King Wallis VIDOR (1892? 1893? 1896? / 1982)
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Lorsqu'on étudie les premières années du cinéma américain, on est surpris de découvrir avec quelle facilité un illustre inconnu parvenait à imposer, en usant de subterfuges lorsque nécessaire, les qualités qu'il se supposait à des producteurs encore peu soucieux de surveiller leurs dépenses gargantuesques. Ainsi en fut-il des réalisateurs Raoul Walsh, Allan Dwan et King Wallis Vidor, pour ne citer que les moins oubliés d'entre eux, tout en nous empressant de rajouter que seul le talent leur permit de poursuivre aussi longuement leurs belles carrières. Pour King Vidor, il n'est pas exagéré de considérer que notre homme ne serait pas, tout au moins aussi rapidement, devenu ce qu'il fut sans Irving Thalberg, un producteur audacieux qui sut donner les moyens financiers à ses directors les plus ambitieux et les plus talentueux. "L'élevation des esprits est au coeur du problème", disait l'auteur de «la Grande Parade». Ce sentiment l'anima tout au long de la soixantaine de films de long métrage qu'il offrit à l'humanité. |
R25 - King Vidor, "la guerre, le blé et l'acier" …
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L'Aventurier …Il est né en 1896 selon ses dires, en 1894 (voire 1893) selon ses biographes. Fils d'un riche négociant en bois propriétaire de la plupart des exploitations forestières de la République Dominicaine, il n'utilisa pas la fortune paternelle pour se faire une place au soleil californien. Très jeune, il assiste à une première projection cinématographique, «Le voyage dans la Lune» de George Meliès Pendant les vacances d'été, il obtient un job de contrôleur de billets dans un petit cinéma local. Remplaçant à l'occasion le projectionniste, il découvre la technique d'une salle de projection, et étudie, à l'occasion des multiples visions d'un même film, le jeu des comédiens et le travail des techniciens. Un peu plus tard, il assiste l'un de ses camarades, constructeur d'une camera de fortune, dans l'enregistrement d'une scène d'intempérie locale, «Hurricane in Galveston» (1913). A l'occasion d'une parade militaire, il parvient à se faire nommer représentant officiel de la compagnie Mutual Weekly pour l'état du Texas, réalisant ainsi son premier documentaire "professionnel". Entreprenant le tournage de son premier film de fiction, il envisage de confier le rôle féminin à une jeune fille de la bourgeoisie texane, Florence Arto. Mais les parents de la demoiselle s'y opposent. Florence Vidor n'apparaîtra pas dans «In Town» (1913), dont l'acteur principal est le King lui même … Neanmoins, quelques mois plus tard, il put épouser la demoiselle. Et en route pour la Californie ! Tandis que Florence décroche un petit contrat à la Biograph, King tente de placer ses scenarios tout en s'autorisant quelques figurations. Garçon de bureau à la Universal, il observe le grand David Wark Griffith Présentant ses travaux d'écriture sous le pseudonyme de Charles K. Wallis, il finit par devenir scénariste officiel chez Universal. | ||||||
Les oeuvres muettes …Ayant pu réaliser une série de courts métrages éducatifs, il écrit le scénario d'un film de long métrage, «The Turn in the Road», qu'une jeune société, Brentwood Film Corporation, accepte de produire. Remarqué par de plus grandes compagnies, le voici enfin réalisateur, un statut qui lui permet de diriger son épouse dans quelques films : «The Family Honor» (1921), «The Real Adventure» (1922) … Mais Florence devient une actrice fétiche de Cecil B.DeMille Riche de ses premiers succès, King Vidor construit à son tour un Vidor Village afin de tourner ses oeuvres en pleine liberté. En 1922, il met en scène une grande actrice de théâtre, Laurette Taylor, apprenant ainsi à diriger les stars en apparence capricieuses («Peg of My Heart»). Contacté par la Goldwyn Pictures, il rencontre l'actrice Eleanor Boardman sur le plateau de «Three Wise Fools» et ne tardera pas à en faire son épouse. Le couple aura deux filles, Antonio et Belinda. Se liant d'amitié avec le producteur Irving Thalberg De cette époque muette, il faut citer «the Crowd / La foule» (1928), histoire banale d'un homme parmi tant d'autres, dont l'incarnation fut confiée à un figurant, James Murray | ||||||
Les oeuvres d'avant guerre …En 1929, en vacances à Paris pour plusieurs semaines, King Vidor regagne précipitamment les États-unis en apprenant la révolution suscitée par la déferlante sonore dans les studios hollywoodiens. Il présente à Louis B.Mayer De «Bird of Paradise» (1932), il ne faut retenir que sa rencontre avec la scripte Elizabeth Hill, qui devint sa troisième épouse. Plus captivant par la bonhommie de ce cabotin de Wallace Beery, «The Champ» (1931), qui n'eut pu-t-être qu'un triste mélo (voir la version de 1978), devient une plaisante comédie. Décidé à témoigner de la situation de son pays à l'heure de la grande crise économique, King Vidor écrit une histoire relatant les difficultés d'un couple d'Américains moyens (les noms des personnages de «the Crowd» ayant été conservés ) à cultiver leur champ de blé dans ces circonstances délicates. Mais la description du capitalisme ambiant rebute banquiers et producteurs. Même Thalberg se défile. «Our Daily Bread / Notre pain quotidien» (1934) sera tourné grâce à l'argent de son metteur en scène et l'appui de Charles Chaplin au travers de la United Artists. Le film fut remarqué par la Société des Nations pour "sa contribution à l"humanité". «Stella Dallas» (1937), avec Barbara Stanwyck, oeuvre décrivant la cruauté des rapports de classe, complète l'oeuvre sociale d'un metteur en scène que certains sommencent à qualifier de gauchiste. Peu soucieux de porter le moindre costume, notre homme tourne, en Angleterre, une adaptation d'un roman d' A.J. Cronin «Northwest Passage» (1940, les aventures d'un groupe de trappeurs à la poursuite d'une horde d'Indiens maraudeurs) constitue le premier travail en couleurs de King Vidor. Surpris par cette donnée nouvelle que constitue l'apparition du technicolor dans sa trousse d'outillage, il décide d'étudier la peinture afin d'en maîtriser toutes les subtilités. | ||||||
Les oeuvres d'après guerre …Avec «An American Romance» (1944), histoire de l'Acier dont l'importance n'échappe à personne en ces temps conflictuels, King Vidor termine son tryptique national (la guerre, le blé, l'acier) en pensant ainsi apporter sa contribution à l'effort de guerre. Autant documentaire que fiction, conçu en trois volets (extraction, raffinage, production) cette oeuvre gigantesque subit des coupures non supervisées par son créateur qui en conçut une grande amertume. David O.Selznick Avec «the Fountainhead / Le rebelle», les valeurs individuelles, lorsqu'elles sont mues par un idéalisme rigoureux, reprennent du poil de la bête. Non dénuée d'érotisme latent, cette oeuvre marque la rencontre de Patricia Neal et de Gary Cooper, à l'aube d'une liaison qui défraiera la chronique. Erotisme encore dans les postures et les tenues de Bette Davis («Beyond the Forest / La garce», 1949), davantage chargé de violence vengeresse et flétri d'adultère immoral lorsque Jennifer Jones se rebelle contre le puritanisme de ses concitoyens dans «Ruby Gentry/ La furie du d ésir » (1952). «Man Without a Star / L'homme qui n'a pas d'étoile» (1955), son cinquième western, évoque l'apparition du fil de fel barbelé dans les prairies de l'Ouest. Magistralement interprété par Kirk Douglas, le film eut un grand succès, bien que King Vidor, pris par son engagement européen pour «War and Peace / Guerre et paix» (1956), ne put tourner lui-même la séquence de l'emballement du troupeau. Emerveillé par les techniques de l'écran large, King Vidor tourna dans ces procédés ses deux dernières oeuvres en Italie («War and Peace» déjà évoqué) et en Espagne («Solomon and Sheba», 1959). On sait que le tournage fut marqué par la disparition soudaine de Tyrone Power Ayant refusé de tourner «Ben Hur» entre-temps, King Vidor entretint longtemps l'illusion de réaliser un sujet plus intimiste - et autobiographique - , «the Miller Story», avant de songer à répondre à l'invitation qui lui fut faite de monter un «Cervantes». Mais Hollywood et lui n'allaient plus sur le même chemin. Alors il se réfugia dans la peinture, tout en “remontant” sa vie de grand cinéaste au cours de nombreuses conférences qu'il eut la satisfaction de donner dans les universités américaines et les festivals européens (Deauville en 1978, Moscou en 1979 …). Enfin, scientiste, il rédigea plusieurs articles pour des revues de cette confession avant de terminer par la réalisation d'un court métrage documentaire avec le peintre Andrew Wyeth Il est décédé le 1er novembre 1982, dans son ranch californien de Paso Robles. | ||||||
DocumentsSources : «A Tree is a tree» (1952), autobiographie de King Wallis Vidor complétée par l'auteur en 1980 , «l'Homme au Fouet" (1959), article de Louis Marcorelles, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine. King Vidor : "L'homme a le devoir d'apprendre ce qu'il est et ce qu'est la vie, l'un n'allant pas sans l'autre. Et avancer dans la vie, c'est comme faire un film." © Christian Grenier, janvier 2007 |
(Ed.5.2.2 : 5-2-2011)















