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Yves CIAMPI (1921 / 1982)

Yves Ciampi

Un médecin du cinéma, ou un cinéaste praticien ? Il fut certainement  les deux.

Une éducation tournée vers les beaux arts, une passion pour la caméra, une vocation de médecin, un héros de la guerre, mais aussi un réalisateur sacrifié oseront dire certains.

Alors, «Qui êtes-vous, Monsieur Ciampi ?»

R37 - Yves Ciampi, un cinéaste praticien …

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L'enfance dans l'art …

Yves Ciampi naît à Paris le 9 février 1921. Très tôt, il est bercé par le monde des arts. En effet son père n’est autre que le grand pianiste Marcel CiampiMarcel Ciampi. Quant à sa maman, Yvonne AstrucYvonne Astruc, elle est une talentueuse violoniste. Enfin sa tante paternelle, Gabrielle Ritter Ciampi est une cantatrice.

Ses parents souvent en tournée, le petit Yves est fréquemment élevé par sa marraine, la poétesse Marthe Lacloche, qui lui inculque l’amour de la poésie et de l’écriture. Il confiera plus tard à son ami Jean‑Charles TacchellaJean-Charles Tacchella combien cette artiste aura compté dans son éducation et sa formation spirituelle.

L'adolescent suit une brillante scolarité dans la capitale française et s’oriente vers des études de médecine. Mais il a déjà l’amour du cinéma. Pour ses 15 ans, ses parents lui offrent une caméra 16 mm. Alors qu’il n’est pas encore majeur, il réalise des courts métrages, dont un, sur une croisière en Grèce, est remarqué par Pierre Lazareff qui contribue à sa distribution.

Médecin ou cinéaste ?

Poursuivant parallèlement ses études de médecin et son apprentissage de la technique du cinéma, il conjugue ses deux vocations en réalisant, en 1940, un court métrage sur le cancer. En 1941, alors qu’il vient juste de fêter son 20e anniversaire, il réalise un 3e opus, «Mort interdite».

La guerre déclarée, Yves gagne Londres, pour rejoindre les Forces Françaises Libres . Il remettra les pieds sur le sol natal au sein des troupes du Général Leclerc. Décoré de la Légion d’honneur, de la Croix de Guerre et de la Médaille de la Résistance, il est démobilisé en 1945.

Médecin ? Cinéaste ? Les deux, mon général ! Car il met son talent à deux faces au service de l’armée. C’est ainsi qu’il tourne «Compagnons de la Gloire» (1945). Parallèllement, il finit par décrocher brillamment son diplôme de docteur en médecine et prête le serment d’Hippocrate. S'il n’exerça jamais vraiment, optant délibérément dès 1946 pour le 7e art, il fera profiter de ses connaissances médicales en la matière nombre de ses amis.

Quelques opportunités lui permettent d’être l'assistant aux côtés de Jean DrévilleJean Dréville sur les plateaux de «La bataille de l’eau lourde» et, dans un tout autre genre, de «Les casse-pieds» (1948). Il tourne le court métrage «Les Cadets du conservatoire» (1946), un institut au sein duquel enseignent ses parents.

En 1949, il rejoint l’équipe d’André Hunebelle, pour lequel il a co-écrit le scénario de «Métier de fous» (1948) et qu'il assiste sur «Millionnaires d’un jour» (1949) et «Mission à Tanger» (1949). Marche après marche, Yves Ciampi apprend son nouveau métier …

«Un grand patron»

Yves Ciampi vient de mettre le point final à un récit–scénario, «Le patron», dont le sujet lui tient particulièrement à cœur (cf. Jean-Charles Tacchella). Il connaît tellement bien le milieu des hôpitaux avec ces grands praticiens aux ambitions dévorantes, aux egos surdimensionnés, aux éthiques du “tout m’est permis”, il a goûté à l’ambiance des grandes salles communes où les malades s’entassent, la course aux examens, les “tonus” des carabins et la paillardise de leurs salles de gardes. Il a envie de montrer tout cela sans concession.

Son patron de premier choix, Louis Seigner , n'étant pas disponible, il choisit avec discernement Pierre FresnayPierre Fresnay, rencontré par hasard sur un plateau de tournage. Il lui propose son sujet, sans lui cacher son problème : aucun producteur ne veut s’embarquer dans l’aventure, le portrait au vitriol qu’il fait d’un patron de grand service de chirurgie étant susceptible de révolter tout le secteur de la santé publique !

Yves fait appel à Pierre Véry, déjà auteur de plusieurs scénarios remarqués et avec qui il a déjà travaillé pour le film «Suzanne et ses brigands» (1948). Certes, l'auteur garde l’intrigue mais il dessine un grand patron plus digne, plus noble, un personnage taillé pour le talent de son interprète. Il va rajouter une touche de tendresse avec l’histoire du petit Albert qui croit en l’homme invisible, histoire parallèle à l’action principale mais qui rend l’œuvre plus humaine, plus attachante. Le patron prend suffisamment d'envergure pour devenir «Un grand patron» (1951) sous la houlette d'un nouveau réalisateur. Un travail soigné dans ses moindres détails, une ambiance médicale précisément retranscrite (il tirera de certaines scènes un court métrage pour des laboratoires) et une distribution magistrale vaudront au film un immense succès public et la Victoire du cinéma français.

Metteur en scène, scénariste, technicien …

Yvan Ciampi est à ce moment-là considéré comme le meilleur metteur en scène français de la nouvelle génération. Henri VerneuilHenri Verneuil et Jean‑Pierre MelvilleJean-Pierre Melville (celui-ci déjà réputé comme plus intellectuel) sont les seuls à soutenir la concurrence. Yves bâtit un nouveau projet avec celui qu’il considère comme un frère cadet de 4 ans, Jean-Charles Tachella . Les deux vedettes de «Interpol» sont choisies : Orson WellesOrson Welles et Michèle MorganMichèle Morgan. Hélas ! Les producteurs ne veulent plus entendre parler d’Orson Welles dont le caractère extravagant en rebute plus d'un. Mais comment annoncer à un monstre sacré qu'on va choisir quelqu’un d’autre ? Ciampi et Tacchella préférent renoncer au projet qui ne verra jamais le jour.

En 1952, sur un scénario écrit par Fernand Gravey, qui tient également le rôle principal, Yves Ciampi tourne une sympathique comédie, «Le plus heureux des hommes».

Après un court métrage documentaliste sur la Bretagne, notre homme ne peut faire autrement que de revenir à ses deux vocations jumelles qu’il combine à deux reprises. «L'esclave» (1953), une histoire évoquant les problèmes liés à la drogue, réunit Daniel Gélin et l'actrice italienne Elena Rossi-Drago. Plus dérangeant encore, «Le guérisseur», qui aborde le sujet délicat des médecines dites illégales, rassemble Jean Marais et Danièle Delorme, et Maurice Ronet. Avec «Un grand patron», ces deux volets forment un triptyque particulier, synthèse de la double casquette du réalisateur scénariste.

En 1955, «Les héros sont fatigués». C’est en tout cas ce que soutient Yves Ciampi dans une œuvre qui plonge Maria Félix, Yves Montand, Jean Servais et Curd Jürgens dans les nuits chaudes du Libéria. La vedette féminine, à la personnalité bien affirmée, se fait remarquer par quelques caprices de vedette, vite calmés par le metteur en scène qui tient le gouvernail de son navire sans état d’âme (cf. Jean-Charles Tachella).

En 1957, c’est au Japon cette fois que se rend l’équipe de «Typhon sur Nagasaki», Jean Marais et Danielle Darrieux en tête. Vient bientôt les rejoindre l’actrice nippone Keiko Kishi dont Yves tombera amoureux au point de l’épouser. Le couple tournera ensemble «Qui êtes vous Monsieur Sorge ?» (1960), un récit biographique sur l'espion de l'Abwer Richard Sorge qui annonça aux Russes la prochaine intrusion japonaise sur leur territoire (1941). Yves et Keiko seront les parents d’une petite fille.

En 1958, sur une histoire co-écrite avec Jacques Laurent Bost, Yves Ciampi réalise «Le vent se lève, avec Curd Jurgens et Mylène Demongeot. Pour «Liberté 1», écrit et réalisé par lui même en 1962, il embarque Maurice Ronet et toute son équipe pour plusieurs semaines de tournage au Sénégal.

Dans les années 60, Yves Ciampi compose et réalise ses deux derniers longs métrages pour le grand écran, avant de s’intéresser à la télévision. «Le ciel sur la tête» (1965), tourné à bord du Clémenceau, ne rencontrera le public français que lorsqu’il passera sur le petit écran, mais il aura obtenu un franc succès à l’étranger. Beaucoup moins connu, «A quelques jours près» (1969), dans lequel notre réalisateur se montre moins à l’aise, s'inscrit entre les événements du Printemps de Prague et de Mai 68.
Un réalisateur sacrifié ?

La télévision le tente. Avec son épouse, il fait une apparition dans son propre rôle dans l’adaptation du roman de Gallimard, «Rue du Havre» au début des années 60. Il présente par la suite plusieurs œuvres remarquées, comme «Christa» (1971), un feuilleton romanesque. Ses court métrages documentaires sur le bateau de Tabarly «Pen Duick VI» (1973) et «La Durance» (1974) sont respectivement récompensés du Lion d’Or du festival du film océanographique et du Grand Prix du festival industriel de Biarritz.

Il enchaîne avec plusieurs fictions à caractère politique pour les dossiers de l’écran : Staline-Trotsky (1979); «Le grand fossé» sur le congrès de Tours du parti socialiste; «Le président est gravement malade",évocation du président américain Wilson. En 1975, le couple qu’il formait avec Keiko se sépare.

La nouvelle vague d’abord, puis les événements de 68 feront qu’il s’éloignera de lui-même de la sphère cinématographique, amenant certains à parler d’un réalisateur sacrifié. Il reste dans les mémoires comme un excellent technicien, qui se réalise parfaitement dans le suspens psychologique, même si certains lui ont parfois reproché d’enfermer ses personnages dans des situations artificiellement dramatiques.

Estimé dans la profession, il avait été élu président du syndicat des techniciens du cinéma en 1955, président de l’association des médecins cinéastes. Il avait œuvré au sein du comité des programmes de l’ORTF, et du groupe de sélection des productions FR3.

En héros fatigué, Yves Ciampi s’est éteint à Paris le 5 novembre 1982, d’une crise cardiaque. Il avait 61 ans.

Documents

Sources : Interview de Jean-Charles Tacchella (bonus DVD du film «Un grand patron»), 2 photographies fournies par le photographe Gérald Bloncourt, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Yves Ciampi :

"Il ne faut surtout pas que nous soyons paralysés lorsque nous voudrons réaliser un film vraiment sensuel et érotique.

En effet, je crois que nous devrons lutter par tous nos moyens contre le cynisme de notre époque qui exalte plutôt le mépris de l'amour que l'amour lui même et l'exhibitionnisme plutôt que l'érotisme."

(Les Cahiers du Cinéma N°42, 1950, dans le cadre d'une enquête sur la censure et l'érotisme au cinéma).

© Donatienne, juin 2011
(Ed.6.3.1 : 14-8-2013)