LETIAT JOURAVLY

(Quand passent les cigognes)

de Mikhail Kalatozov - URSS, 1957

 

LA PETITE HISTOIRE

afficheLa mort de Staline, en mars 1953, déclenche une lutte pour le pouvoir. Kroutchev, qui lui succédera, critique ouvertement la tyrannie de Staline et dénonce les films de propagande contrôlés par le ministre de la culture Andrej Zdanov qui glorifient le génie militaire de l'ancien dictateur.

Petit retour en arrière …

Pendant cette triste période d’après guerre des films comme «Mitchourin /la Vie en Fleur» (1948) d'Alexandre Dovjenko et «Molodajaguardija/la Jeune Garde» (1948) de Sergej Guerassimov subirent de sévères corrections durant l’écriture et pendant le tournage. Un fait plus connu: la deuxième partie de «Ivan le terrible» de Sergei Einsenstein, tourné en 1945 et interdit de diffusion pendant quelques années.

La majeure partie des pionniers du cinéma soviétique des années 20 furent contraints à l’inactivité: Lev Koulechov, par exemple, continua à enseigner mais ne tourna plus de films après la guerre, ainsi qu' Einsenstein. Le réalisateur et acteur Vsevolod Poudovkine ne fit que 3 films après guerre, Alexandre Dovjenko 1 seul …

En 1952, au congrès du parti fut ordonné un accroissement de la production cinématographique en autorisant des scénarios centrés sur des gens communs tout en gardant l’esprit patriotique du parti communiste. Le dernier film de Poudovkine «Vozvrascenije Vasilija Bortnikova/Le retour de Vasilij Bortnikov» (1953, intitulé parfois «La moisson», 1953) illustre parfaitement cette tendance.

Kroutchev au pouvoir, c’est la période du dégel, le cinéma soviétique peut s’affirmer complètement. «Letiat jouravly/Quand passent les cigognes» (1957) de Mikhail Kalatozov est le parfait exemple de politique enrichissante. Vers la fin de la décennie, d’autres films représenteront cette tendance d'un nouvel humanitarisme, comme les premieres oeuvres de Grigori Tchoukrai, «Sorok pervyl/Le quarante et unième» (1956, prix spécial du jury à Cannes) et «Ballada o soldate/La ballade du soldat» (1959). De son côté, Serguei Bondarchouk réalise un film qui retient l’attention, «Soudba tchloveka/Le destin d’un homme» (1959), primé au grand prix de Moscou.

Beaucoup d’œuvres de différents réalisateurs furent redécouvertes et les nouveaux films gagnèrent en notoriété.

Dans le film «Quand passent les cigognes», ce sont en fait des grues qui volent dans le ciel de Moscou, annonçant le printemps. En effet, comme le mot “grue” avait une signification péjorative chez nous, la distribution française remplaça ce mot fort justement par “cigognes”. Par contre, il est intéressant de signaler que le titre original italien est calqué sur le modèle français. Certains critiques transalpins se font le malin plaisir de traiter leur distributeur de l'époque d’ignorant !

Témoignages de l’acteur Alexei Batalov au sujet du film...

"Mon cousin est mort à la guerre, après avoir falsifié ses papiers pour pouvoir s’engager en tant que volontaire, comme dans le pire des mélos soviétiques. Pour moi c’est un être réel et une perte réelle. Aussi ce rôle pour interpréter Boris reste restreint, le film parlant de bien autre chose, de l’amour d’une femme et de sa destinée. Reste que pour moi, chacune des images est une petite part de ce que j’ai pu vivre moi-même, que ce soit durant l’évacuation, que ce soit quelque part ailleurs, beaucoup plus loin. Mais c’est ce temps là, réel, et ce sont ces gens, réels. Dans toute la mesure du possible moi-même et tous ceux qui jouaient, nous tâchions malgré tout,comme nous le pouvions à rendre hommage aux combattants."

Le directeur de la photographie Sergueï Ouroussevski, de par ses prouesses techniques, a fort justement obtenu le prix de la commission supérieure technique du festival de Cannes en 1958 . Parmi ses oeuvres principales, signalons «Le retour de Vassili Bortnikov» (1953) , «le quarante et unième» (1956), et «Ici Cuba», sous la direction du même Kalatozov.

«Quand passent les cigognes» a obtenu la palme d’or du festival de Cannes en 1958, un prix spécial au festival cinématographique de Moscou ainsi que le prix Selznick du meilleur film étranger de l’année aux USA. Sorti en France en 1958 Le film est classé troisième au box office avec près de 5 500 000 entrées, juste derrière «Les dix commandements» de Cecil B.de mille et «Les misérables» de Jean Paul Le Chanois.

«Après toutes ces années, c’est pour moi un grand honneur de voir que notre film vit toujours. Il reparaît en tout cas sur les écrans. Les gens n’oublient pas. Et le principal, même pas pour moi, bien que ce soit ma vie, chose qui à la fois m’étonne et me réjouit, c’est que dans la masse des films qui ont été faits sur la guerre, les gens ont choisi avec leur cœur, les cigognes» (Alexei Batalov).

 

Fernand Cabrelli, mars 2007

 

 

dossier de presse

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(Ed.4.5.1: 12-8-2008)

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