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Isabelle COREY (1939 / 2011)

Isabelle Corey

Y011 - Isabelle Corey …

regards visages carrière trésor people oreille (on/off)

"La nouvelle pin-up française, la découverte de 1956 !"

… telle fut la bande annonce de «Bob Le Flambeur».

Mais la carrière d'Isabelle Corey n'aura pourtant duré que six ans, pour deux films en France et quatorze en Italie. Et puis ce fut l'oubli total.

Que s'est-il donc passé ?

L

orraine, née à Metz, Isabelle Cornet habite chez ses parents, rue Jacob à Paris. C'est là dans le quartier de Saint-Germain des Prés que Jean‑Pierre MelvilleJean-Pierre Melville, nanti de son inévitable Stetson aux larges bords et de ses lunettes noires, la découvre dans la rue. Elle a seize ans et s'apprête déjà sérieusement à passer le bac tout en faisant un peu de mannequinat pour la revue "Jardin des modes".

Quant au  réalisateur, il prépare pour l'été le tournage de son cinquième long métrage  et cherche désespérément la jeune interprète à qui  confier le rôle de sa jeune “paumée”. C'est pourtant en se promenant qu'il croise la jolie ingénue devant laquelle il est en admiration et déjà pratiquement convaincu qu'elle fera l'affaire. Il l'aborde, lui propose le rôle, mais Isabelle, puisqu'il s'agit d'elle, croyant à des avances d'un vieux libidineux, le cloue sur place. Arrivée chez elle, elle ne peut s'empêcher de raconter la mésaventure à sa mère. Quelques jours se passent lorsque celle-ci découvre une annonce dans un magazine du cinéma faisant référence aux essais et aux recherches entamés par  Melville. Cette fois, la chose est prise au sérieux, le licencieux n'est autre que le futur réalisateur de «Bob, le flambeur» !

Isabelle se présente à lui aux studios Jenner, dans la rue du même nom. Il la reconnaît et … lui offre sur-le-champ le rôle déjà convoité par nombre de candidates ! Isabelle croit rêver. Elle sera la jeune héroïne du film prête à sombrer dans la prostitution mais qui sera sauvée par Roger Duchesne, un malfrat sur le retour, élégant et fatigué, mais qui demeure à son égard bien intentionné.

Le premier jour de tournage a lieu le 4 juillet 1955. Melville lance le "moteur", le clap d'usage et  modifie en même temps le patronyme d'Isabelle en Corey : un nom, deux syllabes, que l'on entendra résonner quelques années plus tard dans «Le cercle rouge», celui porté par Alain Delon, l'un des truands de l'histoire !

«Bob le flambeur» sort l'année suivante avec d'excellentes critiques ; celles d'Isabelle le sont aussi, et Roger VadimRoger Vadim enchaîne en la faisant copine de Brigitte Bardot pour son «Et Dieu créa la femme» (1956). Si très vite, Brigitte devient B.B., Isabelle ne passe pas pour autant inaperçue. Le producteur Dino De LaurentiisDino De Laurentiis l'engage à traverser les Apennins, lui promettant  une belle carrière à Cinecittà. En attente d'un très bon rôle, il finit par la “céder” à son confrère Angelo RizzoliAngelo Rizzoli, lequel lui propose immédiatement deux films, le premier, «La ragazza della salina» (1957), avec Marcello Mastroianni pour qui elle gardera une indéfectible amitié, et le second, «Souvenirs d'Italie» (1957), avec Vittorio De Sica.

In fine, De Laurentiis ne lui trouvera jamais le rôle tant attendu, celui qui devait valoriser vraiment sa carrière. Elle fut néanmoins dirigée par Franco Rossi («Amore a prima vista», 1958) et à deux reprises par Mauro Bolognini qui en fait une amoureuse contrariée pour son «Les jeunes mariés» (1958) et pour «Ça s'est passé à Rome» (1960), dans lequel elle interprète le rôle très furtif d'une prostituée (affublée pour la circonstance d'une perruque noire qui ne facilite guère son identification), deux films bien salués par le public.

I

sabelle Corey pataugera le plus souvent dans des péplums fort prisés, devenus à la mode, du moins l'espace d'une décade, ce qui finit par la décourager. Elle attendait mieux.

On lui doit un “nordique” sorti des fjords, «Le dernier des Vikings» (1960) pour lequel elle est l'heureuse élue du vaillant justicier.

Pour clore sa carrière, elle aura la grande satisfaction de tourner sous la direction de Roberto RosselliniRoger Vadim, bientôt au crépuscule de sa carrière cinématographique, pour une participation hélas plutôt modeste dans son «Vanina Vanini» (1961) adapté de l'oeuvre de Stendhal.

Isabelle, jeune et belle, s'étourdira un moment dans la dolce vita, fréquentera la via Venetto et tombera, comme il se doit, amoureuse de Maurice RonetMaurice Ronet et de Raf ValloneRaf Vallone, chose toute, ma foi, fort compréhensible.

Lasse d'attendre le rôle de sa vie,elle décide d'en rester là avec le septième art et, concrétisant une correspondance très suivie avec sa mère, rejoint celle-ci à Paris. Changement de cap, donc …

Loin d'avoir la tête vide, au contraire très intelligente, passionnée de biologie et de génétique, la jeune fille qu'elle est encore tisse des liens d'amitié avec Jean Rostand avant de se lancer dans la médecine. Toutefois, elle sera contrainte d'abandonner les études à la naissance de sa fille, puis travaillera  dans l'édition de revues et de livres médicaux.

A sa retraite, elle se retire, discrète et réservée en Bretagne, à la pointe du Finistère, là où elle passa si souvent des vacances heureuses avec ses parents et ses frères. Pour certains, cela peut paraître le bout du monde, mais c'est l'évidence quand on tombe amoureuse d'un tel endroit, de son  petit port langoustier, de sa plage, de ses falaises.

Elle y séjourna les cinq dernières années de sa vie. Clin d'œil amusant, sa maison était attenante au seul cinéma du village !

Le dimanche 6 février 2011, elle nous quitta sur la pointe des ailes, succombant au cancer qui taraudait ses poumons.

Un 6 février… la même date que celle du décès de la partenaire de son ultime film, Martine CarolMartine Carol, laquelle fit toujours preuve de bienveillance à son égard.

Jean-Pierre Melville :

«Elle avait 15 ans, elle était belle. Elle avait tout pour être une grande star, une autre Bardot.

Elle ne l'a jamais su !»

(citation reprise par "L'Evénement du Jeudi" en décembre 1986)

Sources : propos recueillis auprès de Sophia, sa fille, que je remercie pour sa gentillesse et sa  très grande  disponibilité. Pour le reste, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

© Yvan Foucart, octobre 2011
(Ed.6.3.1 : 6-11-2013)