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Tableau N°25: Quatre dames du Français …

Renée FAURE (1918 / 2005)

biographie filmographie … de la Comédie Française

A l’époque des répétitions de «La reine morte», Montherlant voyait en elle un "petit taureau" : si la comparaison peut surprendre, elle révèle le caractère volontaire d’une comédienne qui, en soixante ans de carrière, passa sans encombres des rôles de jeune première aux grandes héroïnes tragiques du répertoire avant de s’amuser, en fin de parcours, à jouer les vieilles dames indignes.

Renée Paule Nanine Faure est née à Paris le 4 novembre 1918. Son père, René Faure, est le directeur de l’Hôpital Lariboisière. Renée sera une élève brillante à la Maison de la Légion d’Honneur de Saint-Denis, elle en sera même la plus jeune bachelière. Passionnée de théâtre, elle s’inscrit au cours René SimonRené Simon puis au Conservatoire dans la classe d’André BrunotAndré Brunot. En 1937, elle obtient un premier prix et entre aussitôt à la Comédie Française dont elle devient la plus jeune sociétaire. En 1939, elle épouse le comédien Renaud-Mary qui lui donnera une fille, Emmanuelle.

Renée Faure ne quittera la maison de Molière qu’en 1965. Elle fait son apprentissage sous la direction de Pierre DuxPierre Dux en jouant les pages dans «Ruy Blas» ou «Cyrano de Bergerac». Les années 40 vont lui apporter la consécration : Jacques Copeau la dirige dans «La nuit des rois» en 1940, Jean-Louis BarraultJean‑Louis Barrault dans «Phèdre» avec Marie BellMarie Bell en 1942, année où elle crée également le rôle de l’Infante dans «La reine morte» auprès de Madeleine RenaudMadeleine Renaud. Après guerre, elle s’affirme dans les premiers rôles du répertoire : Juliette, Antigone, Electre, Bérénice … Les grands personnages tragiques lui conviennent ce qui ne l’empêche pas de briller dans le rôle de la sage Henriette des «Femmes savantes». Dans les années 60, on note un penchant pour le théâtre russe, que ce soit dans «Oncle Vanya» ou «La mouette» de Tchekhov ou, en 1971, dans «La forêt» d’Alexandre Ostrovski, au Théâtre de l’Atelier; le critique Alexandre Kalda s’enthousiasme : "De Renée Faure, je garde un souvenir ébloui. La race et la voix que l’on sait mais surtout une somptueuse intelligence du personnage. Merci Madame, vous êtes une comédienne supérieure". «Le dialogue des carmélites» de Georges Bernanos, en 1961, lui permet de démontrer toute sa sensibilité grâce au personnage de Blanche de La Force, la jeune religieuse destinée à la guillotine. En 1987, de retour sur la scène du Français, elle retrouvera la pièce, cette fois dans le rôle de la vieille prieure terrifiée par l’approche de la mort : une dernière fois, elle impressionnera les spectateurs.

Renée Faure au cinéma…

Le parcours cinématographique de Renée Faure reste plus limité puisqu’il ne comporte qu’une trentaine de titres. Dès son premier film, «L’assassinat du Père Noël» en 1941, elle s’impose pourtant, dans le rôle de la fille de Harry BaurHarry Baur, comme l’une des plus attachantes jeunes premières du cinéma français de l’Occupation. Christian-Jaque n’est pas insensible à son charme et la dirige à nouveau en jeune femme rêveuse face à un univers hostile dans «Sortilèges» (1944) puis dans «La chartreuse de Parme» (1947) où elle incarne Clelia Conti, rayon de soleil de la sinistre prison Farnese où Fabrice del Dongo tombe amoureux d’elle en la voyant nourrir les oiseaux en cage. Sur un mode mineur, elle joue «Le prince charmant» (1941) avec Lucien Baroux, «Béatrice devant le désir» (1943) aux côtés de Fernand LedouxFernand Ledoux et même un mélodrame italien, «La grande aurora» (1947) dont elle partage la vedette avec Rossano BrazziRossano Brazzi. Mais son plus beau rôle, elle le doit à Robert Bresson, cinéaste qui ne croyait pourtant pas aux comédiens professionnels : Anne-Marie, la novice des «Anges du péché» (1943), brûlée de l’intérieur par une foi à toute épreuve, ira jusqu’au bout de ses forces pour sauver l’âme d’une détenue en révolte jouée par Jany HoltJany Holt. Au moment de ce tournage éprouvant, Renée Faure était tous les soirs en scène dans «La reine morte»

Si le bilan de cette première décennie est très satisfaisant, le rythme des participations cinématographiques va se ralentir nettement dès le milieu des années 50 puisqu’elle ne tournera que douze films en 40 ans. Le théâtre l’emporte définitivement après un dernier rôle amusant chez Christian-Jaque dans «Adorables créatures» (1952) et sa participation à «Raspoutine» (1953) avec Pierre Brasseur ou «Bel Ami» de Louis Daquin (1954). On ne peut que le regretter car la plupart de ses prestations seront mémorables. Partenaire de Jean Gabin à trois reprises, on la voit en avocate mondaine dans «Rue des prairies» (1959) mais elle brille particulièrement dans deux adaptations de Simenon : dans «Le sang à la tête» (1956), gouvernante des enfants du Fils Cardinaud, elle en est secrètement amoureuse mais se fait remettre à sa place sur de belles répliques d’Audiard ; dans «Le président» (1961), elle joue Milleran, secrétaire fidèle (jusqu’à un certain point !) du patriarche de la politique. Bertrand Tavernier lui confie le rôle caustique d’une redoutable dame patronnesse, mère de Philippe Noiret, dans «Le juge et l’assassin» (1976). En 1988, dans «La petite voleuse», scénario de Truffaut mis en scène par Claude Miller, son rôle est aussi bref que saisissant : avorteuse au look de sorcière, elle terrifie la jeune Charlotte GainsbourgCharlotte Gainsbourg. Renée Faure retrouve Simenon pour un rôle plus conséquent, celui de Fine, gouvernante de Lourçat (Jean-Paul Belmondo) dans «L’inconnu dans la maison» (1992) de Georges Lautner mais ce ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau : était-il bien utile de s’attaquer à un remake du film de Henri Decoin cinquante ans après Raimu ?

Heureusement, la télévision réparera l’injustice : «Les gens de Mogador» (1972), «L’âge vermeil» (1984), "Les grandes familles" (1989, où elle forme un couple bouleversant avec Jean‑Pierre AumontJean-Pierre Aumont), «Un ange passe» (1994), etc, peuvent en témoigner. Elle y retrouvera même Simenon, se montrant magistrale en mère odieuse et criminelle dans «Maigret et la grande perche» (1991).

Divorcée de Renaud MaryMartine Carol, Renée Faure avait épousé Christian‑Jaque le 18 février 1947, l’année où sortit «La chartreuse de Parme». La fin de l’histoire est entrée en littérature sous la plume de Georges Pérec : "Je me souviens que Christian-Jaque divorça d’avec Renée Faure pour épouser Martine Carol". C’était en 1950 mais cela n’empêcha pas le cinéaste de proposer à son ex de cohabiter au générique d’«Adorables créatures» avec la nouvelle épouseMartine Carol.

Décédée à Clamart le 2 mai 2005 des suites d’une intervention chirurgicale, cette comédienne respectable ne manquait pas de répartie comme le prouve sa réponse inattendue à un journaliste qui l’interrogeait en 1950 sur ses passions : "La pêche à la ligne ! Dès que je le puis, je me rends dans ma bicoque de la Nièvre, harponner des truites saumonées".

© Jean-Paul Briant, septembre 2013
(Ed.6.3.2 : 24-6-2014)