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Federico FELLINI (1920 / 1993)

Federico Fellini

Federico Fellini a fait l'objet de nombreuses études biographiques et analytiques auxquelles nous n'avons pas la prétention d'avoir grand chose à ajouter. Aussi tenons-nous à vous présenter le plus célèbre réalisateur de Cinecittà sous un angle de vue beaucoup plus subjectif, le sien propre.

Ce texte n'est pas inspiré des nombreux récits biographiques qui nous rapportent, avec plus ou moins d'exactitude ou de précision, les événements de sa vie, mais d'une suite d'interviews dans laquelle il se confie de manière complaisante, mêlant son oeuvre à ses souvenirs, s'attachant surtout à brouiller les pistes.

"Pour moi, les choses les plus vraies sont celles que j'ai inventées". Voici donc Federico Fellini, tel qu'il a voulu qu'on le voit.

R11 - Federico Fellini, un montreur d'images …

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Le fusil et le goupillon …

Federico Fellini naît à Rimini, petite ville italienne de la côte adriatique, le 20-1-1920. Son père, Urbano Fellini, exerce la profession de voyageur de commerce. Le couple, formé avec la très romaine Ida Barbiani, donnera naissance à deux autres enfants : Riccardo (1921/1991), futur acteur que son frère emploiera notamment dans «I Vittelloni», et Maddalena (1929/2004), qui aborda le septième art la soixantaine passée !

Elevé entre catholicisme et fascisme, il confiera plus tard n'avoir gardé de sa petite enfance que peu de souvenirs, les confondant peut-être avec ceux qu'il avait imaginés. S'il n'apprit pas grand chose à l'école, il s'y amusa beaucoup, passant le plus clair de son temps à observer le monde et les gens. Fasciné par un spectacle de cirque il s'attarde un jour autour des chapiteaux jusqu'à une heure avancée de la nuit, à la grande inquiétude de ses parents qui finissent par le retrouver. De cet épisode réel naîtra la légende d'une "fugue pour suivre un cirque".

Le journalisme …

Très tôt attiré par le dessin, il gardera l'habitude de griffonner tout au long de la préparation de ses films. Dès sa douzième année, il adresse des croquis et des caricatures à des revues florentines. A 16 ans, il parvient même à vendre sa première bande dessinée.

En 1937, âgé de 17 ans, il s'installe à Florence et travaille pour l'éditeur de la revue satirique "420", M. Nerbini. Il participe notamment à l'adaptation de bandes dessinées américaines lorsque celles-ci sont interdites à l'importation par le pouvoir fasciste.

En janvier 1938, désireux de devenir journaliste, il déménage pour Rome, où il parvient à se faire engager au "Marc' Aurelo", hebdomadaire humoristique pour lequel il écrit de nombreux articles et exerce son talent de caricaturiste jusqu'en 1942. Avec l'équipe rédactionnelle, il participe déjà à l'élaboration de gags pour le cinéma.

La guerre déclarée, ses articles «Lettres au front ...» sont rapidement censurés. Dépouvu de véritable conscience politique, simulant blessures et maladies, il parvient à éviter la mobilisation jusqu'à l'arrivée des Américains.

Le septième art …

En 1942, Federico Fellini écrit pour la radio le sujet d'un feuilleton, «Cico e Pallina», récité par une jeune comédienne, Giulietta MasinaGiulietta Masina. Trois mois plus tard, les deux jeunes gens se marient. Après le décès de Pier Francesco (1945), âgé de quelques semaines, le couple n'aura plus d'enfants.

A la libération, le jeune homme ouvre à Rome une boutique de caricaturiste/portraitiste qui amuse beaucoup les G.I. de passage. C'est dans cette échoppe que Roberto RosselliniRoberto Rossellini vient le récupérer, lui demandant de l'aider à terminer le scenario de son prochain court métrage qui donnera naissance à «Rome ville ouverte» (1946). L'avenir de son commerce étant limité à la présence des soldats US, le jeune homme accepte la proposition. Les deux amis travailleront plusieurs fois ensemble («Païsa» en 1947 , «L'amore» en 1948).

Son ami de toujours, l'acteur romain Aldo FabriziAldo Fabrizi, lui permet de participer à l'écriture de ses premiers scenarii de long métrage. Engagé par la société de production ACI, au bureau des sujets, il travaille en équipe sur de multiples projets, souvent revus et corrigés par des scénaristes mieux côtés.

La réalisation …

Homme tranquille et discret, effrayé par la machinerie industrielle du cinéma, Federico Fellini découvre, en travaillant avec Rossellini sur «Païsa», qu'un artiste aux idées assurées peut dompter cette technique dévorante.

En 1950, il fonde, avec Alberto Lattuada et Giulietta Masina, la société de production "Capitolium Films" et collabore à la réalisation du film d'Alberto Lattuada, «Les feux du music hall». Cette expérience le convainc d'abandonner définitivement le journalisme, la caricature et l'écriture pour devenir réalisateur. Merci, Alberto !

En 1952, il réalise sa première oeuvre en solo, «Le cheik blanc», confrontation d'un monde factice - l'artiste de photo-romans incarné par Alberto Sordi - à la réalité quotidienne à laquelle tente d'échapper une jeune lectrice fascinée tout autant qu'abusée.

les oeuvres figuratives …

Adolescents attardés qui refusent d'entrer dans leurs vies d'adultes - ont-ils tort, ont-ils raison ? - «I vitelloni» (littéralement "les vieux veaux", plus clairement "les oisifs") traînent leur inutilité comme d'autres brandissent un flambeau. Plus personnelle que les précédentes, l'oeuvre annonce le tournant que prendra le metteur en scène à l'aube des sixties.

Après avoir participé au film à sketches «L'amore in citta» (1953), Fellini réalise l'oeuvre qui le rendra mondialement célèbre, «La strada» (1954), avec Giulietta Masina et Anthony Quinn. Couronnée en 1957 par l'oscar hollywoodien du meilleur film étranger de l'année 1956, le film rassemble deux éléments souvent repris par le maître transalpin, le thème du cirque et la forme "road movie" (notes de voyage).

En 1955, Fellini reprend la route avec «Il bidone», moins empreint de sentimentalisme et davantage tourné vers la comédie (bien qu'il soit toujours vain de vouloir rattacher un film de Fellini à un genre cinématographique). Le titre original est à rapprocher de l'expression française "c'est du bidon", les personnages n'étant pas moins que des escrocs. La comédie finira dans le drame. Faut-il y voir l'émergeance d'une morale ? Ca ne se reproduira plus !

Le réalisateur italien renoue avec le succès grâce à «Les nuits de Cabiria» (1957), écrit avec l'aide d'un jeune débutant, Pier Paolo Pasolini. Egalement honoré de l'oscar du meilleur film étranger, ce nouvel opus permet à Giulietta Masina d'obtenir le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes. Cette fois, la voyageuse est une prostituée qui couche avec beaucoup de monde mais empêche la censure italienne de dormir. Ecorché d'une ou deux séquences, le film obtiendra finalement son autorisation de projection.

Le petit monde de Fellini …

Jusqu'ici, on peut tenter de résumer les oeuvres felliniennes. Bien que l'histoire ne soit que prétexte à témoigner de l'Italie de son siècle, que les itinéraires des personnages, loin de suivre une ligne droite, s'entrecroisent sous l'oeil d'une caméra contemplative, mais jamais prosélityque, on peut faire la distinction entre les situations originale et finale.

Mais l'auteur veut se détacher de cette contingence d'écriture. Le succès et la renommée vont lui fournir les moyens de libérer son imagination …

Les oeuvres contemplatives …

Dès lors, Fellini va lancer ses personnages dans l'Italie antique, ancienne ou contemporaine pour observer, au prisme de leur regard, un monde justement définit par Alphonse Allais : "L'humanité est une maladie de la Terre".

En 1960, «La dolce vita», provoque le scandale. Convainvues de blasphème, les autorités catholiques menacent d'excommunication les spectateurs qui se risqueraient dans les salles. Vaine manoeuvre : le film, qui dure trois heures, recevra la Palme d'or du Festival de Cannes et rencontrera un succès mondial. Ce n'est pourtant que le sixième que Fellini réalise entièrement ! Du nom d'un personnage de cette oeuvre, Paparazzo, sortira le terme de "papparazzi". L'image de Marcello Mastroianni et Anita Ekberg dans la fontaine de Trévise restera dans toutes les mémoires.

On connaît l'origine de «Huit et demi» (1962), titre provisoire (et qui se révèlera définitif) en forme de numéro d'ordre dans la filmographie de son créateur, les sketches valant pour moitié. Film de la pellicule blanche, il faillit ne jamais être achevé, le réalisateur ne parvenant plus à dérouler le fil de sa pensée. Ce constat de faillite se révèlera une issue de secours qui débouchera sur un 3ème oscar.

«Juliette des esprits» (1965), c'est Giulietta Masina, dont Fellini habille les visions d'une couleur apprivoisée sur son sketch de «Boccaccio 70» (1961).

Montreur d'images …

Fellini a acquis la possibilité de mettre en scène ses rêves les plus fous. A Cinecittà, il réalise des oeuvres aussi personnelles que «Satyricon» (1969), «Amarcord» (1973, 4° Oscar du Meilleur Film Etranger), «Casanova» (merveilleux Donald Sutherland, qui ne garde pourtant pas un bon souvenir de ce tournage) , «La cité des femmes» (1980), «Et vogue le navire …» (1983), puisant leurs racines autant dans les souvenirs que les fantasmes de leur créateur.

En 1985, «Ginger et Fred», féroce satire des médias télévisés, réunit ses deux acteurs fétiches, Giulietta Masina et Marcello Mastroianni, dans une unité de lieu assez inhabituelle (le studio d'un show) dont on s'échappe de manière nostalgique. Signalons pour la petite histoire, le procès intenté par Ginger Rogers. Fred Astaire a mieux pris la chose !

Travaillant également pour la télévision, avec les contraintes qu'elle impose, le réalisateur produit «Les clowns» (1970), «Fellini Roma» (1972) ou «Prova d'orchestra» (1978), également diffusés en salles.

Ce n'est pas sans une inquiétude superstitieuse qu'il accepte, en 1985, de se rendre à Hollywood pour recevoir un cinquème oscar, hommage rendu à l'ensemble de son oeuvre: celle-ci serait-elle derrière lui ?

La voix de la Lune …

Parmi les projets non aboutis, il y eut «Le voyage de G. Mastorna», film foetus qui revenait comme un fil rouge au moment d'aborder un nouveau projet. Par ailleurs, les producteurs américains lui ont proposé à plusieurs reprises de mettre en images «L'enfer» de Dante (p111), mais Fellini supportait mal l'éloignement de son Italie natale.

Après avoir donné deux autres "bébés", «Intervista» (1987) et «La voce della Luna» (1990) (avec Roberto Begnini), le maître décède à Rome, le 31-10-1993, d'une crise cardiaque consécutive à une hémorragie cérébrale. Son épouse, très malade avant son décès, le suivra peu après dans la tombe. En 2003, le Festival de Cannes lui a rendu un hommage mérité.

Federico Fellini ne laissa pas de descendance, pas plus qu'il ne traita directement l'enfance dans ses oeuvres, regrettant sur ce thème un projet non concrétisé. La politique et le sport le laissèrent indifférent. Il ne fut pas davantage un idéologue, trop humble pour délivrer le moindre message.

Originales, ses oeuvres ne s'appuient pas sur des sources littéraires. Elles refusent les contraintes classiques (unité de lieu, unité de temps, unité d'action). Les personnages, réduits le plus souvent au rôle d'observateur, sont toujours en mouvement et de leurs errances nait le film. Elles ne représentent la nature que sous une forme reconstituée, le plus souvent au fameux studio 5 de Cinecittà, son second domicile.

Même s'il nous en a déjà beaucoup dit, accordons lui un dernier mot qui laissera, à nous autres spectateurs étrangers, l'amer regret de ne pas appréhender pleinement la langue italienne : "A l'exception de "Casanova" dont s'est occupé Patrice Chéreau […] je désavoue de la manière la plus radicale toutes les versions doublées de mes films, et je refuse absolument de partager tant soit peu la responsabilité de ces massacres".

Documents

Sources : «Federico Fellini, entretiens avec Giovanni Grazzini» (Calmann-Lévy, 1984), «Fellini, le magicien du réel» de Jean A. Gili (Gallimard, 2009), «Federico Fellini» (Collection Positif, 2009), «Je suis un grand menteur», documentaire de Damian Pettigrew (2002), documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Federico Fellini : "Je ne sais pas distinguer un film de l'autre. Pour moi, j'ai toujours tourné le même film. Il s'agit d'images, et seulement d'images."

© Christian Grenier, mars 2011
La salle de cinéma

"Je crois que mon premier souvenir d'un film remonte à «Maciste en enfer».

J'étais dans les bras de mon père, la salle était pleine, il faisait chaud et l'antiseptique qui était vaporisé grattait la gorge et m'étoudissait.

Dans cette atmostphère un peu opiacée, je me rappelle les images jaunâtres des belles matrones …"

Federico Fellini

Entretiens avec Giovanni Grazzini

"J'ai raconté mes années de lycée, le petit et le grand lycée, dans «Amarcord» : dans ce film, on voit bien que, si je n'apprenais pas grand chose en classe, en revanche je m'y amusais beaucoup.

Plutôt que le grec, le latin, les maths, la chimie, dont je n'ai jamais rien retenu [...], j'ai appris à développer mon esprit d'observation, à écouter le silence du temps qui passe, à reconnaître les bruits au loin, les senteurs qui nous parvenaient des fenêtres en face, un peu à la façon des prisonniers qui savent le temps qu'il faut à ce petit triangle de soleil pour atteindre le lit ou qui distinguent le son des cloches de la cathédrale au milieu des autres cloches."

Federico Fellini

Entretiens avec Giovanni Grazzini

"Au début de chacun de mes films, je passe la plus grande partie de mon temps à ma table de travail et je ne fais que gribouiller des fesses et des nichons.

C'est ma manière de commencer mon film, de le déchiffrer à travers ces gribouillages, une espèce de fil d'Ariane pour sortir du labyrinthe."

Federico Fellini

Les feux du music-hall

"L'aube livide ! Ca y est, tout le monde à sa place ! L'aube livide est là.

Les mots figuraient déjà dans le découpage : 'aube livide'. Et tout le monde, même les plus grossiers d'entre nous, avait adopté cette expression un brin littéraire.

Pendant des jours et des jours, en secouant la tête avec une tristesse excessive, ils venaient nous dire, à Lattuada et à moi : "Z'allez voir, ce matin non plus, pas moyen de la faire, c'te sacrée aube livide. Et dire que le mois dernier, il y en a eu des quantités, d'aubes livides !".

L'aube livide était devenue une “chose”, comme un panier ou le rail du travelling, une chose concrète à dénicher et à consommer."

Federico Fellini

I Vitelloni

"«Les Vitelloni» vus de dos, sur cet embarcadère jeté sur la mer, une mer grise, hivernale, sous un ciel bas, dense, nuageux ; mon frère qui retient son chapeau pour empêcher que le vent l'emporte, la petite écharpe de Trieste qui flotte sur le visage de Moraldo, le bruit du ressac, le cri des mouettes …

A la fin, j'ai été moi-même marqué par ce plan du film, qui est devenu comme une image symbolique, un poster, et avec elle le gros visage de Majeroni.

Achille Majeroni tenait le rôle du vieux comédien cucu et homosexuel, qui convoite le vitellone intellectuel …"

Federico Fellini

L'amore in citta

"J'avais accepté de collaborer à ce film collectif dans l'esprit polémique du petit cancre qui, sournoisement, veut se payer la tête de son prof.

«Les vitelloni» avait été un grand succès, mais dès ce temps-là, la critique de gauche prenait ses distances. Tout en réagissant positivement, on me reprochait d'avoir situé le film dans une province qui n'avait pas une identité précise, on m'accusait de trop insister sur la poétique de la mémoire et de n'avoir pas su donner au film une signification poétique précise.

Aussi décidai-je de prendre ma revanche aux dépens de ceux qui, en ces années là, faisaient des déclarations démagogiques sur le néo-réalisme, en suscitant des conséquences abominables qui durent toujours."

Federico Fellini

La strada

"… Les souvenis de «La Strada» sont trop nombreux, je veux les écarter.

C'est que si je commence à les évoquer, je me trouverais vite en train de me livrer à une hagiographie embarrassante, vu le destin singulier de ce film qui s'est baladé dans le monde entier avec je ne sais quel charisme oecuménique . "

Federico Fellini

Il bidone

"Quelle bouille magnifique que Broderick Crawford ! Le témoignage sensationnel de la photogénie cinématographique.

Soulevait-il un sourcil, c'était déjà tout un récit. Ces petis yeux enfoncés dans les joues énormes, on aurait dit qu'ils regardaient derrière un mur, comme deux orifices dans une cloison."

Federico Fellini

Les nuits de Cabiria

"La censure l'avait interdit, et moi je ne voulais pas que l'on brûle les négatifs.

J'écoutais donc les conseils d'un ami jésuite, intelligent et peut-être anti-conformiste : je me rendis à Gênes, chez un cardinal fameux, considéré comme l'un de ceux qui pourraient venir en tête en cas de conclave et donc très puissant, pour lui demander de voir mon film.

[…]

Le cardinal est arrivé à minuit et demi, dans sa Mercedes noire, moi, je ne fus point autorisé à rester dans la salle, je ne sais donc pas si le haut prélat a vu pour de bon tout le film ou s'il a dormi …

[…]

Toujours est-il qu'il a dit à la fin : "Cette pauvre Cabiria, il faut que nous fassion quelque chose pour elle !" …"

Federico Fellini

Les valeurs figuratives

"Au début, probablement, je subissais davantage le caractère narratif du récit, je faisais un cinéma plutôt paralittéraire que plastique.

Cest seulement plus tard que je me suis fié davantage à l'image, et désormais, je cherche toujours plus à renoncer aux paroles en tournant."

Federico Fellini

Anita Ekberg

"Elle était très méfiante et persuadée que tous les hommes voulaient coucher avec elle pour l'unique raison que … c'était exactement le cas !"

Federico Fellini

La Dolce vita

"Je me rends compte que «La dolce vita» a constitué un phénomène qui a bien dépassé le film lui-même, du point de vue des moeurs, mais aussi par quelques innovations.

C'était le premier film italien qui durait trois heures et tout le monde, même les amis, voulait que j'y pratique des coupures. Il a fallu que je le défende de toutes mes forces.

Je l'avais fait comme je fais tous mes films : pour m'en délivrer et surtout à cause de mon envie éhontée de raconter."

Federico Fellini

Huit et demi

"Je me dis que je me trouve dans une situation sans issue : je suis un metteur en scène qui voulait faire un film dont il ne se souvient plus.

Et voilà, c'est juste le moment où tout se résout : j'entre au coeur de mon film, je raconterai ce qui était en train de m'arriver, je ferai mon film avec l'histoire d'un réalisateur de films qui ne sait plus ce qu 'était le film qu'il voulait faire !"

Federico Fellini

Giulietta Masina

"Depuis longtemps, je voulais faire un film pour Giulietta : elle me semble une actrice singulièrement douée pour exprimer sans détour des étonnements, des désarrois, les allégresses frénétiques et les assombrissements comiques.

Voilà, précisément, Giulietta est une actrice-clown, une authentique clownesse."

Federico Fellini

Juliette des esprits

"Pour ce film, la couleur était une exigence formelle que je ne pouvais pas écarter parce que l'histoire avait été conçue en couleur.

Celle-ci faisait partie de la trame narrative, elle faisait pleinement corps avec la structure, le déroulement du récit et la composition des personnages; elle avait une fonction de fête et de faste.

Je voulais que le film apparaisse comme une éblouissante arlequinade."

Federico Fellini

Satyricon

"J'ai lu pour la première fois le «Satyricon» de Petrone voici bien longtemps, à l'époque du lycée, avec l'amusement et la curiosité gourmande des adolescents, et le souvenir de cette lecture a toujours gardé dans ma mémoire une vivacité singulière, un intérêt qui s'est peu à peu transformé en une tentation constante et obscure .

[…]

Ce qui est important, nous semble-t-il, ce n'est pas la description précise, la fidélité historique, l'anecdote complaisemment érudite, la narration organisée, mais c'est que les personnages et leurs aventures vivent devant nos yeux comme pris par surprise, avec la même liberté que bougent, se battent, se déchirent, naissent, meurent les fauves du cour de la jungle quand ils ne savent pas qu'on les observe."

Federico Fellini

Amarcord

"Attention ! «Amarcord» ne veut pas dire du tout 'Je me souviens', c'est au contraire une sorte de son cabalistique, un mot séduisant, une marque d'apéritif : Amarcord !

Je sentais qu'autoriser une lecture autobiographique serait une grave erreur. C'est si vrai que j'ai voulu l'appeler «Viva l'Italia !», puis j'ai pensé que ce serait trop mystérieux ou trop didactique …"

Federico Fellini

Donald Sutherland

"Chaque fois que je m'approchais de lui pour lui suggérer l'action à jouer, il se raidissait comme quelqu'un qui flaire un danger auquel il n'y a pas moyen d'échapper.

J'avais bien envie de rire, ces craintes étaient vraiment cocasses, mais si je riais, tout devenait encore plus périlleux : les larmes lui venaient aux yeux, il pensait que je me moquais de lui, et son nez, son menton, sa perruque et ses faux cils se décollaient.

Il avait l'air de Lionel Atwill dans «Le masque de cire», lorsque, dans la séquence de l'incendie, toute sa figure fond."

Federico Fellini

Et vogue le navire …

"Ce n'est pas un hommage à Cinecittà, c'est un hommage au cinéma, à l'expression cinématographique.

[…]

Cette caméra qui s'en va en arrière et qui découvre le studio, l'artifice, le grand plateau mobile sur les pistons qui le soutiennent […] c'était une manière de dire "Moi, je suis quelqu'un qui fait du cinéma, donc j'ai raconté cette histoire mais je l'ai racontée de mon point de vue, celui d'un homme de spectacle".

Je voulais aussi montrer au spectateur malade, assoiffé de réalisme, qui pendant la projection a regardé avec suspicion la mer de plastique, le soleil fait avec du papier vélin, je voulais lui montrer l'envers du décor .."

Federico Fellini

La télévision

"L'expérience que j'en ai faite m'a appris qu'il s'agit d'une chose complètement différente du cinéma.

Et je ne sais vraiment pas quels sont les auteurs de télévision.

La radio a produit des auteurs radiophoniques, des auteurs qui ont utilisé ce mode particulier, qui ont réussi à faire une oeuvre d'interprétation spécifique de la réalité, donc une opération artistique, alors qu'à la télé je ne sais pas quels peuvent être les auteurs."

Federico Fellini

Le studio 5 de Cinecittà

"Pour moi, l'endroit idéal est le studio 5 de Cinecittà, vide.

Voilà, l'émoi absolu, le frisson, l'extase, c'est ce que j'éprouve devant le plateau vide : un espace à remplir, un monde à créer.

[…]

A Cinecittà, je n'y habite pas, mais j'y vis !"

Federico Fellini

Le voyage de G. Mastorna

"J'ai parlé si souvent de ce film ! Ponctuellement, deux ou trois fois par an, il se trouve un ami journaliste qui vient s'informer de la santé de «Mastorna», et me demande si on y est enfin et si je tourne ce fameux fim.

[…] Depuis les profondeurs abyssales où il gît depuis une bonne vingtaine d'années, il continue à envoyer des fluides, des courants radioactifs qui ont alimenté tous les films que j'ai fait à sa place."

Federico Fellini

Roberto Begnini

"Notre Begnini est un petit personnage stimulant, le titi toscan malicieux et irrespectueux, un petit Pierrot désinvolte, lunaire et terrestre, qui peut entrer dans toutes les dimensions et rendre croyables aussi bien Plaute que les contes d'Andersen.

De tous nos acteurs comiques de la génération nouvelle, il me semble le plus original, le plus doué, celui qui est le plus près de devenir un authentique personnage stylisé et concret."

Federico Fellini

Littérature et cinéma

"Une oeuvre d'art naît dans une seule et unique expression , qui est la sienne propre : je trouve monstrueuses, ridicules, aberrantes les transpositions.

D'habitude, mes préférences vont aux sujets originaux, écrits pour le cinéma. Je crois que le cinéma n'a pas besoin de littérature, il n'a besoin que d'auteurs cinématographiques, c'est-à-dire des gens qui sont particuliers au cinéma."

Federico Fellini

Intervista / Interview

"Qu'est-ce que j'ai dis ?

On me contraint à dire des choses ... Moi, je voudrais ne rien dire !"

Federico Fellini

(Ed.6.3.2 : 15-4-2014)