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Pascale PETIT (1938)

Pascale Petit

Venue au cinéma par hasard, Pascale Petit se fit rapidement connaître par sa participation au film de Marcel Carné, «les Tricheurs».

Mais, de manière surprenante, elle n'intéressa pas suffisamment la Nouvelle Vague montante pour poursuivre une carrière qui s'annonçait pourtant si prometteuse. Par ailleurs, elle préféra partager avec Giani Esposito un amour dont il est permis d'espérer qu'il combla la femme pour un temps et la mère pour toujours, mais qui sacrifia certainement l'actrice.

A la demande d'un visiteur, voici donc l'évocation de la vie publique et de la carrière de cette actrice atypique, en attendant d'éventuelles informations (ou infirmations) de sa fille Douchka, par nous bien humblement contactée.

S44 - Pascale Petit, ou les occasions perdues …

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Il était une fois …

Née Anne-Marie Petit, à Paris, le 27 février 1938, la future actrice Pascale Petit, au divorce de ses parents, fut élevée par son père, musicien. Elle vit ses jeunes années entre l'affection et l'admiration qu'elle voue à papa et son goût prononcé pour le dessin.

Cette aptitude l'amène à suivre des études artistiques qui la font passer par les cours d'art décoratif de l'Académie Charpentier. Avec un groupe d'amis, étudiants ou jeunes travailleurs, elle envisage de participer à l'achat d'une ferme en Provence où chacun pourrait contribuer à une forme de vie communautaire par le gain que pourraient rapporter ses talents personnels: le dessin pour ce qui la concerne.

Mais il faut de l'argent pour construire en Espagne, même si les châteaux y ressemblent souvent davantage à des masures qu'aux demeures secondaires du Roi Soleil. Et pour gagner de l'argent, tout au moins en ce temps là, il était plus simple de travailler. Aussi retrouve-t-on la jeune Pascale en train de faire des shampoings aux têtes huppées du tout Paris dans les salons des soeurs Carita. Allergique aux produits de lavage, elle se voit confier des activités moins humides lui permettant d'espérer un avenir d'esthéticienne.

Cliente du salon, bien qu'elle ne passât pas entre ses mains, la comédienne Françoise Lugagne remarqua la beauté de Pascale - un prénom imposé par sa directrice capillaire. Celle-là pensa que la jeune fille pourrait être la perle tant recherchée par son époux, le metteur en scène Raymond RouleauRaymond Rouleau, pour un rôle secondaire - mais important - dans le film qu'il s'apprêtait à réaliser, «Les sorcières de Salem» (1956) .

Mais ni Anne-Marie, ni Pascale n'avaient jamais envisagé la moindre carrière artistique et se trouvèrent fort dépourvues lorsque l'heure de l'inévitable audition fut venue. Et puisque nous ne sommes pas (encore) dans un conte de fée, la tentative se termina par un constat d'échec doctement prononcé par maître Raymond. Mais Françoise avait de la suite dans les idées: elle prit Pascale en mains pendant quelques semaines, ce qui lui permit d'être admise, à l'issue d'une séance de rattrapage à laquelle se présentèrent d'autres concurrentes, toutes soumises aux jugements de Rouleau et de son scénariste, Jean‑Paul Sartre.

Finis veaux, vaches, cochons, poulets, fromages de chèvre et peinture sur soie, au diable l'Espagne, vive le cinéma !

Le Prix Suzanne Bianchetti …

Le tournage de ce premier film ne fut pas facile pour la jeune actrice inexpérimentée, son personnage de jeune fille excentrique devant être fouetté ! Mais, parmi les assistants de production, le jeune Jacques Portet sut lui apporter soutien et réconfort, suffisamment pour que l'affaire se terminât par un mariage !

Cette première apparition fut remarquée par un spectateur attentif, le réalisateur Alexandre AstrucAlexandre Astruc. Conquis, celui-ci proposa à Pascale le second rôle féminin, servante de Maria Schell, dans son nouvel opus, «Une vie» (1957).

Mais c'est le film suivant qui devait lancer définitivement sa carrière. «Une Vie» avait été produit par Annie Dorfmann. De son côté, Robert Dorfmann, son époux, mettait en chantier sa prochaine production. Ces deux là ont dû se dire quelque chose ! Toujours est-il que Pascale fut retenue par Marcel Carné, au nez (sinon à la barbe !) de Pascale AudretPascale Audret, autre postulante, pour le film qu'il avait écrit avec Charles Spaak et terminé avec Jacques Sigurd, «Les tricheurs» (1958). L'œuvre, retraçant les aventures de quatre jeunes adolescents de Saint-Germain-des-Prés, connaît un succès remarquable. Pascale Petit, désormais vedette à part entière, se voit attribuer dans la foulée le Prix Suzanne Bianchetti, accordé annuellement à une jeune actrice française prometteuse.

Passer des bras de Jean-Paul Belmondo à ceux d'Alain Delon n'était pas, à la fin des années cinquante, aussi flatteur que cela put le sembler par la suite. D'autant que la relation de la nouvelle vedette et du jeune premier fut rapidement marquée par l'échange d'une bonne paire de claques ! Mais tout s'arrangea rapidement, et Michel Boisrond sut rendre agréable cette histoire de «Faibles femmes»" (1958) qui ne l'étaient pas tant que çà !

Giani Esposito …

En 1959, Pascale Petit, en tant que représentante du cinéma français, participe au Festival de Moscou. Dans la capitale soviétique, Jean DrévilleJean Dréville tourne «Normandie-Niemen». Parmi les acteurs figure Giani EspositoGiani Esposito, comédien, poète et chanteur, au mysticisme séduisant. Une spiritualité commune les rapproche. Selon l'actrice (Jeunesse-Cinéma N°59), ils se marièrent discrètement pendant le tournage de «Une fille pour l'été» (1959).

Rapidement, autant par son intelligence que par la profondeur de son caractère, le poète va dominer l'actrice, orientant sa carrière dans une voie en accord avec ses propres exigences artistiques et morales. Ce furent d'abord deux productions communes, «Vers l'extase» (1960) de René Wheeler et «La croix des vivants» (1960) d'Yvan Govar sur des dialogues de Maurice Clavel. Deux échecs pénalisants que ne compensèrent pas le demi-succès de la malheureuse tentative de Henri Verneuil de surfer sur la Nouvelle Vague, «L'affaire d'une nuit» (1960).

Mais ce fut surtout l'opposition de Giani à la participation de son épouse au «Rocco et ses Frères» que Luchino ViscontiLuchino Visconti s'apprêtait à réaliser. Le poète estimait que "l'on ne devait jouer que les personnages qui influenceraient les spectateurs dans le sens du Bien" (Pascale Petit, Ciné Revue, 1974). Le rôle échut donc, on le sait, à Annie Girardot.

Giani entraîne Pascale assez loin sur des terres incertaines. Le couple fait alors partie d'une secte, "La Fraternité Blanche Universelle" dont il suit l'enseignement et partage les retraites méditatives …

Mais la carrière de l'actrice s'en ressenitt fortement, au coeur de laquelle l'Italie prit de plus en plus d'importance. «Lettere di una Novizia/La novice», s'il lui permit de retrouver Jean-Paul Belmondo, ne lui laissa que de mauvais souvenirs. Et la suite ne nous en laisse, hélas, aucun …

L'émancipation, puis le silence …

Giani s'enferme de plus en plus profondément dans son univers intellectuel. De leur union naquirent deux fillettes, Mikalea (1963), et Nathalia (1966) qui se fera connaître comme ambassadrice de la branche française de Walt Disney sous le nom de Douchka. Ces heureux événements ne suffirent pas à maintenir l'unité du couple qui se sépara en 1969.

Pascale Petit rejoignit alors à Hollywood l'acteur Ray DantonRay Danton, son partenaire dans ce qui demeura longtemps son dernier film français, «Corrida pour un espion» (1965). Liaison éphémère et retour en Europe (Pascale Petit, Ciné-Revue, 1974).

La deuxième moitié de la carrière de l'actrice se partagea essentiellement (et quantitativement parlant), entre l'Italie et l'Allemagne, de fantaisies-choucroutes («Frau wirtin Hat auch einen Grafen/Oui à l'amour, non à la guerre», 1968 …) en westerns-spaghetti («Joe …in cercati in posto per morire/Ringo … Cherche une place pour mourir», 1968 …).

En 1971, elle tente un retour au cinéma français dans le premier film (trop ?) intimiste de Roger CoggioRoger Coggio, «Chronique d'un couple». Un peu plus tard, la chanson attire son attention: «Il ne reste que moi», un texte, sombre mais plutôt bien écrit, qu'elle met en valeur d'une voix, certes encore trop retenue, mais non dénuée de qualité.

La suite nous demeure bien obscure et il faut attendre l'aube des “nineties” pour avoir de ses nouvelles. Bien humblement d'abord, à travers le «Sans défense» (1989) de Michel Nerval, plus curieusement, et sous la direction de Jean-Pierre Mocky - surprise doublement heureuse, dans «Ville à vendre» (1992).

Depuis, hélas, c'est le silence. Alors, Pascale, dis, quand reviendras-tu ? Dis, au moins le sais-tu ?

Documents

Sources : Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

© Christian Grenier, mars 2007
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un poème de Giani

Par une goutte de rosée,

Autant que par un grain de sable,

Par nos amours désenchantées

Ou par l'amour de nos semblables,

Nous avons tant et tant rêvé,

Les plus fous comme les plus sages,

Nous n'avons fait que ramasser

Quelques cailloux sur le rivage.

Giani Esposito, "Humilité"

(Ed.6.3.1 : 5-10-2013)