Merci de signaler l'absence de l'image

Noël ROQUEVERT (1892 / 1973)

Noël Roquevert

Pour l'avoir aperçu à de multiples reprises sur les toiles blanches de nos salles obscures, le public connaissait et reconnaissait immanquablement Noël Roquevert, bien que celui-ci ait eu rarement l'occasion de tenir des premiers rôles.

Apprécié par les plus grands (Sacha Guitry, Henri-Georges Clouzot, etc), il était l'acteur préféré de Mme Jackie Bouvier Kennedy en personne !

Sourcil redressé, regard peu commode, ton lapidaire, tel se présentait cet éternel rouspéteur, comme l’a qualifié Yvon Floc’hlay dans l’affectueuse biographie qu’il lui a consacrée.

"Cornecul de la mère molle, où c'est t'y que t'y es maintenant !?"

S54 - Noël Roquevert, l'éternel grognon du cinéma français …

biographie photographies filmographie document article audio on/off
Né sur les planches …

Dans les années 1890, Auguste Bénevent, 31 ans, sarthois de naissance et Marie-Louise Epelly, 28 ans, une gentille vendéenne, comédiens ambulants, sillonnent les routes de l’Ouest de la France. Ils sont parents d’une petite Antoinette de 4 ans. Avec leur troupe de théâtre, ils font étape dans la coquette cité angevine qu’est Doué-La-Fontaine, célèbre déjà pour ses roses et ses arènes romaines. C’est donc là que le 18 décembre 1892, à midi tapant, naît Noël, Louis, Raymond Bénevent. Doué-la-Fontaine se souviendra de son “citoyen” en donnant son nom à une rue.

Dès sa naissance, le bébé est bercé par les trois coups qui précèdent l’ouverture du rideau de toutes les salles de spectacles. A 6 mois, il joue pour la première fois, incarnant la jeune Aurore de Nevers dans une adaptation du «Bossu». Il aimera plus tard mystifier ses partenaires, en leur assurant d’un ton énigmatique qu’il a débuté dans un rôle de travesti !

A 5 ans, il interprète Claudinet, aux côtés de sa sœur, dans un mélodrame classique de l’époque, «Les deux gosses».

Les années passent … Noël apparaît sur scène dès qu’un rôle peut lui convenir. Mais ses parents, soucieux de lui donner une instruction correcte, l’inscrivent au collège des Cordeliers d'Angers. Il retrouve la troupe familiale pour les vacances.

Il lui arrive également de pousser la chansonnette. En tournée dans le grand ouest, il gagne Dinan avec toute la troupe et, chenapan comme tout, décide de grimper sur la statue équestre de Duguesclin afin de déterminer s’il s’agit d’un étalon ou d’une jument !

Mobilisé …

En 1911, Noël est appelé à faire son service militaire. Il enchaîne avec la guerre où il sert comme fantassin. Il n'est démobilisé qu’en 1919, deux fois blessé et décoré de la Croix de Guerre.

Il rejoint Douarnenez, où ses parents tiennent une salle de cinéma, "l’Apollo". Mme Bénévent, qui sait un peu jouer du piano, accompagne les séances de ce 7e art tout neuf, muet, bien entendu. Noël a l’occasion de fréquenter Jacques Richepin et son épouse Cora Laparcerie, comédienne et directrice du théâtre parisien "La Renaissance". Sur leurs conseils, il décide de monter à Paris …

Avec Paulette …

Arrivé dans la capitale, sous le nom de Noël Roquevert, il travaille sa voix, propose bientôt ses talents dans les cabarets et touche de petits cachets qui lui permettent de tenir. Comme elle le lui avait promis, Cora Laparcerie lui offre sa chance dans la pièce «Mon homme» (1920). Il débute ainsi sur les planches, apparaissant alors dans toute une série de vaudevilles, aux côtés d’une actrice qu’il retrouvera à plusieurs reprises, Denise GreyDenise Grey.

Il fait une figuration au cinéma dans «Les trois mousquetaires» (1921) de Henri Diamant-Berger. L'expérience ne l’emballant pas, il revient au théâtre. Les pièces succèdent aux tournées. il incarne ainsi le Christ dans une adaptation de «La Passion» !

Il parcourt ainsi la France et même le monde ! En Egypte, il fait la connaissance de Paulette (Marie-Paule Coeuré), veuve d’un comédien de la maison Guitry, Noiseux. Noël, divorcé une première fois de Blanche Rouillon, tombe en amour. L'union qu'entame le couple ne sera défaite que par la mort. Noël nommera sa compagne “Petite Paulette”. Jean Marais témoignera de l'immense tendresse qui les liait : "Je considérais sa femme un peu comme une sainte tant elle était patiente; car Nono, tout en étant charmant, devait être assez difficile en ménage. Il devait toujours avoir un peu de son côté bourru, râleur et maniaque. Et pourtant il adorait son épouse".

Les scènes parisiennes recevront Noël Roquevert pour environ 150 pièces. Comédien permanent du Théâtre du Palais-royal, il aura l’opportunité de donner la réplique aux plus grands artistes : Guitry, Raimu, Saturnin Fabre, Gaby Sylvia, Jean Marais, Pierre Mondy …

Le Cinéma …

Paulette encourage son «Nono» à revenir au cinéma, devenu parlant. Celui-ci entame ainsi une très longue et très riche carrière de plus de 180 films ! Noël Roquevert va faire partie de la lignée des excentriques, habitués des seconds rôles qui valent des premiers, et que l’on ne peut manquer de repérer.

On peut ainsi le reconnaître en sergent (déjà !) dans «La bandera» de Julien Duvivier (1937). Garde-chasse, il croise Fernandel sur le tournage de «Barnabé» (1938). C'est en garde-champêtre qu'on le retrouve dans «Les Otages» (1939).

En 1941, il joue sur scène dans «La foire aux sentiments» de Roger Ferdinand. Dans la salle, Henri-Georges Clouzot cherche à compléter son générique pour son prochain film, «L’assassin habite au 21». Face à Pierre Fresnay, Noël partagera le rôle-titre avec deux autres premiers “seconds rôles” qu’il retrouvera très souvent, Jean TissierJean Tissier et Pierre LarqueyPierre Larquey.

Convaincu de son talent, Clouzot le rappelle pour «Le corbeau» (1943) où il incarne le frère de Ginette Leclerc. Son rôle épisodique dans «Les diaboliques» (1954) lui permet de retrouver une troisième fois cet "… excellent metteur en scène, même s’il se comportait quelquefois comme un tyran sur le plateau".

Sacha Guitry, pour qui il a joué la pièce «N’écoutez pas mesdames», l'engage pour «Le destin fabuleux de Désirée Clary» (1941). Il pense à nouveau à lui pour son «Napoléon» (1954), lui offrant le rôle du Général Cambronne : un seul mot à dire ! Farceur, l'acteur ajoutera au fameux mot que l’on sait la réplique "Qui a dit ça ?", tout en jetant un regard circulaire et inquisiteur aux hommes qui l'entourent. Guitry s'insurge : "Roquevert, le dialogue vous paraît donc insuffisant ?". Sans doute amusé, il gardera la séquence telle qu’elle avait été jouée !

Partenaire des plus grands …

Dans «Les inconnus dans la maison» (1942), il côtoie le grand Jules : "J’avais beaucoup d’admiration pour Raimu. C’était un sacré personnage. Il n’avait pas qu’un mauvais caractère. Il possédait aussi, en dehors de son talent qui était immense, un certain humour".

A la même époque, il est le partenaire de Jean-Louis Barrault («La symphonie fantastique», 1941) et de Gaby Morlay («Le voile bleu», 1942). Lors du tournage de «Sérénade aux nuages» (1945), Tino Rossi accepte de lui chanter en particulier «Petit Papa Noël» dans une chapelle. Il en aura les larmes aux yeux.

Avec la fin de la guerre, les propositions affluent. Retenons «Antoine et Antoinette» de Jacques Becker (1946), «Ademaï au poteau frontière» (1949) où Paul Colline arrange son emploi du temps de façon qu'il ne rate pas l’ouverture de la chasse ! Habitué des comédies légères, il apparaît dans «Ma femme est formidable» (1951) en compagnie de Sophie Desmarets.

 En avant, Fanfan, en avant !

 En 1955, Christian-Jaque lui donne un de ses plus rôles les plus fameux, le colérique Fier-à-bras, ennemi juré et rival de «Fanfan la Tulipe». "Cornecul de la mère molle" reste la formule culte qu'a imaginée pour lui Henri Jeanson. Il ne se sera pas toujours bien entendu avec Gérard Philipe, tout en reconnaissant son immense talent, et conservera un souvenir nauséabond de son bain forcé dans la fosse à purin !

Dans les années 50, il devient l’ami proche de Jean Richard à qui il donnera la réplique dans «La Madelon» (1955), «Nous autres à Champignol» (1956), «Le gendarme de Champignol» (1958), «Clémentine chérie» (1963) …

Du film «Le trou normand» (1952), il garde le souvenir d’une petite débutante, Brigitte Bardot : "Je me suis dit : Bon sang, si cette gosse, avec un tel physique, prend véritablement son travail au sérieux, elle ira loin". Bien vu !

En cette période d’après-guerre, Noël Roquevert dispense ses conseils à de jeunes talents comme Marie Daëms, Gérard Séty, Pierre Trabaud, Marc Cassot, Gérard Barray …

Les derniers rôles …

Dans «Archimède le clochard» (1958), campant un ancien combattant face à Gabin qui “gabinise” à souhait, il entonne avec son partenaire un tonitruant "Tiens voilà du boudin" sous l’œil soupçonneux du gendarme Charles Blavette.

Soldat, officier ou gendarme grincheux, il multiplie les apparitions dans des films historiques : «Cadet -Rousselle» (1954) aux côtés de Bourvil et François Périer, «Cartouche» (1962) face à la bande de Jean-Paul Belmondo, ou encore «Merveilleuse Angélique» où il était aubergiste.

Violoncelliste dans «Faibles femmes» (1958), il rencontre à cette occasion Alain Delon. Sur le plateau de «La loi c'est la loi» (1958), face au Totò transalpin, il retrouve Fernandel. L'entente entre les deux comédiens français sera teintée d’un climat mi-figue mi-raisin, les deux compères se faisant des farces qui ne tombaient pas toujours au bon moment !

Noël Roquevert éprouve une douce nostalgie à évoquer «Les mystères de Paris» (1962) pour lequel il retrouve avec bonheur Jean Marais, Pierre Mondy lui dit un jour : "T’es un drôle de mec. On devrait te payer pour nous faire rire". La réponse fuse : "C’est peut-être pour cela que les gens vont au cinéma"!

Sa dernière apparition sur le grand écran se fait dans «Le viager» de Pierre Tchernia (1971). Présent dans une bonne partie du film, il n’a qu’un rôle pratiquement muet : "J'ai l’impression de revenir à mon premier film … !".

Noël Bénévent …

"Je suis un peu ‘dur du plastron’ mais cependant sensible, à condition qu’on ne me marche pas sur l’orteil. Sinon j’ai une réaction d’homme sportif. Néanmoins avec de la douceur et de la compréhension, on fait de moi ce qu’on veut".

Noël Roquevert se définissait comme un disciple de Saint-Hubert. S’il était chasseur, il n’en aimait pas moins la nature et les animaux.

En 1965, il est victime d'un grave malaise. "Infactus" diagnostiquent les spécialistes qui l’hospitalisent à l’hôpital Lariboisière. Heureux de s'en tirer à bon compte, il remercie ses médecins en leur offrant des places de théâtre !

En 1971, dans le film «Mais qui donc m’a fait ce bébé», il a le plaisir d’avoir “Petite Paulette” comme partenaire. Mais celle-ci n’est pas en bonne santé. Elle s’éteint un dimanche soir, à Paris, peu après la fin du tournage, alors que son compagnon est parti en quête d’un médecin. Ecrasé de chagrin, ce dernier vend son appartement de Montmartre et revient vivre dans sa propriété de Douarnenez où l’attendent sa sœur Antoinette et sa vieille nounou, appelée tendrement Didine. Il retournera pour de brefs passages à Paris, une ville qu’il avoue n’avoir jamais aimée.

Le 6 novembre 1973, alors qu’il séjourne à Douarnenez, une seconde crise cardiaque lui est fatale. Seuls quelques amis intimes, comme le comédien Henri CrémieuxHenri Crémieux, l’accompagnent à sa dernière demeure. Il repose en famille au cimetière de Ploaré-Douarnenez, avec son épouse et ses parents.

Documents

Sources : «Noël Roquevert, l'éternel rouspéteur», de Yvon Floc’hlay, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Noël Roquevert : "Il y a les trucs du métier. On peut s’en servir à condition qu’à la base, il y ait une nature et un tempérament. C’est pour moi la définition du talent."

© Donatienne, juillet 2009
(Ed.6.3.1 : 15-10-2013)