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Simone VALERE (1921 / 2010)

L`Encinémathèque

Jean Desailly et Simone Valère ont formé un couple mythique sur nos scènes, sur nos écrans et dans la vie tout simplement.

On ne peut évoquer le nom du premier sans y associer aussitôt celui de son épouse. Aussi n’avons nous pu nous résoudre à les séparer !

C’est donc la double page de leurs vies que nous vous présentons aujourd’hui. Jean et Simone, Simone et Jean, unis à jamais par l’amour mais aussi par le talent, le goût du risque et la recherche de la perfection dans leur art.

Jean nous a quittés en 2008. Simone en 2010. Mais soyons certains qu’ils ont su se retrouver.

Madame, Monsieur, bravo et merci pour avoir si bien su nous donner le meilleur de vous-même.

S51a - Il était une fois Simone Valère …

Simone Jean Simone et Jean photographies filmographie document
Une enfance ballottée …

Cette jolie petite fille sage, c’est Simone Jeannine Gondolf, que nous connaîtrons plus tard sous le nom de Simone Valère. Elle garde de son enfance un souvenir fait de nostalgie et d’amertume. Si elle a reçu de l’amour, elle éprouve des sentiments où se mêlent déchirements, séparations et contradictions.

Sa maman, tendre, adorable et fragile, a été éduquée dans la sagesse, le calme et la religion. Cette demoiselle bien élevée tombera amoureuse d’un drôle de garçon, séduisant et audacieux, que Simone décrit comme un “hippie” avant l’heure. Pensez-donc, il écrivait dans un journal anarchiste, "Le libertaire" !

Ni l’un ni l’autre de ses parents n’étaient assez mûrs pour élever un enfant. Pourtant, Simone naît faubourg du Temple à Paris, le 2 août 1921. Un tiroir de commode lui sert de berceau. Fatalement, les jeunes gens se séparent et la jeune femme retourne vivre chez ses parents avec son bébé. Le jeune père, vient un beau jour enlever la petite fille pour la confier à sa sœur Jeanne.

A partir de ce jour, Simone va être ballottée d’une famille à l’autre. Allant régulièrement à la messe et recevant une éducation bien-pensante quand elle était chez ses grands-parents maternels, elle se rendra à des meetings communistes à Arnouville-les-Gonesse, entraînée par tout le clan paternel.

Sa maman refait sa vie. L’enfant, désespérée, est mise en pension chez les religieuses de Saint-Vincent-de-Paul. Son père finit par retrouver le pensionnat dans le quartier Nation et récupère sa petite fille. Retour à Arnouville …

Adolescence douloureuse pour Simone qui se sent déchirée entre ses parents qu'elle aime autant l'un que l'autre :"Ma vie n’était faite que d’allers et retours". Douée pour l'écriture, elle rend des rédactions souvent encensées dans une école tandis qu'elles scandalisent l’autre ! "Je ne savais plus où j’en étais".

Elle obtiendra toutefois le droit de faire sa communion. Sur une idée de sa maman, elle est placée en apprentissage pour apprendre la couture, qu’elle déteste pourtant !

La guerre et la scène …

Un matin, elle entend une émission de "Radio Cité"; on parle d’un cours de théâtre dispensé par A –M Julien. Elle s’y inscrit et y rencontre Jacqueline Bouvierjacqueline Pagnol, la future Mme Pagnol. Elle noue ainsi, sans le savoir, les premiers contacts avec ce monde qui occupera une immense place dans sa vie.

La guerre arrive. Avec sa famille paternelle, Simone est hébergée chez des amis parisiens. L’appel du 18 juin 1940 lui laisse un souvenir indélébile.

La vie se poursuit, difficile, sous l’Occupation. Conseillée par Marcel AchardMarcel Achard, qu’elle a eu la chance de rencontrer, elle suit les cours de René Simon pendant deux ans. Pour se faire de petits cachets, elle se fait engager aux Bouffes Parisiens et joue dans l’opérette «Phi-Phi».

Un trac épouvantable lui fait rater l’entrée au Conservatoire de Paris, mais elle se montre persévérante.

Michel Vitold, déjà tragédien, la présente à Raymond RouleauRaymond Rouleau, marié à Françoise LugagneFrançoise Lugagne. Simone devient la doublure de la jeune femme …

Les débuts …

1942 … Henri Marais, frère de Jean Marais et bras droit de Jacques Hébertot, engage Simone Gondolf pour la pièce «Mademoiselle Bourrat». Il lui conseille de prendre comme nom de scène "Valleyre" (localité suisse où est censée se dérouler l’intrigue). La comédienne simplifiera le patronyme, devenant dès lors Simone Valère.

La pièce est un succès. Sa vedette reçoit de grosses gerbes de fleurs et la critique se montre favorable à son jeu.

Elle joue ensuite avec Jacques Dumesnil, François Périer et Simone Renant dans «Une jeune fille savait».

Le cinéma la tente. Dès 1941, elle est demandée par Jean Dréville pour «Annette et la dame blonde», par Georges Lacombe pour «Le dernier des six», par Maurice Tourneur pour «Mamz’elle Bonaparte» et par Henri Decoin pour incarner une jolie pensionnaire auprès de la non moins ravissante Danielle Darrieux dans le célèbre «Premier rendez-vous».

Un certain Jean Desailly …

A cette époque, on lui propose une participation dans une sombre histoire filmée, «Le voyageur de la Toussaint» (1942) de Louis Daquin. Ses partenaires sont Serge Reggiani, Michel Auclair et Jean Desailly. Ce dernier, jeune père de famille, doit débuter à la Comédie Française dans «Fantasio». A ce moment précis, Simone est loin de se douter que son destin est lié à celui de ce jeune comédien , sympathique et séduisant.

Elle enchaîne les rôles sur scène. Présentée à Jean Giraudoux, elle rencontre Madeleine Renaud, devient l’amie du couple que forment Daniel Sorano et son épouse, est fascinée par les Pitoeff et Alain Cuny et est merveilleusement conquise par la grande gentillesse d’Edwige Feuillère à son égard.

Malheureusement, la guerre s'éternise et, le soir, le retour au domicile est parfois bien angoissant.

André Barsacq l’engage au théâtre de l’Atelier pour tenir un rôle dans une pièce dont il est l’auteur, «l’Agrippa». Elle apprend beaucoup avec lui «  : "J’étais vraiment dirigée, guidée …".

Elle apparaît sur l’affiche d’autres films, notamment «Pontcarral, colonel d’empire» de Jean Delannoy (1942), «L’extravagante mission» (1945), «Le cavalier noir» (1947) qui prend les traits de Georges Guétary. Ces deux derniers films lui donnent comme partenaire Mila Parely.

Paris est enfin libéré ! Simone a la joie d’assister à la descente glorieuse des Champs-Elysées. Période de liesse et de bonheur ! Elle se voit proposer un rôle dans une pièce de Jean Darcante, avec Marie Déa et Giselle Pascal. Le jeune premier n’est pas encore choisi tandis que Jean Desailly vient d’être renvoyé du Français. Elle souffle son nom au metteur-en-scène/auteur et 48 h plus tard, Jean rejoint la troupe au théâtre de la Potinière pour faire partie de la distribution de «La nuit du Diable». Seconde rencontre, provoquée, celle-ci …

Simone fait son cinéma …

"Le cinéma ? ah ! la la ! ce fut plus dur que le théâtre … On me répétait que je n’étais pas jolie et ne ferais rien à l’écran …"

Elle aura commencé plus tôt que Jean à paraître sur nos grandes toiles blanches. Pourtant sa filmographie est nettement moins dense ! : trente sept rôles.

Après «Le cavalier noir» déjà cité, nous la retrouvons aux côtés de Pierre-Richard Willm dans «La fiancée des ténèbres» (1944).

Elle enchaîne avec une aventure de Vidoq, «Le cavalier de Croix-mort», (1947) qui lui permet de partager l’affiche avec Madeleine Robinson.

«Barry» (1948), film culte dont l’action se déroule en haute montagne, lui offre Pierre Fresnay comme partenaire. "Appuyez vous sur le verbe !" lui apprend-t-il, un conseil que Simone se rappellera toute sa vie.

Ensuite, Richard Pottier lui donne l’occasion de rencontrer la grande vedette de l’époque, Tino Rossi, à l’occasion du film «Deux amours» (1948).

Henri-Georges Clouzot saura la choisir - ainsi qu'une jeune comédienne qui commence sa carrière, Cécile Aubry - pour «Manon» (1948), tandis que René Clair en fait la vedette de «La beauté du diable» (1949), lui ouvrant les bras de Gérard Philipe : "Gérard était le charme même et le talent ! J’en veux beaucoup aux Cahiers du Cinéma et à la Nouvelle Vague qui démolissaient avec une méchanceté incroyable tous les films de René Clair".

Changement de partenaire, Jean Gabin lui donne la réplique dans «La nuit est mon royaume» (1951), un film quasiment documentaire sur les conditions de vie des aveugles, mais souffrant d'une erreur de casting concernant l'interprète masculin principal.

N’oublions pas l’amusante comédie «Ma femme est formidable» d’André Hunebelle (1951), où elle joue audacieusement avec l’amour et avec Fernand Gravey , les musicales «Violettes Impériales» de Richard Pottier (1952), où elle campe une ravissante Impératrice Eugénie, alors que Luis Mariano entonne son "… amour est un bouquet de violeeeeeeeeeeeettes" que tout le monde a un jour fredonné.

On la retrouve ensuite dans «Les vignes du Seigneur» ( 1958), témoin étonné des frasques de l'inénarrable Fernandel !

Dans «Le triomphe de Michel Strogoff» (1961), elle retrouve ses galons d'Impératrice, russe pour la circonstance.

Yves Allégret la met en scène dans «Germinal» (1963), et Roger Vadim dans «La curée» (1965). Sa dernière apparition sur nos écrans, sans Jean, se fera dans le film de Bernard Borderie, «Brigade anti-gangs» (1967).

Documents

Sources : «Un destin pour deux», autobiographie de Simone Valère et Jean Desailly, avec la collaboration de Jean-Marc Loubier, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Simone Valère : "Je suis passionnée par l’être humain. Je crois avoir une grande fidélité en amitié et un grand intérêt pour ce qui se passe autour de moi."

© Donatienne, décembre 2008
(Ed.6.3.2 : 4-9-2014)