Charles CHAPLIN, dit Charlot (1889 / 1977)

Ah ! Les beux jeudis de patronage où l'on projetait aux enfants que nous fumes ces vieilles bandes rayées dont nous ignorions encore qu'elles parcitiperaient de notre culture générale.

Assis sur des bancs de bois ou, pour les premiers servis, sur d'inconfortables chaises métalliques qui n'avaient que l'avantage d'être individuelles, nous nous nourrissions de tartes à la crème, par gendarmes interposés, jusqu'a l'indigestion de nos jeunes prunelles rapidement satisfaites.

A peine savions nous lire que les noms de Charlot ou de Laurel et Hardy faisaient sortir de nos poitrines de rouges-gorges des cris à la stridence justifiée par la promesse, jamais déçue, de francs moments de rigolade !

Et pourtant, nous devinions déjà derrière les fourberies du “petit homme au chapeau gris” quelques morceaux d'humanité qui ne tenaient pas seulement du rire …

Une clef pour mieux appréhender la première strophe: Mabel, Mabel Normand, la première partenaire de Charles Chaplin lorsqu'il oeuvrait pour Mack Sennett.

Christian Grenier

Charles Chaplin

« Le petit homme au chapeau gris … »

 

Quel est ce singe poursuivi

Par tous les cops de la Keystone?

C'est pas Turpin, c'est pas Keaton

Mais le spectacle me ravit



Aux exploits de ce vagabond

Qui fait tous ses coups par derrière

Rusant les hordes policières

Mabel s'enflamme pour de bon

Mabel Normand
Charles Chaplin

 

 

Le petit homme au chapeau gris

Qui danse, danse, danse

Sur les écrans de mon enfance

Vous l'avez reconnu, c'est lui …

 

Moi, le kid des banlieues pourries

J'aimais quand il faisait le pitre

Pour lui j'allais casser des vitres

Tant pis si parfois je fus pris



Je creusais mes pas dans les siens

De nous deux, qui était le maître?

Mais ce n'est pas pour se soumettre

Que l'on s'offre une vie de chien

Charles Chaplin
Charles Chaplin

 

 

Le petit homme au chapeau gris

Qui danse, danse, danse

Sur les écrans de mon enfance

Vous l'avez reconnu, c'est lui …

 

Au temps de la ruée vers l'or

On le vit chercher des pépites

Mais, je l'ai compris par la suite,

Son coeur renfermait un trésor



Et plus riche que les rupins

De fortunes humanitaires

Il savait mieux que Fred Astaire

Faire danser les petits pains

Charles Chaplin
Charles Chaplin

 

 

Le petit homme au chapeau gris

Qui danse, danse, danse

Sur les écrans de mon enfance

Vous l'avez reconnu, c'est lui …

 

Soldat, pèlerin, émigrant,

Et quand tous les autres s'inclinent

Sauver la veuve ou l'orpheline

Oublier un peu les méchants



Pour s'en aller mener aux champs

Bucoliquement une idylle

Loin des lumières de la ville …

Il avait des rêves trop grands !

Charles Chaplin
Charles Chaplin

 

 

Le petit homme au chapeau gris

Qui danse, danse, danse

Sur les écrans de mon enfance

Vous l'avez reconnu, c'est lui …

 

Jamais il ne faisait de bruit

Mais, quand on a crié "Silence …

On tourne!", il a fini sa danse

Et remisé son chapeau gris



Je n'ai jamais plus autant ri

C'est pas marrant, les temps modernes

Ca vous fabrique des jours ternes

Et des lendemains sans abri.

Charles Chaplin
Charles Chaplin

 

 

Le petit homme au chapeau gris

Qui danse, danse, danse

Sur les écrans de mon enfance

Vous l'avez reconnu, c'est lui …

 

Christian Grenier, juillet 1998