les metteurs en scène, mes préférences vont à Joseph von Sternberg, quoiqu'il demeure fidèle aux “vamps” … Je me contredis, mais cela n'a aucune importance."

Il serait indécent de dire le contraire. Aussi faisons des voeux pour qu'on nous montre bientôt Mlle Mona Goya en “vamp” et, d'autre part, en “gamine charmante”. Nous pourrons juger.

L. P.
 
(Ed.6.3.1 : 20-10-2013)