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Raoul WALSH (1887 / 1980)

Raoul Walsh

Raoul Walsh est né 9 ans avant le cinéma, et celui-ci n'avait pas atteint la majorité lorsqu'il parut pour la première fois devant  - et même derrière - une caméra.

Son histoire se confond avec celle de cet art, qu'il voulut du mouvement et de l'espace. Il sut réunir ces deux composantes de l'aventure dans quelques uns des plus beaux spécimens du genre.

Dans son autobiographie, "Un demi-siècle à Hollywood", il nous raconte tout un tas d'anecdotes tellement incroyables qu'elles nous font nous demander dans quelle mesure tout cela ne serait pas tout simplement … du cinéma !

R04 - Raoul Walsh, d'aventures en aventures …

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Naissance d'Hollywood …

En 1870, Thomas Walsh, Irlandais rebelle, émigre vers les Etats-Unis pour soustraire sa famille à l'hostilité de l'occupant anglais. De son mariage avec une superbe jeune femme irlando-espagnole, il donne naissance à quatre enfants : Elizabeth, Albert, dit Raoul, (11-3-1887), George et Alice. Dessinateur de costumes, Thomas Walsh ne tarde pas à faire fortune dans la confection et le prêt-à porter. Homme libéral, il reçoit chez lui des artistes reconnus (Edwin Booth, Maurice Barrymore, Caruso, …) et des hommes politiques influents (Theodore Roosevelt, …).

Le petit Raoul déroule une enfance heureuse dans les quartiers huppés de New York. Moins studieux que son frère cadet, le futur acteur Walsh GeorgeWalsh George, il préfère les exercices physiques aux activités intellectuelles. Il n'a que quinze ans lorsque sa mère décède d'un cancer, à l'âge de 42 ans. Profondément bouleversé, l'adolescent en a fini de son enfance. Il s'éloigne de l'influence parternelle en suivant son oncle Matthews, capitaine de navire, dans ses croisières commerciales sur la Mer des Antilles. Mais une tempête un peu trop forte lui coupe l'algue sous un pied que, par bonheur, il n'avait pas marin.

Débarqué à Veracruz, le voici garçon de cirque pour le Senor Ramirez qui lui apprend le maniement du lasso et le domptage des chevaux. Habile en ces deux disciplines, il se retrouve convoyeur de bétail à travers le Mexique, troupeau qu'il faut conduire de l'autre côté du Rio Grande. Un peu plus tard, assistant d'un chirurgien français dans le Montana, il fait fonction d'anesthésiste et … de croque-mort ! Au décès du praticien, il use de ses talents équestres pour animer une attraction de foire. De passage à New York, il trouve un engagement de cowboy chez "Pathé Brothers". Les choses qui nous intéressent vont pouvoir commencer !

David Wark Griffith …

Après trois films contractuellement signés avec la firme Pathé (1912), Raoul Walsh rencontre le réalisateur Christy CabanneChristy Cabanne qui l'embauche comme acteur à la Biograph. Le maître des lieux, David Wark GriffithDavid Wark Griffith, n'a pas encore mis en chantier les grosses productions qui le feront entrer dans l'histoire, mais est déjà (re)connu pour avoir tourné plusieurs centaines de bandes. Chaque hiver, il émigre vers l'Ouest, à la recherche du soleil, entraînant dans ses bagages bon nombre de collaborateurs, dont Walsh. Hollywood prend son essor …

Naissance d'un cinéaste …

Acteur pendant plusieurs mois, Raoul Walsh apparaît dans quelques histoires courtes, souvent mises en scène par Christy Cabanne et régulièrement agrémentées de la présence de la charmante Miriam Cooper. Il sert également de recruteur, déroutant les cowboys vers les terrains des studios (en plein air, à cette époque). Dans ses rares moments de libre, il observe Griffith diriger ses troupes. Mais Griffith l'observe tout autant : "Vous êtes, prêt, Mr Walsh !". En 1913, celui-ci réalise son premier long métrage, «Home from the Sea» (cf.Raoul Walsh, Imdb voit les choses tout autrement !).

Quelques histoires conventionnelles plus tard, et parce qu'il a traversé le Mexique, Griffith lui confie la périlleuse mission d'accompagner, caméra sur pied, Pancho Villa dans sa croisade de Juarez vers Mexico. Il s'agit de construire une biographie romancée du bandit révolutionnaire en y mêlant des images d'actualité. Etrange moment où le cinéma de fiction se mêle à l'histoire en train de se …jouer ! Les scènes romancées, tournées à son retour, sont réalisées par Christy Cabanne, Walsh incarnant Villa dans ses jeunes années.

En son absence, Griffith a entamé le tournage de ce qui deviendra son chef d'oeuvre, «Naissance d'une nation» (1915). Raoul Walsh le rejoint pour l'assister sur les scènes de bataille. Il incarne également John Wilkes Booth, l'assassin de Lincoln et le frère d'Edwin, que papa recevait autrefois à la maison. C'est alors que William Fox lui offre un salaire dix fois supérieur à celui qu'il perçoit auprès de Griffith …

L'oeuvre muette …

Sur la côte Est, Walsh reprend pour la Fox son activité de réalisateur avec «Regeneration» (1915), un des tout premiers films de gangsters. Il prend de vitesse Cecil Bount DeMille par son adaptation de «Carmen» (1915), avec Theda BaraTheda Bara dans le rôle-titre, qu'il retrouve pour «The Serpent/La reine des Césars» (1917). Il finit l'année comme monteur au Service Cinématographique des Armées.

En 1918, William FoxWilliam Fox fait construire son premier studio hollywoodien. Renvoyé sur place, Raoul Walsh se porte acquéreur de sa première demeure, le ranch "Loma Linda", au sein de laquelle il élève des chevaux. Il est désormais bien payé, fournissant un travail en proportion. Car, si nous sommes impatients d'évoquer les grands films d'aventure qui feront sa réputation, mentionnnons tout de même les plus beaux jalons de sa pérdiode muette :

Prêté à la United Artists, il dirige, à la demande de l'acteur, Douglas Fairbanks dans «Le voleur de Bagdad» qui connaît un triomphe mondial (1924). Pendant le tournage de «A l'est de Suez» (1925), il provoque la rencontre de sa vedette Pola NegriPola Negri et du beau Rudolph ValentinoRudolph Valentino, faisant naître un amour qui ne semble pas avoir été équitablement partagé. «Au service de la gloire» (1926), plaidoyer contre la guerre, révèle la toute jeune actrice mexicaine Dolores Del Rio. Pour «Sadie Thompson», oeuvre teintée de l'anti-puritanisme de Somerset Maugham, tout autant que pour Gloria Swanson, il reprend du service devant la caméra …

Et la parole fut …

Pour son premier film parlant, Raoul Walsh choisit de tourner en extérieurs, ce qui ne s'est encore jamais fait. Dans «In Old Arizona», il incare le héros masculin. Mais le tournage est contrarié par de facheux contretemps, dont le moindre n'est pas l'accident d'automobile qui lui coûte définitivement l'oeil droit. Le film est repris par Irving Cummmings, avec Warner Baxter en vedette. Mais parfois, dans les plans lointains, on peut reconnaître la silhouette d'un vrai cowboy …

De retour aux affaires, Walsh prend les rênes d'un western monumental. Pour alléger le budget déjà conséquent de «La piste des géants» (1930), il choisit un acteur-accessoiriste, plus souvent figurant qu'autre chose, qui se fait appeler 'Duke Morrison'. Il lui trouve un pseudonyme bien plus claquant : John Wayne. Si le succès ne fut pas immédiatement au rendez-vous, le choix n'était pas des plus mauvais.

Randolph Hearst convoque Walsh à San Simeon et lui propose, à la demande de Marion Davies, de mettre en scène «Going Hollywood» (1933) avec sa maîtresse et Bing Crosby en vedettes. A l'amitié qui découle de cette collaboration, le réalisateur doit le privilège d'accompagner le magnat de la presse lors d'un voyage à Londres où Von Ribbentrop représente l'Allemagne en tant qu'ambassadeur. Les nazis lui ont réservé une excursion en Germanie, au cours de laquelle Walsh, après avoir rencontré Hitler, se voit proposer un étrange marché par le maréchal Goëring : il s'agit de convaincre Hearst, contre espèces sonnantes, de se débarrasser d'un tableau que le Fürer veut récupérer !

Warner Bros et Errol Flynn …

En 1939, Raoul Walsh rejoint la Warner Bros, compagnie avec laquelle il va tourner quelques uns de ses plus beaux films. Ainsi, de cette collaboration, nous ne négligerons qualitativement ni «L'entraîneuse fatale» (1941) ni «La grande évasion» (qui, la même année, propulse Humphrey Bogart vers les sommets), ni «The Man I love» (1946, un intermède féminin sur un mâle parcours). Mais elle devait être marquée tout au long des années quarante, au moins quantitativement, par la présence redondante d'Errol FlynnErrol Flynn.

Héros de nombreux films d'aventures souvent dirigés par Michael Curtiz, l'acteur australien a déjà entamé le long chemin de sa décrépitude, que le "director" borgne va retarder d'une décennie. «They Died with Their Boots On/La charge fantastique» (1941), hymne à la gloire de la légende du général Custer, offre néanmoins l'honnêteté de trouver quelques excuses aux vilains Peaux-Rouges. «Desperate Journey/Sabotage à Berlin» (1942), «Northern Pursuit/Du sang sur la neige» (1942), «Uncertain Glory/Saboteur sans gloire» (1943) sont essentiellement des contributions hollywoodiennes à l'effort militaire. Plus convaincants, «Gentleman Jim» (1942), évocation remarquablement maîtrisée de la carrière du boxeur Jim Corbett, «Objective Burma/Aventures en Birmanie» (1945), boudé par des spectateurs britanniques furieux de voir leur contribution à ces opérations militaires passée à la trappe, et «La rivière d'argent» (1948), un western de bonne facture, justifient les notes de frais laissées chez les liquoristes du coin !

Capitaine sans peur …

Au tournant des années cinquante, Raoul Walsh est un metteur en scène établi. Entouré d'une équipe compétente, il se transforme peu à peu en superviseur, n'intervenant, après une préparation minutieuse, que sur les points essentiels du tournage. Jean-Paul Sassy, un de ses assistants français sur «Capitaine sans peur» (Ah! Quel merveilleux technicolor !), nous fait une description instructive de sa façon de travailler.

Cinéaste de l'aventure sous toutes ses formes, Raoul Walsh excelle dans les films d'action. Le cinéma est mouvement ("motion pictures"), et Walsh l'incarne à merveille. Si tout n'est pas éternel dans son oeuvre («La brigade héroïque» (1954), mal servie par Alan Ladd, «Esther et le roi», drame biblique pesant, tourné en Italie en 1960), son expérience d'acteur mise au service de sa mise en scène le font rechercher par tous les dieux de l'Olympe : James Cagney («White Heat/L'enfer est à lui», 1949), Gary Cooper («Distant Drums/Les aventures du Capitaine Wyatt», 1951), Gregory Peck («Captain Horation Hornblower/Capitaine sans peur», 1951).

Si Errol Flynn a pris ses distances avec Hollywood et le fisc américain, Clark GableClark Gable, lui doit l'essentiel de sa fin de carrière. Dans «The Tall Men/Les implacables» (1955), Walsh lui fait conduire un immense troupeaux de longhorns jusqu'au Montana, périple lui rappelant de lointains mais vivaces souvenirs. Dans «Un roi et quatre reines» (1956), croche-pied à sa réputation de metteur en scène machiste, il confronte l'acteur à quatre femmes n'ayant pas que d'agréables idées derrière la tête. Avec «Band of Angels/L'esclave libre» 1957), incursion mélodramatique dans le sud profond à l'époque de l'esclavagisme, il le replonge dans l'ambiance d'«Autant en emporte le vent».

Et comment oublier l'énumération des ravages que la guerre exerce sur la raison et le comportement des hommes, évoqués dans «Le cri de la victoire» (1955) et «Les nus et les morts» (1958) ?

Un demi siècle à Hollywood …

En 1972, Raoul Walsh écrit un roman, «La colère des justes», qui semble n'avoir été publié qu'en français. En 1974 paraissent ses souvenirs : «Each Man in his Time», platement rebaptisé «Raoul Walsh, un demi-siècle à Hollywood» dans son édition française, vaut essentiellement par l'accumulation d'anecdotes amusantes, souvent cocasses, qui feront douter les plus sceptiques (l'exposition du cadavre de John Barrymore dans le salon d'Errol Flynn pour lui faire une surpise macabre, etc). Et si vous espérez y trouver quelques secrets professionnels, une "Walsh Touch" par exemple, passez votre chemin : instinctive, sa cuisine ne se décline pas dans un recueil de recettes.

Pudique, l'homme ne se livre jamais. Il n'évoque son premier mariage avec Miriam CooperMiriam Cooper (1916-1926), la partenaire de ses débuts d'acteur, que pour dire, sans même citer le nom de l'intéressée, que ce fut une erreur (et pas le moindre mot sur leurs fils adoptifs, Jackie et Bobbie). Le deuxième, avec Lorraine Miller (1928/1947), une amie de Miriam, n'est même pas évoqué, l'auteur se décrivant alors comme un célibataire endurci. Sa troisième épouse, Mary Edna Simpson, rencontrée à l'occasion de l'achat d'un cheval, est mieux traitée : il est vrai qu'elle l'accompagna jusqu'à ses derniers jours.

Les hommages internationaux qui lui furent rendus au soir de sa vie le touchèrent profondément. En 1973, Pierre Rissient organise à Paris un "Festival Walsh", en présence du maître. En 1974, le musée d'art moderne de New York, sa ville natale, organise une rétrospective de son oeuvre, projetant sur 3 mois pas moins de 67 de ses films !

Le 31 décembre 1980, l'un des 36 fondateurs de L'Academy of Motion Picture (1927), qui délivre annuellement ses oscars, s'éteint dans sa propriété de Simi Valley (Californie). Jean Dujardin lui doit sûrement quelque chose …

Documents

Sources : «Un demi-siècle à Hollywood» de Raoul Walsh (édition française, 1976), Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Raoul Walsh :

"Je fus le témoin de la naissance d'Hollywood, de son âge d'or et de son déclin.

Nous n'avons jamais été des rêveurs; nous n'avons pas cessé de travailler dur sous les projecteurs, sous le soleil brûlant, dans la neige et la pluie, allant même jusqu'à placer une caméra sur une banquise !"

"Each Man in his Time", 1974.

© Christian Grenier (mars 2012)
Interview de Peter Bogdanovich …

Walsh m'apparaissait comme une sorte de général en chef pourvu d'un tas de subordonnés, qui n'intervenait que dans les cas où … Si bien que tout semblait pratiquement acquis quand tout était en place.

Je dois dire aussi qu'il m'était difficile de saisir la pensée de Walsh, à laquelle je n'avais pas accès et dont son “brain trust” était seul détenteur : [Carol] Green, [Russell] Saunders, l'Art Director, le chef décorateur.

Walsh se livrait en définitive très peu. Froid au début, plus chaleureux par la suite, toujours distant. Mais ni hautain, ni méprisant. Il était vraiment un grand patron, un “pacha” comme on dit dans la marine, assez semblable, au fond, au capitaine Hornblower.

"Raoul Walsh", éditions Seghers, 1970

témoignagne de Peter Bogdanovich …

Interrogé à ce sujet par Peter Bogdanovich lors d'une interview, il répond :

"J'ai été marié à Miriam Cooper ? Arrêter l'enregistrement, il fait si beau. Les nuages s'accumulent et le vent se lève à l'évocation de son nom".

"Who the Devil Made It",1997
(Ed.6.3.1 : 13-8-2013)