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Présenté de manière non chronologique, en trois volets essentiels, le travail de Comencini pour le septième art fait preuve d'une consistance qui en font l'un des réalisateurs importants du cinéma italien de la seconde moitié du vingtième siècle. Longtemps rejeté par la critique, même française, il sera reconnu tardivement comme tel. Plus sombre que Risi, moins intransigeant que Scola, il saute de la comédie au drame avec aisance, sans oublier de pénétrer toutes les sphères de la population italienne. |
| biographie | filmographie |
Biographie …Il est né Luigi Vitaliano Comencini, à Salo, province de Brescia, Italie. En 1925, la famille Comencini quitte l'Italie pour s'installer en France, dans la région d'Agen, dont il fréquente le lycée jusqu'en 1934. De 1934 à 1939, le jeune Luigi étudie l'architecture à l'Université de Milan. Il en ressort diplômé. Juste avant la Seconde Guerre Mondiale, on le retrouve journaliste et critique de cinéma pour la revue "Corrente", puis collaborateur à l'hebdomadaire "Tempo Illustrato". Par ailleurs bon photographe, il publie également certains de ses clichés. A cette époque, en compagnie du futur réalisateur Dès 1942, Comencini devient assistant réalisateur et co-scénariste sur le film d'Ivo Perilli, «La prima donna». En 1946, toujours critique de cinéma, pour le quotidien "Avanti", il se lance dans la réalisation avec un court-métrage intitulé «Bambini in citta», présenté aux Festivals de Cannes et de Venise (Nostra d'Argent). Par ailleurs, Luigi Comencini est l'heureux père des réalisatrices Cristina et Francesca Comencini, et de la costumière Paola Comencini. |
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'i Bambini e noi' (1970) Cinéaste de l'enfance …C'est devenu un cliché que de définir Luigi Comencini comme le cinéaste de l'enfance, une qualification contre laquelle l'intéressé se défend. Pourtant, le thème revient constamment dans l'oeuvre du réalisateur, qui entre dans la carrière par un court métrage, «Bambini in citta (des Enfants dans la ville)», consacré aux enfants orphelins, errants dans les rues d'un Milan dévasté par la guerre. Son premier long métrage, «Proibito rubare», traite encore de l'enfance déshéritée et délinquante, dans la lignée de plusieurs films américains d'avant-guerre, comme «Dead end» ou «Angels with dirty faces», et dont le titre français, «de Nouveaux hommes sont nés», confirme la filiation. En 1952, Comencini met en images le fameux roman de Johanna Spyri, «Heidi», dans les montagnes suisses. En 1956, dans «la Finestra sul Luna Park (Tu es mon fils)», le petit Aldo se trouve un père de substitution en la personne du chiffonnier Righetto (merveilleux Pierre Trabaud). Nouvel échec commercial, qui renvoie Comencini vers la comédie. En 1966 «l'Incompreso (l'Incompris)» ramène le cinéaste sur le terrain des rapports père-fils. Présenté à Cannes, le film est malmené par la critique, avant de prendre sa revanche quelques années plus tard. Lorsqu'en 1969 Comencini s'intéresse à «Casanova…» (1969), c'est son enfance et sa première jeunesse qu'il nous présente, laissant l'avenir de l'homme à Federico Fellini (1976). En 1970, après avoir tourné pour la télévision le reportage «I Bambini e Noi (les Enfants et Nous)», il réalise pour le même média un «Pinocchio» bien éloigné de celui de Disney. Le film sera présenté en salles dans plusieurs pays. Dix ans plus tard, «Voltati Eugenio» propose, selon l'auteur lui-même, "une réflexion sur la famille, la procréation et (…) leur inadaptation par rapport au monde d'aujourd'hui". En 1987, «un Ragazzo di Calabria (un Enfant de Calabre)», Mimi, s'entraîne à la course à pied avec acharnement, refusant d'abandonner sa quête de l'inutile comme le font un trop grand nombre d'adultes. Et, pour boucler la boucle, avec son dernier film, «Marcellino», Comencini réalise le remake du film de Vajda, «Marcelino, pan y vino» (1955). Aussi, lorsque le créateur déclare que le thème récurrent de l'enfance dans son oeuvre est davantage le fait des circonstances que l'expression d'une volonté librement affirmée, il est permis d'être sceptique … |
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'Pain, amour et jalousie' (1954) Les comédies (forcément) italiennes …Déçu par l'insuccès de «Proibito rubare», Comencini se met au service du comique italien Totò en réalisant «l'Imperatore di Capri». Mais c'est en 1953, avec le premier volet de la trilogie rurale, «Pane, amore e fantasia», que l'auteur se fait connaître du grand public. Mis au pied du mur par ses échecs précédents, le cinéaste met en scène le couple truculent formé par Vittorio de Sica et Gina Lollobrigida dans une comédie de moeurs encore appréciée de nos jours. L'année suivante, le deuxième volet de la série, «Pane, amore e gelosia», confirme le succès commercial du précédent.Le troisième épisode, «Pane, amore e…», sera réalisée en 1955 par Dino Risi, tandis que Comencini s'intéresse aux difficultés de Silvana Pampanini dans la capitale italienne («la Bella di Roma (la Belle de Rome)». Il ne faut pas croire pour autant que le genre est une denrée alimentaire aux yeux du réalisateur, qui a longtemps considéré «Tutti a casa (La grande pagaille)» (1960) comme son meilleur film. Etude de la société italienne au moment de la chute du fascisme, l'oeuvre - dérangeante dans la péninsule - n'est comédie qu'en surface: située au plein coeur d'une époque tragique de l'histoire nationale, l'histoire tourne rapidement à la comédie dramatique pour finir en drame, terrible réflexion sur l'engagement individuel. L'étape suivante, «A cavallo della tigre (A cheval sur le tigre)», plus traditionnelle, marque la rencontre du réalisateur avec l'acteur Nino Manfredi. Vers le milieu des années soixante, Comencini, non reconnu dans son pays et ptratiquement inconnu au delà, se disperse dans quelques films à sketch («le Bambole», etc). Des contraintes financières l'amènent à travailler sur le dernier volet d'une série célèbre, «Il Compagno Don Camillo (Don Camillo en Russie)». Quand on connait l'engagement politique du bonhomme, on comprend combien cette pochade manichéenne dût lui peser longtemps sur la conscience … C'est en 1972 qu'il met en scène son film le plus corrosif, «lo Scopone scientifico (l'Argent de la vieille)», fable satirique à la morale facilement lisible (l'argent va à l'argent) sur fond de lutte de classes. Le film réunit comédie et drame, et fait de la jeune enfant Cleopatra la seule personne raisonnable de l'histoire. Tout Comencini en un seul film. Deux ans plus tard, le cinéaste enchaîne avec un film plus léger, pleinement dans l'air du temps, «Mio Dio, come sono caduta in basso (Mon Dieu, comment suis-je tombée si Bas)». Oeuvre en costumes, pleine de sensualité, qui ne connaît pas le succès escompté. Laissons de côté «il Gatto (Qui a tué le chat?)» (1977) pour terminer par «l'Ingorgo (Le grand embouteillage)», critique féroce de l'Italie moderne, “embouteillée” dans l'étroitesse de son embourgeoisement et de son modernisme capitaliste (1979). |
Les drames sociaux …L'engagement politique de Luigi Comencini est bien connu. Homme “de gauche”, il n'en conçoit pas moins le cinéma comme un divertissement et saura faire les compromis philosophiques qui lui permettront de bâtir ce que les exégètes considèrent désormais comme une oeuvre. Photographe des petites gens, de l'Italie des rues pauvres, il s'intéresse aux problèmes sociaux dès ses premiers mètres de pellicule. Outre ses films sur l'enfance, il accepte, en 1950, de remplacer Gianni Puccini sur le mélodrame social «Persiane chiuse (Volets clos)». Film réaliste sur le monde de la prostitution que complètera «la Tratta delle bianche (la Traite des blanches)» en 1952. Ce n'est qu'en 1963, avec «la Ragazza di Bube» que Comencini revient à la forme dramatique, sur fond de Résistance, offrant un rôle authentique à la jeune Claudia Cardinale, a même de relever le défi. En 1974, entre «lo Scopone…» et «Mio Dio…», l'éclectique metteur en scène entreprend un nouveau sujet dramatique, «Delitto d'amore (Un vrai crime d'amour)», histoire d'amours prolétaires en Lombardie industrielle, projetée au Festival de Cannes. Plus conventionnel, la Donna della domenica (la Femme du dimanche)», co-production italo-française, réunit Marcello Mastroianni, Jacqueline Bisset et Jean-Louis Trintignant dans une peinture iconoclaste de la haute bourgeoisie. Après «la Storia» (1986), dans lequel le jeune Giuseppe subit la tourmente de la guerre, et qui redonne un beau rôle à Claudia Cardinale, Comencini produit, avec «Buon natale, Buon anno (Joyeux Noël, bonne année)», une oeuvre sensible et émouvante réunissant deux sexagénaires (Michel Serrault et Virna Lisi) au soir de leur vie de couple. |
DocumentsLuigi Comencini est décédé à Rome le 6 avril 2007. Ce fut une bien triste nouvelle. Mais, plus grave, la comédie italienne est partie bien avant lui, laissant place à cette télévision que l'on qualifia un temps de “berlusconienne”, mais qui n'est plus aujourd'hui l'apanage de la seule Péninsule transalpine … Sources: «Luigi Comencini» de Jean A.Gili, divers dictionnaires et sites internet, archives personnelles, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine. "La complaisance esthétique pour elle-même est la dégénérescence de l'architecture. Il en va de même pour le cinéma"
(cliquez sur les icônes / click on the thumbmails) ©Christian Grenier, août 2005(Ed.4.5.1: 27-8-2008) |