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PATHS OF GLORY

(les Sentiers de la gloire)

de Stanley Kubrick - U.S.A., 1957

présentation presse projection  
La petite histoire

Encore en pleine ascension, le jeune et talentueux réalisateur Stanley Kubrick a le projet ambitieux de réaliser une adaptation du roman de l’ancien combattant de l’armée canadienne Humphrey Cobb qui fut blessé au front lors de la Première Guerre Mondiale. Cet ouvrage, «Paths of glory», qui repose sur divers épisodes réels, fut publié en 1935 aux Etats-Unis et connu un grand succès populaire.

Stanley Kubrick: "James Harris et moi cherchions un sujet. Je me suis souvenu alors d’un roman de Humphrey Cobb que j’avais lu lorsque j’avais quinze ans. Il m’avait laissé un souvenir durable, non par ses qualités littéraires, mais par la troublante et tragique situation de trois de ses personnages. Trois soldats irréprochables, accusés de couardise et mutinerie et que l’on fusillait pour l’exemple. Nous avons relu le roman et sommes tombés d’accord. Calder Willingham, Jim Thompson et moi-même en avons alors écrit l’adaptation."

Stanley Kubrick a énormément de mal à faire produire le film jusqu’au jour où il rencontre l’acteur Kirk Douglas auquel il demande de lire son scénario.

Kirk Douglas: " Celui-ci m’enthousiasma et je lui dis qu’il ne ferait jamais un rond mais qu’il fallait absolument le tourner. Je m’efforçai de trouver un financement. Ce ne fut pas facile. Le scénario avait été refusé de partout, mais j’avais de bonnes relations avec United Artists, et je réussis à emporter l’affaire en prétendant que j’étais en pourparler avec la MGM… Ils décidèrent alors de le produire, avec un budget limité de trois millions de dollars".

Dans ses mémoires Kirk Douglas rapporte que Kubrick transforma le scénario original pour un autre beaucoup plus commercial qui se fermait par un heureux dénouement: "Il l’avait révisé de son propre chef, avec Jim Thompson. C’était une catastrophe, une version bon marché d’un scénario que j’avais jugé éblouissant… Je jetai le scénario à travers la pièce pour revenir au scénario original pour lequel j’ai trouvé de l’argent, sans ça le film ne se fera pas… Stanley ne cilla pas et nous tournâmes le scénario original. Stanley pouvait être exaspérant, mais quel talent !"

Le film fut entièrement tourné en Allemagne, aux studios Geiselgasteig de Munich et à proximité de la ville pour les extérieurs. Six cents policiers allemands furent réquisitionnés pour le tournage de la scène d’attaque de “la fourmilière”. Le champ de batailleétait divisé en cinq zones pour cinq groupes d’assaillants dont seuls les soldats d’une des zones devaient parcourir tout le terrain parmi les trous d’obus et les explosions. Le tournage de la scène permet à Kubrick de nous offrir l'un des plus mémorables déplacements de caméra du septième art.

Superbe interprétation de l’acteur George MacreadyGeorge Macready et non moins belle performance d’Adolphe Menjou, qui voit là sa toute dernière grande prestation d’une longue carrière étalée sur cinq décennies: "Le plus grand metteur en scène, c’était Chaplin. La façon dont Stanley travaille est plus proche de la sienne que de celle de tous ceux que j’ai connus en ceci que, chez lui, l’acteur a toujours raison et le réalisateur toujours tort… C’est un de nos dix meilleurs metteurs en scène".

Le film remporta le prix Chevalier de la Barre en 1958 au festival mondial de Bruxelles et le grand prix de la critique belge.

En apprenant que son oeuvre était ainsi distinguée par la critique, Stanley Kubrick répondit par un télégramme: "Je suis très fier et très honoré d’avoir reçu votre distinction pour ‘les Sentiers de la gloire’. J’espère que cette distinction attirera à nouveau l’attention de la presse française sur mon film, et qu’elle aidera à créer une atmosphère de sympathie pour sa sortie éventuelle en France".

Il n'en fut rien. Les Artistes Associés ont préféré ne pas présenter le film au comité de censure français. En mars 59 il fut interdit en Suisse, sous prétexte d'une propagande subversive dirigée contre la France, sa justice et son armée. On déplora également quelques incidents à Bruxelles lors de sa projection en salle.

Kirk Douglas: "Comme je l’avais prédit, le film ne rapporta pas un rond. Un film ne peut faire de l’argent que si des gens payent pour le voir, et les gens ne peuvent pas le voir s’il a été interdit dans leur pays. Oh, il n’a jamais été directement interdit en France. Il n’y eu que de très normales conversations à haut niveau entre le gouvernement français et la United Artists. Il fut également interdit de projection au festival du film de Berlin en 1958 après que la France eut menacé de se retirer… Je n’ai jamais trouvé que ‘les Sentiers de la gloire’ fut un film anti-français".

Pauvre malheureux public français qui devra attendre 1975 pour pouvoir découvrir cette œuvre forte sur nos écrans. Enfin… mieux vaut tard que jamais !

Le fait historique

Nous sommes aux environs de Souain, dans la Marne.

A 5 heures du matin, le général Reveilhac donne l’ordre depuis son QG à la 21eme compagnie du 336eme régiment d’infanterie de bondir hors des tranchés et d’attaquer l’ennemi par surprise. Sachant que les Allemands ont été pilonnés toute la nuit par l’artillerie française, ils sont forcément en alerte. L’attaque est vouée à un échec certain; de plus les soldats sont épuisés. Devant eux, le terrain est déjà jonché de cadavres. Le capitaine est suivi de quelques hommes qui sous la violence du feu ennemi ne tardent pas à regagner la tranchée. Deux témoins attesteront que le général Reveilhac (qui le niera plus tard) exigeait que l’artillerie pilonne ses propres lignes pour faire sortir la 21eme compagnie. Le commandant de l’artillerie s’y serait refusé.

Cette sortie, les soldats l’ont déjà vécue plusieurs fois. Mais ce matin là, le refus était tel qu’ils se savaient exposés à une mort assurée.

La 21eme revient à l’arrière. Le général Reveilhac fait désigner au hasard dix-huit soldats et six caporaux pour les faire juger. Ils sont aussitôt emprisonnés.

Le conseil de guerre se réunit le 26 mars dans l’après midi. Le verdict tombe dans la soirée. Quatre des six caporaux sont condamnés à mort, sans possibilité d’appel et de recours en grâce.

Le 17 mars à 15 heures, la sentence est exécutée. Les quatre hommes fusillés pour l’exemple seront réhabilités dans les années trente.

Sources : Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Fernand Cabrelli, mars 2008
Ed.5.2.1 : 22-6-2010