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Henri GARAT (1902 / 1959)

Henri Garat

Que saurait-on aujourd'hui de Henri Garat si Willy Fritsch, acteur allemand et partenaire de Lilian Harvey dans les comédies chantantes et musicales de la U.F.A. dans les années trente, avait su parler français ?

Car, tout le monde s'est accordé à le reconnaître, le talent de ce chanteur d'opérette résidait davantage dans sa voix que dans sa gestuelle.

A une époque où le cinéma venait d'apprendre à parler, le moindre organe vocal un tantinet agréable devenait une mine d'or que l'intéressé sut temporairement faire fructifier. Mais, les étonnements étant généralement éphémères, la renommée de notre vedette ne dépassa pas la décennie d'avant-guerre. La chute n'en fut que plus brutale.

Car, finalement, de quoi se souvient-on encore aujourd'hui à propos de Henri Garat ?

S40 - Henri Garat, le temps d'une valse …

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Au music-hall …

Né à Paris le 3-4-1902, Émile Henri Camille Garascu est un “enfant de la balle”. Fils d'un comédien de la Comédie Française et d'une chanteuse lyrique, le jeune Émile évolue dans un milieu musical qui décidera, bien sûr de son avenir.

Apparu sur une scène de Belleville dès 1903 dans le rôle d'un bébé (rf.Joe Van Cottom), il se retrouve, très jeune, boy au Casino de Paris, puis figurant au Moulin Rouge. Remarqué par FlorelleFlorelle, il fait ses véritables débuts au music-hall en 1924, aux côtés de MistinguettMistinguett, grande consommatrice de talents. En 1926, Henri remplace Maurice ChevalierMaurice Chevalier - dont il imite la voix rrrrocailleuse et rrroulante - dans l'opérette «Ca c'est Paris», avant de retrouver la Miss au Casino (1929).

Le regretté journaliste belge Joe Van Cottom signale la première apparition cinématographique de Henri Garat (dont on orthographie parfois le prénom à l'américaine : Henry), dès 1928, dans un film muet de Jean Durand et Berthe Dagma, «L'île d'amour». Mais il s'agit vraisemblablement d'une confusion avec un acteur homonyme, Jean Garat …

Car l'atout maître de Henri Garat, qui reste son organe vocal, n'a pas sa place dans le monde du silence …

Carrière et gloire cinématographiques …

En 1930 enfin, le cinéma sonore et parlant déferle sur les écrans français. Mais le doublage n'est pas encore au point. Il est alors de coutume de tourner les films internationaux en plusieurs versions linguistiques. Et lorsque le héros principal doit pousser la chansonnette, il n'est pas toujours facile de trouver un acteur doté d'une belle voix dans chacune des langues envisagées pour l'exploitation.

Ainsi, Henri Garat fait - plus certainement - ses débuts au septième art en tournant dans la version française d'un film germanique dont Ewald Andre DupontEwald Andre Dupont réalise parallèlement la version anglaise à Londres, «Les deux mondes». Curieusement et paradoxalement, il ne s'agit ni d'une comédie, ni d'une oeuvre chantante ou musicale, mais d'un sombre drame passionnel et militaire. A l'occasion de ce tournage, grand séducteur qu'il était déjà, il fait la connaissance d'une jeune fille allemande qu'il suit à Berlin. Il y rencontre le producteur Erich Pommer, alors en quête d'une vedette française capable de reprendre les rôles de Willy FritschWilly Fritsch (qui n'est pas polyglotte) dans les versions française des films chantants de la U.F.A. Notez la ressemblance !

Le duo formé pour ces occasion par Henri Garat et Lillian HarveyLillian Harvey connaît un succès immédiat dès son premier film, «Le chemin du Paradis». A tel point que le duo franco-allemand se reformera à 4 reprises en 1931 et 1932 : «La fille et le garçon», «Le congrès s'amuse» (dont Henri assure également la version britannique), «Princesse, à vos ordres», «Un rêve blond». Ajoutons à cela la version française de «Embrecher», «Flagrant délit» (1930), dans laquelle il remplace Fritsch (qui n'a pas fait de progrès en français), tandis que Blanche Montel reprend le rôle tenu par Lilian.

Partagé entre Berlin et Paris, où l'acteur a également signé un contrat avec Paramount France, Henri Garat ne connaît aucun répit. Dans l'Hexagone, il est régulièrement le partenaire de Meg Lemonnier (neuf collaborations entre 1931 et 1937). Citons «Il est charmant» (1932), «Une petite femme dans le train» (1932), «Un soir de réveillon» (1933), etc.

Garat a désormais acquis une notoriété nationale qui, aujourd'hui, étonne encore. Ses chansons sortent de toutes les bouches, tandis que son charme enflamme les cœurs. Faut dire qu' Henri donne de sa personne, n'hésitant pas à apparaître en attraction dans les salles de cinéma qui projettent ses films.

Ce succès alerte les Américains : le 31 janvier 1933, notre chanteur de charme, dans la voie tracée par Maurice ChevalierMaurice Chevalier, embarque pour Les États-Unis, un contrat de trois ans avec la Fox en poche. Parti quelques jours après Lilian Harvey, on supposât qu'il pourrait y travailler avec l'actrice allemande. Il n'en fut rien. A Hollywood, Il tourne «Adorable» (1933), avec Janet Gaynor, version américaine de «Princesse, à vos ordres», un échec qui motive son retour en France. L'intéressé déclare : "Je suis tombé pendant le tremblement de terre et la chute du dollar, alors, vous comprenez …".

En 1933, retenu pour le rôle principal dans la version française du film de Ludwig Berger, «Walzerkrieg/La guerre des valses», Henri Garat doit rompre son contrat pour des raisons de calendrier, le film ayant pris du retard. Sous la menace d'un procès, il trouve un arrangement avec Fernand GraveyFernand Gravey qui le remplacera et dont il reprend le rôle que celui-ci devait tenir dans «Une femme au volant».

Alors que sa carrière connaît un premier ralentissement, Henri Garat forme, avec la jeune étoile naissante Danielle Darrieux, un duo charmant dans le film «Un mauvais garçon». Vous avez pu entendre un extrait de la chanson-titre, interprétée par Henri dans la planche de La Collectionneuse, «La Galerie de Michael Eichelberger». Au cinéma, cette célèbre chansonnette est poussée par Danielle (Chevalier fait école, n'est-ce pas ?), d'une manière qui la rend davantage intemporelle …

Cette même année marque les retrouvailles du couple Garat / Harvey dans une nouvelle version française d'un film de la UFA, «Les gais lurons» (Willy Fritsch est toujours aussi nul dans l'expression de la langue de Voltaire).

Mais la Guerre approche. L'heure est de moins en moins aux réjouissances. Henri Garat s'égare dans une galéjade marseillaise, «Au soleil de Marseille» (1937), participe à une comédie de Sacha Guitry, «L'accroche-cœur», en compagnie de Jacqueline Delubac, puis sacrifie à l'atmosphère ambiante en tournant un drame patriotique, «Le chemin de L'honneur» (1939). Un chemin qui, désormais, ne mènera plus au Paradis.

Sous l'Occupation, le séducteur vieillissant donne la réplique à Louise Carletti («Annette et la dame blonde», 1941) et à Elvire Popesco («Fou d'amour», 1943). Délaissé par les producteurs, il tente un retour en 1953 dans un film demeuré inachevé, «L'homme trahi».

Vie privée …

Sportif et élégant, Henri Garat, au temps des heures pleines, partagea ses loisirs entre la passion de l'automobile et son amour des femmes. Grand amateur d'automobiles, il déclare dans une revue (Cinémonde N°311) avoir passé son permis dès 1918. La législation française permettait-elle à cette époque de conduire dès l'âge de 16 ans ?

Vers 1932, Henri épouse Betty Rowe, dont il fera sa partenaire dans «La souris bleue» (1936). En 1934, le couple annonce à la presse la naissance d'un futur enfant. Pour des raisons mal élucidées, Georges devait mourir en bas âge. Betty disparaîtra au début des années quarante.

Sa gloire envolée, l'acteur rencontre de nombreuses difficultés financières, qui l'entraînent quelquefois devant les tribunaux … et même en prison ! Divorcé en secondes noces de la Comtesse Marie Czernichef-Besobraroff, il échoue dans un taudis marseillais. Sa vie longtemps sans retenue lui occasionne sur le tard des ennuis de santé, qui eurent néanmoins l'avantage de lui faire rencontrer sa troisième épouse, une infirmière suisse prénommée Anne-Lise, de vingt ans sa cadette. Le couple aura un fils, Marcel, ouvrira un restaurant parisien, "Le chemin du Paradis", avant de se voir réduit à la faillite. Femme et enfant abandonnent à nouveau le comédien à sa triste solitude.

Soutenu par l'association fondée par le comédien Paul AzaïsPaul Azaïs, «La roue tourne», Henri Garat se produit en attraction dans des salles de spectacles, et même sur la piste du cirque Francki. Trop souvent, le public ne le reconnaît pas.

Son état de santé entraîne plusieurs opérations qui ne lui épargnent pas les souffrances. Sans surprise, Henri Garat s'éteint à l'hôpital d'Hyères, le 13-8-1959.

Il n'était certainement pas un mauvais garçon. Aussi, nul ne doute qu'il ait trouvé le chemin du Paradis.

Documents

Sources : Documents personnels, articles de magazine (Ciné-Miroir, Cinémonde, Ciné Revue : les Immortels du Cinéma, etc.) ,plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Henry Garat : "Pourquoi une telle réception pour un acteur qui n'a fait que son métier ? Qu'ai-je fait pour mériter cet enthousiasme démesuré ?"

© Christian Grenier, juin 2006
(Ed.6.3.2 : 28-8-2014)
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