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Douglas FAIRBANKS (1883 / 1939)

L'Encinémathèque

S'il ne fut sans doute pas un grand comédien, Douglas Fairbanks n'en reste pas un moins un acteur légendaire. Car dans acteur, il y a action, et cet homme-là fut le père d'une génération de saltimbanques bondissants dont l'histoire jalonne celle du cinéma.

Pionnier, il le fut également en tant que producteur indépendant et en tant que symbole représentatif d'une amérique joyeuse et aventureuse. L'homme et le héros se confondent et les distributeurs français ne s'y trompaient pas lorsqu'ils faisaient figurer son véritable prénom dans le titre de ses films : «Douglas par ci», «Douglas par là» !

Ne serait-ce que pour mieux comprendre cette époque, on regrettera que ses aventures encore présentables ne fassent pas l'objet de diffusions plus fréquentes.

M05 - Douglas Fairbanks, ou D'Artagnan au Far-West !

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Douglas a des racines …

Douglas Elton Ulman est né à Denver, Colorado, le 28 mai 1883.

Son père, Charles Ulman, de confession juive, exerce la profession d'avocat. Dans le cadre de cette honorable activité, il est amené à soutenir une procédure de divorce engagée par Ella Marsh à l'encontre de son deuxième mari. Il épouse la dame ainsi “libérée”, avec laquelle il s'installe dans l'état du Colorado. Nous sommes alors en pleine “golden rush”, et les connaissances juridiques du nouveau venu ne sont pas inutiles lorqu'il s'agit d'établir le contrat d'une concession minière …

Mais l'homme est instable. En 1888, il abandonne les siens pour soutenir la candidature du représentant républicain dans la course à la Maison Blanche, Benjamin Harrison. Son époux installé à New York, Ella doit se résoudre à transformer sa propriété en pension de famille avant de demander le divorce.

La Jeunesse de Douglas

Douglas partage une enfance agréable avec son frère aîné (Robert) et ses demi-frères John Fairbanks (né du premier mari d'Ella) et Norman Wilcox (fruit de sa deuxième union). Elevé selon des préceptes catholiques stricts, il se montre un élève médiocre, mais doit à l'école de faire ses premières représentations publiques qui font naître en lui une ambition nouvelle. Il a le culot de se présenter devant un metteur en scène local qui lui offre son premier véritable contrat (une semaine !), dans une tragédie en 5 actes, «Virginius».

A l'approche du vingtième siècle, on le retrouve brièvement sur les bancs de la Jarvis Military Academy avant qu'il ne finisse ses culottes d'enfance sur ceux de la Denver High School.

Son professeur d'art dramatique, Margaret Fealy (actrice et mère de la davantage renommée Maude Fealy), le met en relation avec un directeur de troupe new-yorkais, Frederick C. Warde. Celui-ci lui offre son aide …

Douglas fait du théâtre …

Il tiendra promesse et Douglas Fairbanks fait ses débuts professionnels le 19-9-1900 à Richmond, dans la pièce «the Duke's Jester».

Mais le jeune homme se montre tout aussi instable que son père. Après un petit passage de quelques mois à la célèbre Harvard Academy, on le retrouve docker à Londres puis à Paris. De retour à New York, il remonte sur scène et fait ses débuts à Broadway («Her Lord and Master», 24-2-1902).

Soudain, il décide d'abandonner le théâtre et travaille pour le cabinet d'avocats Hollander (1903). Envisageant un voyage en Extrème-Orient, il se retrouve … sur une scène new yorkaise ! Engagé par le producteur de théâtre et organisateur de combats de boxes William A. Brady (père de l'actrice Alice Brady), il interprète plusieurs autres pièces («Two Little Sailors» en 1904, «As Ye Sow» en 1905/1906), etc) avant de connaître un premier grand succès en 1906 dans «the Man of the Hour».

Le 11 juillet 1907, Douglas Ulman épouse Anna Beth Sully, la fille d'un “roi du coton”, à laquelle il sacrifie ses espérances de saltimbanque. Le couple donne naissance à un enfant, très originalement baptisé Douglas Elton Ulman Fairbanks et que la postérité renommera Douglas Fairbanks Jr.

Mais Douglas Sr n'est pas fait pour les affaires : ruiné, il rentre à Broadway pour chercher du travail. Et à Broadway, que trouve-t-on comme emploi ? Quelques rôles tenus avec plus ou moins de réussite : «Officer 66», «Hawthorne of the USA», «the Henrietta», «the Show shop» (1911/1915) … S'étant fait un nom sur la côte Est, il perçoit désormais des cachets tout aussi respectables !

Douglas fait du cinéma …

Nous sommes en 1915. Sous l'impulsion d'hommes d'affaires et de grands techniciens, le cinéma, sorti des salles de foire, a entamé sa révolution industrielle. Aux Etats-Unis, Thomas Ince, Cecil Bount de Mille et David Wark Griffith lui donnent une respectabilité qu'il ne perdra plus jamais.

Griffith, alors réalisateur et producteur à la Triangle, “raccole” depuis quelque temps déjà dans les théâtres new yorkais pour rabattre vers Hollywood quelques grands noms de la scène. Subjugé par la vitalité de Douglas, il lui fait signer un contrat pour quelques films au salaire de 2 000 dollars par semaine. La famille Fairbanks s'intalle donc en Californie et l'acteur fait ses premières apparitions à l'écran. Avec stupéfaction, le producteur découvre que son comédien, si remuant sur un plateau, ne sait pas pour autant … jouer ! Les premières oeuvres, sous la direction de Christy Cabanne («the Lamb», «Double trouble» en 1915, etc), se révèlent décevantes. «His picture on the papers»(1916), faillit même finir même sur une étagère avant de rencontrer (fortuitement) un public !

Pourtant, mieux dirigé par Allan Dwan («Manhattan Madness», 1916) ou Paul Powell («the Matrimaniac», 1916), le comédien impose son personnage joyeux et virevoltant dans l'esprit des spectateurs. Lorsque Doug quitte la Triangle (1916), il s'est fait aussi un nom sur la côte Ouest.

Doug producteur …

Fin 1916, Griffith et Fairbanks se séparent à l'amiable. Avec l'aide de son frère Robert et de son demi-frère John Fairbanks, celui-ci crée la Douglas Fairbanks Corporation dont les films seront distribués par la toute jeune Paramount. Outre un salaire personnel de 10 000 dollars par semaine, il obtient le contrôle de sa production ainsi qu'une participation aux bénéfices. Ses collaborateurs les plus proches, la scénariste Anita Loos (qui écrira le fameux «les Hommes préfèrent les blondes» en 1925) et les réalisateurs John Emerson, Joseph Henabery et Allan Dwan imaginent et tournent pour lui des histoires très simples qu'enregistre le futur réalisateur de «Autant en emporte le Vent», Victor Fleming. Citons «In again, out again», «Down to Earth», «the Man from painted post» (1917), «He comes up smiling» (1918) …

"De l'action !", réclame l'acteur, "De l'énergie, du mouvement !" On lui en donnera. Bien avant Jean Marais et Jean-Paul Belmondo, l'acteur exécute lui-même les cascades que les scénarii exigent de son personnage !

Douglas et Mary …

Douglas Fairbanks et Mary Pickford se sont rencontrés chez l'actrice Elsie Janis, vers 1915. La “petite fiancée de l'Amérique” est l'épouse de l'acteur Owen Moore dans un mariage qui commence à battre de l'aile. Mais les studios, qui l'ont confinée dans des rôles de fillettes, préservent sa vie privée à tel point que cette union, pourtant tout à fait respectable, est passée sous silence. Alors, une liaison extra-conjugale, pensez …

Si l'acteur-acrobate, dont la fibre paternelle demeure statique, ne tarde pas à divorcer (1918), les choses ne sont pas aussi facile du côté de la jeune femme. Les studios la préviennent d'un éventuel désintérêt du public à son encontre. Après des tractations compliquées, elle obtient finalement le divorce (2-3-1920) et s'empresse d'épouser son héros de collègue (28-3-1920). Prudent, le couple a organisé un voyage de noces en Europe. Quelle n'est pas sa stupéfaction de voir, dans chaque capitale qui l'accueille, la foule lui faire une ovation monstrueuse qui ne manque pas de se reproduire lors de son retour à New York !

Les nouveaux mariés s'installent dans une magnifique propriété que la presse ne tarde pas à surnommer PickFair. Allez savoir pourquoi …

Douglas dans les affaires …

A l'issue de son contrat avec Paramount (1919), Douglas Fairbanks, Mary Pickford, David Wark Griffith et Charlie Chaplin fondent la United Artists afin de contrôler la distribution de leurs propres oeuvres. Maître de ses productions, qui deviennent gigantesques, l'acteur prend le temps de “bien faire” et espacera ses prestations. En 1921, Douglas et Mary apparaissent pour la première fois dans un même film, «the Nut», dont la vedette féminine reste néanmoins Marguerite De La Motte. En 1926, dans «the Black Pirate» (1926), lorsqu'il s'agira pour Billie Dove d'embrasser son héros, elle sera doublée par Mary ! Les époux en découdront plus ouvertement dans «the Taming of the Shrew» (1929).

En 1934, au déclin de ses principales vedettes, Douglas vend ses parts de la United Artists. Quant à Pickfair, elle restera la propriété de sa maîtresse jusqu'à la fin de ses jours.

Les grands travaux de Douglas …

Les films de Douglas Fairbanks demeurent aujourd'hui a peu près invisibles. Evoquons les plus représentatifs :

  • «A Modern Musketeer» (1917). Cette oeuvre vaut d'être signalée car elle permet à l'acteur d'incarner, pour la première fois, le héros d'Alexandre Dumas, D'Artagnan. Certes, celui-ci n'apparaît que dans les rêves d'un mousquetaire moderne, mais il pointe déjà le bout de son épée.
  • «His Majesty the American» (1919). Le titre résume l'image qu'incarne Douglas dans l'esprit de nombreux spectateurs américains. Héros positif, bondissant, salvateur, il n'a jamais froid aux yeux et n'hésite pas à voler au secours de toutes celles et ceux qui en ont besoin, et même de ceux qui ne demandent rien !
  • «The Mark of Zorro» (1920). Désormais, l'acteur choisit d'incarner les grands mythes du cinéma d'action. Chevauchant quelque part entre le western et le cinéma de cape et d'épée, Zorro est taillé à sa mesure. Le film aura une séquelle, «Don Q, son of Zorro» (1925).
  • «the Three Musketeers» (1921). Il est temps de croiser le fer à visage découvert. D'Artagnan est bien là, en chair et en os. Plus mûr, il fera sa réapparition en 1929 dans «the Iron Mask / le Masque de Fer». Alexandre Dumas avait une curieuse façon de raconter l'Histoire !
  • «Robin Hood» (1922). Au milieu des châteaux de carton-pâte, Douglas Hood paraît bien empêtré dans une côte de maille un peu trop lourde à porter. Fallait que Richard Coeur de Lion ressembla à Wallace Beery pour susciter autant de dévouement !
  • «the Thief of Bagdad» (1924). Plus aérienne, l'oeuvre de Raoul Walsh offre au décorateur William Cameron Menzies l'occasion d'élever notre voleur volant sur les hauteurs du box office.
  • «the Black Pirate» (1926). Fallait bien qu'il gesticule également sur les mers ! Cerise sur le bateau, le pirate noir est en couleurs, messieurs-dames ! Certes, dans un système bi-colore qui n'a pas passé l'épreuve du temps (il en subsiste encore une copie). Mais tout de même, nous ne sommes qu'en 1926 !
Douglas parle …

Le cinéma parlant fait peu à peu son apparition. A l'occasion du «Masque de fer» (1929), Douglas se risque à réciter un poème. Le résultat, loin d'être satisfaisant, semble confirmer le jugement péremptoire fait par Griffith une douzaine d'années auparavant. Mais s'il faut parler, autant avoir un bon dialoguiste. William Shakespeare n'est pas le dernier et «la Mégère apprivoisée» (1929) prend les traits de Mary Pickford.

Le cinéma amorce un tournant qui ne convient pas à notre vedette. Il le sait inéluctable, mais ne pense pas avoir un rôle à y jouer. Il ne maîtrise plus ses dernières aventures («Mr. Robinson Crusoe» en 1932, «Don Juan» en 1934). En 1931, lors d'un voyage autour du monde effectué en compagnie de Victor Fleming, il a emporté une caméra dont il tirera un film à caractère documentaire, «le Tour du Monde en 80 minutes», seule réalisation de sa fabuleuse carrière.

Douglas se tait …

Depuis quelque temps, Douglas Fairbanks entretient une liaison avec Lady Ashley, l'épouse anglaise du Comte de Salibusry. Scandale, divorces (celui de Doug et Mary est prononcé en janvier 1936) et remariage (2-3-1936) s'ensuivent. L'Amérique a perdu ses héros ; plus rien ne sera jamais comme avant.

Douglas Fairbanks a pris sa retraite. Installé avec son épouse à Santa Monica, il a le sentiment d'appartenir à une époque révolue. En décembre 1939, souffrant d'indigestion, il apprend de son médecin l'état d'épuisement de son coeur. Il s'éteint paisiblement dans la nuit du 12 au 13 mars 1939. Le 29-2-1940, the Academy of Motion Picture Arts and Sciences lui attribue un oscar honoraire pour son apport au développement du septième art.

Dans les dernières années de sa vie, il avait renoué des liens plus “normaux” avec son héritier et successeur, Douglas Fairbanks Jr. Celui-ci a déjà entamé une longue carrière cinématographique qui, par certains côtés, ne sera pas sans rappeler celle de son père. Douglas est mort, vive Douglas !

Quant à Lady Ashley, elle se consolera, bien plus tard, dans les bras de Clark Gable. Mais ceci est une autre histoire …

Documents

Sources: Anthologie du cinéma : «Douglas Fairbanks» par Bernard Eisenchitz, Imdb, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Douglas Fairbanks : "Une chose ne se reproduira jamais : l'enthousiasme de l'âge des pionniers." (1926)

©Christian Grenier, mai 2009

(Ed.5.2.2 : 22-8-2010)