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Colette BROSSET (1922 / 2007)

L`Encinémathèque

Robert et Colette sont restés main dans la main pendant près de 60 ans, après s’être connus sur les bancs du cours Simon.

Tous les deux avaient en commun, le goût de la farce, du rire, du gag … Ils auront ensemble monté une troupe, celles des célèbres "Branquignols", des spectacles, des revues, des films … Ils se seront exportés outre Manche, puis Outre Atlantique, avec le même bonheur et le même amour.

Parcourant leur carrière, on ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment de regret ! Certes ils ont eu beaucoup de succès mais a-t-on su apprécier à leur bonne valeur leur créativité, leur sens du gag, du comique de situation ? Ils ont lancé de nombreux fantaisistes de leur époque. Ils ont fait école !

Ils se sont rejoints pour toujours depuis que Colette a retrouvé Robert au royaume des clowns, le 1er mars 2007. Impossible de les séparer, ils ne l’auraient pas supporté !

Voici donc présentée, en un tryptique de circonstance, la belle mais véritable histoire de Robert Dhéry et Colette Brosset …

Ri14 - Il était une fois Colette Brosset …

Colette Robert Colette & Robert photographies filmographie document
Enfance …

Colette Marie Claudette Brossé naît à Paris, le 21 février 1922.

Son papa Daniel, que tout le monde surnomme “Bouboute”, travaille aux Halles. Il sera, grâce à son métier, l’accueillant cantinier pendant la guerre, des Gélin, Périer, Blier, Reggiani et autres qui viendront se rassasier de la bonne cuisine bien nourrissante de son épouse Marthe que tout ce beau jeune monde aura adoptée. Bouboute abritera pendant la guerre deux américains clandestins et prêtera sa boîte à lettres pour abriter des messages discrets.

Généreux, les parents de Colette hébergeront le jeune couple Dhéry au début de leur mariage en 1943.

Colette est la sœur cadette de Claude, qui n'est pas le comédien Claude BrossetClaude Brosset !

Dès ses premiers pas, ses parents se rendent à l’évidence, leur bout de chou a les pieds “en dedans”. Comme remède, on leur conseille la danse ! C’est ainsi que, toute petite, Colette va apprendre cet art que l’on dit si difficile et devient petit rat à l’opéra. Elle remportera par la suite un premier prix international de la danse, mais comme le dira son clown de mari, elle marchera toujours les pieds “en dedans”.

Une jolie petite bille de clown …

Cependant, cet apprentissage exigeant donnera à la jeune danseuse le goût de la scène.

Elle s’inscrit bien vite au fameux Cours Simon. Elle a 16 ans, est alors plutôt menue, blonde avec des yeux tout ronds… Une jolie petite “bille de clown”. Parmi ses camarades figurent Maria Casares, avec qui elle aime bien rigoler, et une grande fille brune qui s’appellera plus tard Martine Carol. Côté garçons, Daniel Gélin, Serge Reggiani, Michel Vitold déjà porté vers la tragédie, enfin un “affreux jojo” qui zozote un peu, sympathique, et que toute la classe aime pour ses pitreries : Robert Dhéry. Inévitablement, le maître du cours voit en Colette une ingénue et lui fait travailler le rôle d’Agnès dans «l’Ecole des femmes».

"Viens-là Robert… j’ai besoin d’un Arnolphe pour donner la réplique à Mademoiselle". Robert en a un peu assez de donner toujours les mêmes répliques. Il déclare à son maître, en fixant la frimousse enfantine de Colette et remarquant sa façon amusante de froncer le nez : "Pourquoi Agnès ? Elle est plutôt marrante non ?"René Simon réfléchit… "Peut-être !... il faut attendre encore un peu".

Un soir, elle arrive en tirant par la manche un gamin, Christian DuvaleixChristian Duvaleix, qui ne tarde pas à devenir l'un des plus fidèles amis du couple.

Pendant ces années encore heureuses (nous sommes en 1937), Colette est aperçue deux fois sur les écrans des salles obscures : dans «Un coup de rouge» (1937), film à sketchs de Gaston Roudès et dans «Thérèse Martin» (1938) , une évocation de Thérèse de Lisieux.

Une catastrophe montée sur deux jambes de ballerine …

Colette ne néglige pas les cours et ne quitte guère Robert. Celui-ci a décroché des contrats au théâtre Hébertot, dirigé par Raymond Rouleau : "Je serai vêtu d’un collant bizarre avec une jambe violette et une autre jaune » !" la prévient-il … la jeune demoiselle se précipite au théâtre. A l’entracte, elle l’attend dans sa loge : "Il te va bien ce costume, t’es drôlement bien dedans ! Tes jambes, tu sais, elles sont belles !". Bien sûr, les jambes, c’est un critère pour une danseuse ! A partir de ce moment-là, Colette considérera son “meilleur copain” de façon bien plus tendre …

Entrée au Conservatoire, Colette est auditrice dans la classe de Louis Jouvet. Elle a la réputation d’une bosseuse. L'année suivante, elle rejoint le groupe d’amis - parmi lesquels figure Robert - dans la classe de Béatrix DussaneBéatrix Dussane. Cette grande dame du répertoire dramatique écrira : "Robert et Colette ? ça marchera ! ".

Les amoureux se retrouvent. Colette participe au spectacle des "Trois Sockettes" et deviendra aussi farfelue que son futur mari. "Avec Colette, c’est toujours pareil : une catastrophe montée sur deux jambes de ballerine, quoiqu’elle fasse ! Avant d’entrer en scène, elle ficherait le trac à un régiment de cosaques. Même quand elle est réellement adroite" (Robert Dhéry).

De plus en plus amoureux de sa petite camarade du Cours Simon, Robert la suit "comme un gardien de trésor !" Le 18 novembre 1943 cela se termine par un mariage, une union placée sous le signe de la bonne humeur, malgré l’époque, et qui durera plus de 60 ans !

Le cinéma de Colette …

Colette, qui participera à la plupart des films réalisés par son époux, s’autorisera quelques rôles en solo.

Tout juste après la guerre, elle est de la distribution de «Etoile sans lumière» (1945) - dont la vedette n'est autre qu'Edith Piaf - et de «Master Love» (1945) de Robert Péguy. Plus tard, souvenons-nous de l’aubergiste de Meursault, dans «La grande vadrouille», qui “sauvera” Bourvil et Louis de Funes : c’était elle !

Toutes ses autres apparitions se feront en compagnie de Robert et dans bien des cas elle tiendra son propre rôle d’épouse. Pour certains films, elle sera un personnage de l’intrigue, pour d’autres, comme «Ah ! Les belles bacchantes !», elle signera en outre la chorégraphie; c’est elle qui aura réglé le ballet si amusant des serveurs se jouant des portes de saloons dans «Le grand restaurant» avec un Louis de Funès égal à lui-même. Pour «Allez France», et «Vos gueules les mouettes», elle participera en plus à l’élaboration du scénario.

Les filmographies la concernant mentionnent pratiquement toutes sa présence dans la grande fresque historique «Paris brûle-t-il ?» mais elle aurait nié cette participation lors d’une interview. Pourtant …

Colette tournera aussi quelques fictions pour la télévision. Sa dernière apparition se fera sur les planches, en janvier 2004, dans une reprise de la pièce dramatique «Léon Morin, prêtre» à l’espace Georges Bernanos de Paris.

Avec Robert, pour l'éternité …

Colette nous a quittés le 1er mars 2007, à l’âge de 85 ans. Depuis que Robert était parti, elle n’avait qu’une hâte, celle de le rejoindre ! Ils ne seront restés séparés que 3 années qui lui auront paru bien longues, "un atroce trou noir" confiera-t-elle, malgré l’amour que lui exprimeront Catherine sa fille, Mathieu son petit fils et ses arrières-petits-enfants.

Documents

Sources : Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Colette Brosset : "Maintenant qu’il n’est plus là, je n’ai plus besoin de porter mon nom de scène, je vais enfin oser porter fièrement son nom"

© Donatienne, mars 2009
(Ed.6.3.1 : 27-8-2013)