Merci de signaler l'absence de l'image

Yvonne FURNEAUX (1926)

Yvonne Furneaux

Y013 - Yvonne Furneaux …

regards visages carrière trésor people oreille (on/off)

Avec sa merveilleuse photogénie de brune, ses yeux d'un vert remarquable, ses jolies fossettes et sa sensualité racée, elle ne pouvait qu'illuminer ses films.

La tête bien équilibrée, elle eut toujours conscience de ne pas être une nouvelle Scarlett O'Hara. Son intelligence fut d'ailleurs d'exploiter ses atouts et d'investir ses rôles avec l'autorité ou la douceur requise. Si sa carrière, discrète, n'a pas toujours été à l'aune de nos espoirs, le fait de travailler avec des réalisateurs et des partenaires pour la plupart attachants et intéressants la combla suffisamment de satisfaction.

R

établissons la vérité : Yvonne Furneaux, bien que née en France est une actrice anglaise et non française, n'en déplaise à certains biographes.

De son vrai nom Yvonne Elisabeth Scatcherd, elle naît le 11 mai 1926 à Roubaix, au domicile de ses parents, une maison bourgeoise sise au numéro 5 de la rue Mimerel, du nom d'un maire du XIXème siècle très apprécié de ses concitoyens. Epargnée par les bombardements de la guerre 40-45, comme toutes celles du quartier, la demeure, intérieurement décorée de vitraux des années 1880-90 dus aux maîtres-verriers Delmeule et Sagot, est toujours intacte.

Les parents de notre vedette sont donc de nationalité anglaise. Joseph Scatcherd est directeur à la Lloyds Bank, la seule banque londonienne installée à Roubaix. Anny est mère au foyer. Yvonne grandit auprès de sa sœur Jeanne, de deux ans son aînée. Pour ceux qui ont gardé le souvenir des anciens, il est agréable d'apprendre que Joseph Scatcherd bénéficie aujourd'hui encore d'une très grande honorabilité auprès des Roubaisiens.

Douze ans plus tard, la famille regagne l'Angleterre. Yvonne y effectue la suite de sa scolarité. Après les études secondaires, elle entre à l'Université d'Oxford pour suivre des cours de philologie et de littérature française, ces derniers débouchant sur des résultats "not very good", nous avouera-t-elle …

Attirée par le théâtre, elle s'inscrit aux cours d'art dramatique de la Royal Academy of Art de Londres où elle fréquente des condisciples qui se feront connaître sous les noms de Joan CollinsJoan Collins et de Diane CilentoDiane Cilento.

Yvonne Furneaux a 24 ans lorsqu'elle débute sur scène en adoptant le nom de sa mère comme pseudonyme; bien que son beau-frère trouva Beth et Tessa plus joli qu'Yvonne, elle gardera le prénom de son état civil. Elle se produit notamment dans le rôle titre de «La mégère apprivoisée» dont elle garde aujourd'hui encore un souvenir impérissable, dans «Macbeth» de Shakespeare ainsi que dans une version anglaise "very loosely" de «La reine morte» de Henry de Montherlant.

P

armi ses partenaires les plus appréciés figurent Marius GoringMarius Goring, acteur et directeur du célèbre Old Vic de Londres et, côté cinéma, Peter CushingPeter Cushing qu'elle rencontre sur les plateaux de «The Mummy / La momie» (1959). Cet acteur remarquable, aujourd'hui encore injustement méconnu, se spécialisa dans les films fantastiques de l'époque concoctés par la Hammer Film. Son flegme, sa silhouette filiforme, son phrasé sont pour beaucoup dans ses succès, mais ses pairs, et Yvonne en particulier, y ajouteront une personnalité empreinte d'une très grande urbanité.

Yvonne aborde le cinéma, avec un petit rôle que lui confie l'Associated British Picture Corporation, dans «L'inconnue de Monaco» (1952) dont l'héroïne n'est autre que Merle Oberon avec laquelle elle ne partage toutefois aucune scène. Par la suite, elle se fait remarquer aux côtés de Laurence Olivier, par ailleurs co-producteur, dans «L'opéra des gueux» (1953), ou elle incarne une fille “facile”.

Elle sera à deux reprises, la partenaire d'Errol Flynn sur son terrain de prédilection, celui de l'aventure, dans «Le vagabond des mers» (1953) où, maîtresse jalouse, elle dénonce le flamboyant rebelle écossais aux troupes anglaises. Deux années plus tard, «L'armure noire» (1955), nous plonge dans un épisode de la guerre de cent ans au sein duquel, toujours convaincante, Yvonne interprète une fille de taverne rivalisant de beauté avec Joanne Dru, titulaire du rôle principal.

Une nouvelle destination appelle Yvonne Furneaux : l'Italie et ses plateaux de Cinecittà, convertis au néo-réalisme. Elle doit son engagement à un producteur d'ABC Films de Londres qui la recommande à Michelangelo Antonioni. Le metteur en scène lui confie son premier rôle transalpin dans «Le amiche/Femmes entre elles» (1955), d'après le triptyque de Cesare Pavese. Ce film sombre et mordant nous entraîne parmi la jeunesse désoeuvrée de Turin où, mauvaise fille, l'actrice nous surprend à mentir avec autant de cynisme que d'aplomb aux côtés de ces deux merveilleuses comédiennes que sont Valentina Cortese et Eleonora Rossi-Drago.

On la voit alors dans tous les registres et sa carrière, devenant quelque peu inégale, en souffre. La même année, Leopoldo Savona lui confie le rôle d'une gitane amoureuse emportée par la jalousie dans «Il principe della maschera rossa/L'aigle rouge» (1955). Puis, quittant le siècle, la voici à «Lisbon/L'homme de Lisbonne» (1956), un thriller sur fond d'espionnage avec un Ray Milland encore chevelu, dirigeant sa seconde mise en scène et faisant d'Yvonne une charmante ingénue lusitanienne. Celle-ci enchaîne avec «Caccia all'uomo» (1961),un “néo-polar” de Riccardo Freda où elle retrouve Eleonora Rossi-Drago. Elle irradie de mille feux la énième version du «Comte de Monte Cristo» (1961), une coproduction franco-italienne dirigée par un Claude Autant-Lara particulièrement irascible dont elle garde aujourd'hui encore un très mauvais souvenir; elle personnifie la douce Mercedes, fiancée d'Edmond Dantès (Louis Jourdan) dont on lui fait croire le décès, l'amenant à devenir une Comtesse de Mortcerf peu enthousiaste.

E

clectique ? Peut-être. Car Yvonne Furneaux sacrifiera à la mode des péplums qui connaît, de l'autre côté des Alpes, une floraison historique très dense durant la décennie 55/65. Comme ces «Lanciers noirs» (1961),où elle campe la reine perfide de la Kirghizie (ou Kirghizistan, un pauvre pays d'Asie centrale), ennemie ouvertement déclarée de Mel Ferrer, héros bretteur en rupture d'Hollywood, mais à cette époque très sollicité en Europe ; «Io Semiramide / Sémiramis, déesse de L'Orient» (1962) où elle habille de son charme cette reine légendaire de Babylone, sauvant un scénario bien écorné, aux côtés de John Ericson, lui aussi transfert américain; «Il Leone di Tebe / Hélène, reine de Troie» (1964), dans un rôle qu'elle peine à défendre, bien qu'entourée de partenaires beaux et athlétiques tels que l'Américain Mark Forest, le Français Pierre Cressoy et le Vénitien Massimo Serato, chouchous plébiscités par les fans des séries B.

Mais changeons de versant pour atteindre le sommet avec «La dolce vita» (1960), une description flamboyante de la bourgeoisie romaine, superficielle et mondaine telle que la vit le maestro Fellini. Yvonne y interprète la fiancée du trop beau vitellone Marcello Mastroianni acculée à une tentative de suicide. Film culte aux multiples récompenses accompagné par cette musique prenante de Nino Rota qui continue de nous enivrer.

Poursuivons avec trois excellentes prestations : «Le meurtrier» (1962) de Claude Autant-Lara, tourné aux studios de la Victorine à Nice, d'après un thriller très psychologique et oppressant confectionné par Patricia Highsmith dans lequel elle joue une épouse névrosée et rejetée par son mari (Maurice Ronet) dont l'attitude méprisante la conduit au suicide; «Repulsion» (1964, Ours d'argent à Berlin),en “guest star” dirigée par Roman Polanski qui en fait la sœur dérangeante de la trop fragile Catherine Deneuve s'enfonçant dans une schizophrénie meurtrière; avec «Au nom du peuple italien» (1971), Dino Risi nous montre Yvonne, admirable et bouleversante, à nouveau dans la peau d'une femme méprisée par son époux, un industriel arrogant et sans scrupules auquel Vittorio Gassman prête une fois de plus son visage.

Yvonne Furneaux garde un excellent souvenir de ce qui demeure son film préféré (avec «La dolce vita»), «Le scandale» (1966), dans lequel Chabrol raille avec sa malignité coutumière certains milieux bourgeois de province, sclérosés et dissolus. En l'occurrence, il lui confie le rôle d'une jeune femme d'affaires autoritaire convoitant les vignobles champenois de l'ami de son mari (respectivement Maurice Ronet et Anthony Perkins). Une décadence annoncée, trois assassinats, des protagonistes qui boivent beaucoup, et pas forcément du champagne malgré la participation de Pommery qui mit ses caves rémoises à la disposition du tournage. Commencées début juin, les prises de vue se terminent début août. Yvonne, fatiguée, préfère prendre du repos malgré de nombreuses sollicitations pour des rôles qu'elle estime insignifiants. Ce n'est que cinq années plus tard, qu'elle reprendra le chemin des studios. Aujourd'hui, jetant un regard en arrière, elle regrette néanmoins ses refus, estimant - in fine – que chaque rôle est source d'expérience.

Mais ce qui est fait est fait, et il nous faut attendre 1972 pour la retrouver en Allemagne dans «Versuchung im Sommerwind» sous la direction de Rolf Thiele qui l'avait approchée et persuadée pour le rôle de l'épouse d'un chirurgien volage (le réalisateur Helmut Käutner passé de l'autre côté de la caméra), une comédie se voulant teintée d'érotisme, mais qui ne fit pas pour autant le succès du film.

La dernière prestation cinématographique d'Yvonne Furneaux remonte à 1984. Elle a alors 58 ans, cette fameuse «Frankenstein's great aunt Tillie» (littéralement la grande tante de Frankenstein), lorsqu'elle se rappelle au bon souvenir de son monstre de neveu. Cette production sans surprise reste toujours inédite en France. Il en va de même pour «Rommel and the plot against Hitler» (2006) un court métrage réalisé par son fils Nicholas dans lequel elle incarne Lucie Rommel, l'épouse du Generalfeldmarschall mieux connu sous le surnom non usurpé de "Renard du désert".

Y

vonne Furneaux fut l'épouse de Jacques Natteau, le grand amour de sa vie, une personnalité très attachante. La famille de celui-ci, d'origine italienne, se fixa à Paris où Jacques fit ses études au Lycée Henri IV. En 1935, il s'engagea dans l'armée de l'air avec quelques-uns de ses compagnons d'école. Lorsque l'armée française s'effondra en 1939, il gagna Londres et s'enrôla comme pilote de chasse à la Royal Air Force. As parmi les as, ses exploits lui valurent la Distinguished Flying Cross ainsi que la Légion d'honneur française. A son retour dans le civil, il renoua avec sa passion de cinéphile et devint directeur de photographie sur les plateaux de cinéma.

Ce sont sur ceux du «Comte de Monte Cristo» qu'il rencontra Yvonne. Coup de foudre immédiat, ils convolèrent à Londres le 29 janvier 1962, les parents de la jeune épousée étant les témoins. Coup de foudre aussi pour un château à restaurer découvert à Poggio Catino à 70 kilomètres de Rome qui deviendra le refuge de leur amour. Ils le quittèrent en 1968, la réfection en grande partie terminée. Cette union heureuse fut tristement interrompue par le décès de Jacques à l'Hôpital de Lausanne (Suisse) le 17 avril 2007. Ils eurent un enfant, Nicholas (1969), qui travaille dans les milieux cinématographiques, plus spécifiquement sur des documentaires historiques. Leur fils étant inscrit à la Boston University, le couple choisit de s'en rapprocher et de s'établir dans une coquette station balnéaire de l'East Coast, dans une non moins charmante demeure tout entourée d'arbres qui participent de l'explosion des belles couleurs de l'été indien.

Si Yvonne fut le prénom conservé pour le travail artistique, Tessa fut celui adopté par sa famille et les proches (sans qu'il faille faire un rapprochement avec l'héroïne du roman de Margaret Kennedy, «La nymphe au cœur fidèle»).

L'Europe lui manque, parfois. Mais sa vie est tellement dense, tellement riche et, loin de s'ennuyer, dotée d'une belle santé, elle continue de s'intéresser à la peinture, à la musique ("Mozart, Chopin et tous les Russes"), sans négliger la littérature, en particulier l'Histoire, de la Renaissance à ce jour, de mêmes que les biographies.

Vit-elle au milieu de ses souvenirs cinématographiques ? Lorsqu'elle les déroule, ce ne sont que d'agréables moments. A la question "Quelle est votre plus belle rencontre ?", la réponse fuse, sans appel : "Fellini !". Risquons une seconde indiscrétion : "Etes-vous satisfaite de votre carrière ? Avez-vous des regrets ?". Elle rétorque : " … Assez satisfaite. Mon seul regret est de ne pas avoir continué dans le théâtre. J'admirais beaucoup le parcours de Vivien Leigh, une superbe comédienne !".

Quant à nous, cinéphiles encore doués de mémoire, il nous est impossible de l'oublier. Nous fûmes nombreux à tomber amoureux d'elle, mais si peu à oser l'approcher. Quelle erreur ! Car elle est la simplicité même, dotée d'une affabilité toute naturelle.

Chère Yvonne …

Etant parfaitement trilingue, vous avez tourné en Angleterre, en Italie et en France. Aussi, comme nous savons que vous lirez cette biographie dénuée de toute prétention, à laquelle d'ailleurs vous avez collaboré si aimablement, nous vous adressons ce clin d'œil complice venu des "coulisses" de l'Encinémathèque :

  • Merci Tessa pour l'enchantement que vous nous avez apporté. Soyez heureuse.
  • Thank you dear Tessa for the enchantment that you have given to us. Be happy.
  • La ringrazio, cara Tessa, per la magia che ci ha recato. Sie felice.

Yvan Foucart

Sources : propos recueillis auprès d'Yvonne Furneaux et de son fils Nicholas que nous tenons à remercier pour leur gentillesse et leur très grande disponibilité, de même que Bernard Schaeffer, président de l'association des historiens de la ville de Roubaix, ainsi que des documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont nous n'avons pas toujours gardé trace de l'origine.

Le portrait en haut de page, le “trésor” et la photographie du château à restaurer nous ont été aimablement fournis par Nicholas, le fils d'Yvonne Furneaux. Merci à tous les deux.

© Yvan Foucart, décembre 2011
(Ed.6.3.1 : 8-11-2013)