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Giselle PASCAL (1921 / 2007)

Giselle Pascal

A l'aube des années quarante, le cinéma français, dans la situation que l'on connaît, se cherche de nouvelles vedettes, bien que toutes - surtout chez les dames - n'aient pas traversé l'Atlantique.

Danielle Darrieux est alors au zénith de sa jeune carrière. Après 1942, son absence offrit certainement quelques opportunités à la jeune actrice qu'est Giselle Pascal.

Entre comédies et romances sentimentales, la jeune fille sut répondre aux attentes du public et des producteurs, avant que sa princière liaison ne lui vaille une publicité davantage subie qu'espérée. Et puisque les contes de fées ne se terminent pas si bien dans la vie qu'au cinéma, nous aurions pu, nous autres spectateurs, espérer tirer un bénéfice beaucoup plus conséquent d'une rupture inévitable que celui que nous offrit la seconde partie de sa filmographie.

Mais il n'y a pas que le cinéma dans la vie. Et je ne suis pas sûr que Giselle Pascal en éprouva le moindre regret. Alors, pourquoi être plus princier que celle qui ne fut pas princesse …

S39 - Giselle Pascal, la petite bouquetière qui ne devint pas princesse …

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Une petite "bouquetière" …

Née Giselle Marie-Madeleine Tallone, à Cannes, d'une famille d'origine italienne, le 17 septembre 1921. Précisons une fois pour toute que son charmant prénom s'écrit bien dans cette orthographe, quoiqu'en montreront plus tard affiches et génériques.

De parents fleuristes, la petite Giselle suivit très tôt des cours de danse. Envisageait-elle déjà d'échapper à son destin de bouquetière - un joli mot très poétique qui n'a rien de péjoratif, tout comme la corporation qu'il représente mérite toute notre considération - ?.

De nombreuses notices biographiques rajoutent qu'elle suivit également des cours de chant, ce dont l'intéressée se défend dans une interview (Mon Film N° 288), lacune qui ne l'empêchera pas de pousser la chansonnette dans quelques opérettes («Plume au vent», «La bonne hôtesse» …).

En attendant, c'est en 1941 qu'elle débute sur les planches, dans la jeune compagnie de Claude DauphinClaude Dauphin pour laquelle elle se produisit pendant quelques mois. «Histoire de rire» d'Armand Salacrou, «A Quoi Rêvent les Jeunes Filles» d'Alfred de Musset figurent notamment sur sa toute nouvelle carte de visite …

Après une figuration - dont elle ne fait jamais état - dans le film d'Yves Allégret, «Les deux timides» (1941), Giselle Pascal obtient son premier vrai rôle cinématographique en 1942 dans un film du grand frère Marc Allégret, «L'Arlésienne». Elle enchaîne rapidement, pour le même réalisateur, avec «La belle aventure», donnant la réplique à son ami et chevalier servant de l'époque, le déjà nommé Claude Dauphin. Tourné en zone libre, le film fut interdit par les Allemands lorsqu'il découvrirent que le jeune homme combattait dans les Forces Françaises Libres.

Mais son rôle le plus prestigieux dans cette période sombre de l'Occupation, c'est à Marcel L'Herbier que notre vedette le doit, interprétant Musette dans «La vie de bohême», une coproduction franco-italienne ( !) de 1943 s'appuyant sur la musique de Puccini.

«Lunegarde», réalisé en 1944 par Marc Allégret, ne sortit, pour des raisons que l'on devine qu'en 1946. Giselle-Elisabeth y est la “fille” de Gaby Morlay-Amarance dans cette adaptation de l'œuvre romantique de Pierre Benoît.

… Qui ne devint pas princesse …

En 1945, Giselle Pascal tient le premier rôle féminin dans l'adaptation de la pièce de Roger Ferdinand, «Les J3». Ce film, dont le titre reprend le nom de la catégorie “jeunes gens” des cartes d'alimentation distribuées pendant la guerre, ne sortit qu'en 1947.

La jeune actrice traverse alors la période faste d'une carrière que l'on peut aujourd'hui estimer bien trop courte. Elle accumule les premiers rôles dans un registre assez proche de ceux de Danielle Darrieux (avec laquelle je ne peux m'empêcher de lui trouver une certaine ressemblance) pour la comédie plus ou moins chantante («Amours, délices et orgues» en 1946, «Mademoiselle s'amuse» en 1947), où d' Odette Joyeux pour la romance sentimentale («Après l'amour» en 1947, «Véronique» en 1949) …

Dans sa vie privée, la jeune femme, qui entretint brièvement une relation avec le jeune Yves MontandYves Montand, encore sous les jupes de la grande Édith, retrouva (les jeunes gens possédaient tous deux une propriété autour de Saint-Jean Cap Ferrat) le jeune prince monégasque Rainier III. Quitte à verser dans le style que l'on nommera plus tard "people", il me paraît impossible de rédiger une notice biographique sur notre vedette du jour sans faire allusion à cette romance qui défraya les chroniques sentimentales pendant près de 6 ans. On sait qu'elle ne se termina point en "happy-end", l'ancienne bouquetière n'ayant pas le sang suffisamment "pur" pour se mêler à celui d'un Grimaldi. Morfondu, le Prince dut s'incliner devant la raison d'état. On évoqua alors une stérilité bien à propos chez la jeune actrice.

C'est dans le travail, et l'appréhension de ce qui fut sans doute son plus grand rôle, que Giselle Pascal trouvera le réconfort. Pour personnifier l'aviatrice Hélène Boucher - qui se tua aux commandes de son appareil en novembre 1934 - l'actrice apprend à piloter, décollage et atterrissage compris ! Le résultat, «Horizons sans fin» (1952), fut à la hauteur des sacrifices consentis.

 … mais put continuer à faire du cinéma.

Entre deux personnifications de grandes dames de l'Histoire de France - Louise de La Vallière dans «Si Versailles m'était conté» (1953) et la Comtesse de Montebello dans «Si Paris nous était conté» (1955), Giselle Pascal fait une apparition dans le film de Maurice de Canonge, «Boum sur Paris» (1953), aux côtés de Gary Cooper. L'œuvre ne mériterait pas qu'on s'y attarde si elle n'accréditait la romance que l'on prétendit entre les deux acteurs. Mais c'était déjà loin, l'Amérique …

En ce milieu des années cinquante sévissait dans l'Hexagone un genre de film que l'on peut qualifier de "réalisme social-populaire". «Le feu dans la peau» et «Marchande d'illusions» (1954) en sont deux exemples dont les titres résument bien les ingrédients de la recette. Dans ces oeuvrettes, Giselle Pascal donne la réplique à un comédien qui fut également son premier amour d'adolescente - le jeune homme est natif de Nice - Raymond Pellegrin. La bouquetière avait enfin trouvé son prince charmant, et infirmera quelques années plus tard les raisons officielles de sa rupture princière en donnant naissance à la petite Pascale (1962), future actrice, devenue aujourd'hui médecin.

Heureuse en amour, malheureuse au jeu. Car ni les rôles charmants des années quarante, ni le tournant amorcé dans «Horizons sans fins» (1952) n'offrirent à l'actrice les personnages que son talent appelait à incarner. Quelques sombres mélodrames ( «Pitié pour les vamps» et «Sylviane de mes nuits» en 1956 …) ne suffirent pas à la convaincre de persévérer dans une carrière qui ne la satisfaisait plus.

On la revit, non sans plaisir, donner la réplique à Jean Marais dans «Le masque de fer» (1962), mais le feu ne fut que de paille.

Dans les années quatre-vingts, de “jeunes” réalisateurs lui permirent un retour remarqué. Ne fut-ce que pour cette raison, Paul Vecchiali («En haut des marches» en 1983), Andrzej Zulaswki («La femme publique» en 1983), Francis Veber («Les compères» en 1983) et Sébastien Japrisot («Juillet en septembre» en 1988) méritent bien quelques remerciements.

Giselle Pascal est morte le 2 février 2007, à Nimes, une ville où il fait pourtant si bon vivre …

Documents

Sources : Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Signalons la page que lui a consacré Marlène Pilate dans sa planche N°16 (La galerie d'Yvan Foucart).

© Christian Grenier, avril 2006
(Ed.6.3.1 : 28-9-2013)