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Horst BUCHHOLZ (1933 / 2003)

Horst Buchholz

Il était si beau, si charmeur, si talentueux … Il avait tant de succès que tout lui devenait trop facile ! "Il avait un charisme fou, un pouvoir de séduction sur tous les gens qu’il approchait", dira son épouse.

Et ce qui devait arriver arriva : il finit par se prendre pour un Dieu, un Dieu égoïste, capricieux, fantasque mais attachant et séduisant à la fois.

Il aura beaucoup fait souffrir, il aura sans doute aussi beaucoup souffert lui-même. En conflit perpétuel avec l’homme qu’il était vraiment, il aura eu la chance suprême d’être accompagné jusqu’au bout de son chemin par ceux qui l’aimaient !

Voici l’histoire du “monstre irrésistible” que fut Horst Buchholz.

H37 - Horst Buchholz, un James Dean allemand …

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Hotte …

Le 4 décembre 1933, à Berlin, Maria Hasencamp, jeune femme d’origine danoise, met au monde un garçon qu’elle prénomme Horst Werner. C’est une mère célibataire et l’enfant ne connaîtra jamais son père biologique, un certain Mr. Rode.

Maria confie son fils à une famille nourricière. En 1938, ayant épousé Hugo Buchholz , un honorable cordonnier, elle décide de le reprendre. Hugo reconnaît l’enfant et lui donne son nom. On trouve dans quelques biographies le nom d’Henry Bookholt, patronyme qu’Horst empruntera de façon très éphémère. Horst aura une demi-sœur, Heidi (1941), qui le surnommera affectueusement Hotte, surnom qu’il gardera toute sa vie.

La famille vit alors dans le quartier ouvrier berlinois de Prenzlauer Berg. L'enfant apprend très vite à être indépendant. En outre, il fait preuve très tôt d'un don pour l'apprentissage des langues ! Il parlera couramment, outre sa langue maternelle, l’anglais, le français, l’espagnol, l’italien et le russe.

Au début de la seconde guerre mondiale, par mesure de sécurité, le petit garçon est envoyé dans la province de  Schlesien avant d'être pris en charge dans une maison d’accueil, en Tchécoslovaquie. A la fin des hostilités, il regagne la capitale germanique.

Sa scolarité est relativement courte. Il n’aime pas vraiment l’école et a déjà choisi sa voie : il sera acteur. Il fait ses premiers pas dans «Kabale und Liebe» et dans «Das Floss der Medusa» à l’Hebbel-Theater puis en 1949 dans la pièce «Emile et les détectives» au Metrop Theater. Très vite, il gagne la partie ouest de la ville …

Un demi-sel …

Plus que jamais, Horst Buchholz garde le cap de ses ambitions. Il se débrouille pour décrocher quelques petits rôles. Il intervient bientôt dans des opérettes, apprenant ainsi à chanter et à danser ! Doué et assidu , il s’implique pleinement dans son travail. Il fréquente le Schiller Théâtre. Par ailleurs, il fait de la radio et de la post-synchronisation.

Rappelons qu’en cette période d’après-guerre, le cinéma allemand produisait surtout des films gentils, souvent musicaux, glorifiant la campagne, la nature et les amourettes légères. Une façon d’oublier peut-être les sombres moments. Une façon certaine d'éviter les sujets délicats qui pourraient contrarier l'occupant. Comme tous les jeunes comédiens de l’époque, Horst se doit de céder à cette mode pour pourvoir apparaître à l'écran dans «Die spur führt nach Berlin (Aventure à Berlin)» (1952), à peine mieux qu'une figuration.

Heureuse circonstance, Julien Duvivier repère le jeune homme sur une scène de théâtre et voit en lui le héros, Vincent Loringer, de son film «Marianne de ma jeunesse» (1954) : Pierre Vaneck pour la version française, et Horst Buchholz pour la version allemande. Dans ce chef-d’œuvre poétique et mystérieux, si Pierre nous offre une interprétation romantique, Horst incarne le personnage de façon plus exaltée, montrant ainsi une autre facette de son tempérament. Avec ce rôle, il devient une vedette dans son pays, le jeune premier séduisant et charmeur qui fait battre le cœur des jeunes filles ! Mais le jeune homme n’est pas mièvre ! Il a de la personnalité, du caractère !

Pour couronner cette période faste, il remporte le prix d’interprétation du meilleur jeune acteur décerné par l’Académie du Cinéma Allemand, grâce au rôle tenu dans «Himmel ohne Sterne (Ciel sans étoiles)», une réalisation de Helmut Kaütner (1955).

En 1956, on le remarque dans le film de Georges Tressler, «Die Halbstarker (Les demi-sels)», qui échappe au genre “Heimat” d’après-guerre pour traiter de la délinquance et des problèmes de l’adolescence. Le comédien devient le rebelle du cinéma germanique à l’instar de James Dean à qui on ne manque pas de le comparer.

Dans la même veine, il apparaît dans «Les confessions du chevalier d’industrie Félix Krull» (1957, je vous fais grâce du titre original), aux côtés de Liselotte Pulver, film qui lui vaut une mention spéciale au festival de Tchécoslovaquie. En 1956 et 1957, il se voit attribuer un “Bambi”, équivalent précoce de nos César hexagonaux.

Sous le costume du roi Christian VII de Danemark, face à l'actrice française Odile Versois, il fait une prestation étonnante pour un acteur de son âge dans «Herrscher ohne Krone (Pour l’amour d’une reine)» (1956). On le retrouve peu après dans un thriller de Frank Wisbar, «Nasser asphalt (Zone Est interdite)» (1958).

Myriam de sa jeunesse …

Le fait de partager l’affiche avec la ravissante débutante Romy Schneider incite la presse à le désigner comme le fiancé de la célèbre Sissi ! Ainsi, dans «Robinson soll nicht sterben (Un petit coin de paradis)» (1957), une fiction romancée autour de l’auteur de «Robinson Crusoë», Daniel Defoe, ou le plus connu «Monp'ti» (1957), tragique bluette parisienne.

Mais la charmante Romy vient de rencontrer un certain Alain Delon, tandis que Myriam Bru, toute jeune comédienne française, croise le chemin de Horst Buchholz sur le tournage de «Auferstehung (Résurrection)» (1958), adaptation d'un roman de Léon Tolstoï assurée par Rolf Hansen . Cette liaison, dans un premier temps orageuse, se termine tout de même par un mariage (1958).

Sur un plan strictement professionnel, la notoriété de l'acteur est désormais telle qu’il peut se permettre d’orienter ses choix vers des emplois plus marqués, plus profonds. Fort de sa connaissance des langues, il décide de s'installer à Hollywood (1959) …

Le septième mercenaire …

Pour «Tiger bay (Les yeux du témoin)» (1959,) un thriller, il partage l’affiche avec John MillsJohn Mills et sa toute jeune fille, Hayley Mills, démarrant ainsi sa carrière outre Atlantique.

C’est avec un rôle que l’on peut qualifier de mythique qu’il va graver son nom et son visage dans la mémoire d'un public international. Son interprétation du cow-boy Chico, le plus jeune des «Sept mercenaires» (John Sturges, 1960), le lance définitivement, ainsi que la bonne demi-douzaine de ses collègues de travail, alors au pied d'une gloire qui n'aura rien d'éphémère. De son côté, Chico est déjà au sommet de sa carrière.

En 1961, Horst assume humblement la succession de Pierre Fresnay, dans «Fanny» (1961), coloration hollywoodienne de la pièce de Marcel Pagnol. La distribution est superbe : Charles Boyer, Maurice Chevalier, Leslie Caron. Plébiscité aux Etats-Unis, le film est nommé 5 fois aux oscars. Chez nous ce sera une autre histoire : peut-on facilement prétendre aux honneurs dans un rôle aussi marqué ? L'oeuvre n’aura pas beaucoup de succès en France. Pourtant, pour l’avoir revue récemment, j’ai été agréablement surprise par l’interprétation de notre jeune héros.

Avec «One, Two, Three (Un, deux, trois)» (1960, l'anglais est tout de même plus conciliant) de Billy Wilder, il fait face à James Cagney campant un communiste yankee pendant la guerre froide. Suivront d’autres rôles où il incarnera des personnages célèbres comme, « …Marco Polo» (1964), « …Cervantes» (1966, un échec !) ou encore, un peu plus tard, Johan Strauss Jr dans «Der grosse Walzer (Toute la ville danse)», (1972, elle fut bien la seule !).

N’oublions pas «La noia (L'ennui)» (1963), production italienne qui lui donne Bette Davis pour maman, «L’astragale» (1968), d'après le roman d’Albertine Sarrazin, «Le sauveur» (1971) où il personnifie un (faux) aviateur allié.

Quelques films encore, entre des fictions télévisées et des participations à des feuilletons populaires comme le célèbre «Derrick» … Son dernier grand rôle, très remarqué, sera celui du Dr. Lessing dans «La vie est belle» de Roberto Benigni (1998), œuvre 55 fois récompensée.

Horst Buchholz a également fréquenté le monde du doublage, prêtant par exemple sa voix (allemande) à l’Empereur de Chine dans le dessin animé des studios Disney, «Mulan« (1998). Touche à tout, on apprend qu’il aura composé, en 1967, la chanson «Love, l’amour und liebe» pour notre chère France Gall !

Pour le meilleur et pour le pire …

La vie de Horst Buchholz ne s'écoula pas comme un long fleuve tranquille ! L’homme était complexe, secret. Sur le plan privé, il aura eu l’immense chance d’avoir une épouse patiente et suffisamment solide qui le soutiendra même au-delà de la mort : "Je l’ai épousé pour le meilleur comme pour le pire !".

Myriam lui sacrifiera sa carrière pour lui donner deux enfants : Béatrice, qui vit à Los Angeles et dont la conversion à la religion hindoue des Sikhs l’aura aidée à comprendre et à accepter ce papa déroutant tel qu’il était, et Christopher, également acteur (1962) et producteur. Horst aura adoré ses deux enfants : "Papa était si joyeux !" se souvient Béatrice. Ils vivront successivement aux USA, à Paris, en Suisse et enfin à Berlin.

Mais le couple aura du mal à trouver une stabilité : Horst, séduisant, mondialement connu et adulé, avait tant d’occasions de rencontres ! Myriam lui pardonnera beaucoup et aura su garantir autour de lui une unité familiale affectueuse. Mais elle lui reprochera jusqu’à la fin d’avoir sabordé sa carrière à lui : il aurait refusé une dizaine de rôles dans les plus grands films et avec des réalisateurs comme Luchino Visconti («Rocco et ses frères», «Le guépard»), Federico Fellini ou Elia Kazan. Il aura également été pressenti pour «West-Side Story» - ses talents de danseur étant reconnus - mais aura décliné tout autant la proposition. Pourquoi ? Lui seul le sait, qui se livra peu de son vivant.

En 1981, il se risque à paraître dans le dérangeant astro-show de la télévision allemande, aux côtés d’Elisabeth Tessier : mauvais choix …

A l’âge de 50 ans, il délaisse son foyer pour partir vivre avec un compagnon à Berlin. Sa bisexualité qu’il assumera si difficilement mais qu’il osera rendre publique en 2000 et son penchant pour l’alcool le déstabiliseront énormément ! Quel héros “viscontien” il aurait fait !

Alors qu’il subissait une opération consécutive à une fracture du col du fémur, il décèda brutalement d’une embolie pulmonaire le 3 mars 2003, à 69 ans . Tous les siens seront présents pour lui dire un dernier adieu. Il repose au cimetière Heertrasse de Berlin. Une photo du film «One, Two, Three» disposée sur sa stèle rappelle le jeune séduisant rebelle qu’il reste à jamais dans nos mémoires. Dès l’automne 2003, sa femme et ses deux enfants, pour respecter son vœu, s’attacheront à terminer l’écriture de l’autobiographie qu’il avait entamée, «Horst Buchholz, Sein Leben in Bildern».

 En 2005, deux ans après sa disparition, son fils Christopher produira un film émouvant et sincère, «Horst Buchholz, mein Papa», agrémenté des témoignages de tous ses proches, qui contribuera à mieux faire connaître ce comédien si difficile à saisir. Car l’homme était lucide, intelligent, fier et fragile. Ses confidences nous font penser qu’il aura été souvent en conflit avec lui-même.

Documents

Sources : Documentaire de Christopher Buchholz, «Horst Buchholz, mein Papa», documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Myriam Bru : " …Un monstre sacré, un monstre dans la vie, hélas ! Mais un monstre irrésistible !"

© Donatienne, octobre 2009
(Ed.6.3.2 : 27-1-2014)