HÔTEL du NORD
de Marcel Carné
France, 1938
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La petite histoireLorsqu’il s’attaque en 1938 au tournage de son nouveau film, «Hôtel du Nord», Marcel Carné n’est plus le cinéaste débutant de «Jenny» : sa première œuvre de fiction est sortie deux ans plus tôt grâce à l’appui de son actrice principale, la grande Françoise Rosay Carné se lance donc dans l’adaptation du roman populiste d’Eugène Dabit, «Hôtel du Nord», paru en 1929. L’idée de départ vient du producteur Lucachevitch qui veut absolument trouver un rôle de premier plan pour Annabella Lorsque Carné s’inquiète des réactions éventuelles d’Annabella à la lecture du scénario, Jeanson part d’un grand éclat de rire : "Et alors ?". Mais ces inquiétudes n’étaient pas justifiées : la jeune femme trouve le scénario excellent, preuve sans doute qu’elle était plus futée que ne le pensaient ces messieurs ! Toutes les appréhensions du metteur en scène semblèrent se confimer dès le début du tournage : il s’avouera déçu par les premières scènes du couple vedette, desservi selon lui par un dialogue plutôt faible. Plus inquiétant, Arletty "Arletty devait aller et venir dans la chambre, et jouer avec de nombreux accessoires tout en disant un texte rigoureusement plaqué sur chacun de ses déplacements. On répète une première fois. C’est la catastrophe. La pauvre Arletty mélange texte, mouvements et accessoires comme il n’est pas permis. On recommence. Une fois, deux fois, trois fois … Le résultat est identique. Qui plus est, elle commence à s’énerver. Quant à moi, je suis pris de panique". Finalement, le metteur en scène propose à son actrice d'interpréter lui-même la scène : "Et me voilà prenant l’inhalateur, le respirant, mettant la serviette sur ma tête, puis m’emparant de la boîte de rimmels, de la brosse, me faisant les cils…Personne ne rit, alors que la scène jouée par un homme s’y prête amplement". Là-dessus, Arletty joue la scène parfaitement et le réalisateur, soulagé, lui saute au cou ! Ainsi débuta une belle liaison professionnelle qui allait donner en quelques années, sur de mythiques scénarios de Prévert, toute une série de chef-d'oeuvres célèbres. Difficile d’évoquer «Hôtel du Nord» sans revoir le magnifique décor conçu par Alexandre Trauner : le Canal Saint-Martin et l’Hôtel du Nord reconstitués près des studios de Billancourt. Le producteur, effrayé par la somme demandée pour le décor s’écrie : "150 000 francs pour construire un hôtel sordide ! Pour ce prix-là, faites-moi au moins le Ritz !". Le débutant François Périer Comme prévu, c’est la consécration pour Arletty qui devient une vedette de premier plan. Marcel Achard s’enthousiasme dans "Paris-Soir" : "C’est l’un des meilleurs films de l’année, le meilleur peut-être. On ne pourra plus oublier le couple burlesque, extravagant et adorable que forment Louis Jouvet et Arletty. Le dialogue de Jeanson est foudroyant, le plus brillant de tous les dialogues de cinéma". Dans son autobiographie, Arletty elle-même ne sera pas en reste : "Mes vrais débuts au cinéma. Un rôle épisodique - six jours – mais ce rôle vaut les 1500 lignes de Cyrano !". Elle y commente avec humour sa toilette : "Robe zip, un sac de Schiaf, et une mini fourrure. Luxueusement chaussée par Perugia, modèle exclusif, représentant au moins quatre-vingts passes de Madame Raymonde !". Quant au fameux mot - "Atmosphère, atmosphère …" - elle refusera toujours de le répéter car, dira-t-elle, "il appartient au public". N’oublions pas toutefois une distribution réunissant la crème des seconds rôles du cinéma français : Jane Marken Pour en revenir à Annabella, citons le point de vue de Jacques Siclier paru dans "Télérama" : "Annabella, comédienne fine, sensible, très attachante, entretient, avec un Jouvet inhabituel, des rapports de passion et de fatalité. Elle est le personnage principal de cette œuvre où passe l’air du temps (la guerre d’Espagne, le chômage …) et où Jouvet traîne les rêves illusoires d’un déclassé que le milieu ne lâchera pas". On ne saurait mieux dire ... Et, comme cet ancien habitué du «Masque et la plume», rien ne nous empêche de préférer «Hôtel du Nord» à «Quai des brumes» ! Sources : «La défense» d'Arletty (1971), «La vie à belles dents» de Marcel Carné (1979), «Profession : menteur» de François Périer (1990). |




















