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John WAYNE (1907 / 1979)

John Wayne

On peut diviser la carrière de John Wayne en quatre parties, articulées autour de 3 films charnières : «the Big Trail» en 1931, «Stagecoach» en 1939, et «the Alamo» en 1960.

Certes, l'acteur tourna d'autres chef-d'œuvres que l'on peut même leur préférer («Three Godfathers», «Red River», «the Quiet Man», «Rio Bravo», «the Man who Shot Liberty Valance» …), mais qui n'eurent pas la même importance dans son parcours professionnel.

C'est en tout cas cette structure que j'ai choisie pour vous présenter le plus volumineux dossier mis en ligne à ce jour sur L'Encinémathèque : 170 fiches techniques, 154 affiches de films différents, une image de Wayne dans 145 d'entre eux, le tout rassemblé dans une vingtaine de méga octets !

En contrepartie, puisque sa biographie n'est un mystère pour personne et qu'elle est lisible un peu partout sur la toile, je serai plus concis dans cette partie rédactionnelle du dossier, bien que la simple évocation des faits principaux constitue déjà un ensemble conséquent.

H28 - John Wayne, "le dernier des géants" …

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Marion Robert Michael 'Duke' Morrison …

Marion Robert Morrison est né le 26-5-1907 à Winterset, petite localité de l'Iowa, dans laquelle son père à ouvert un petit commerce de produits pharmaceutiques et autres drogues diverses. Ses parents en feront rapidement l'aîné de Robert, qui touchera à la production cinématographique au milieu des années cinquante. Ce n'est que vers l'âge de 4 ou 5 ans que l'on prit l'habitude de l'appeler Marion Michael.

Après un court passage dans la ville voisine de Earley, les Wayne s'installent à Lancaster, en Californie (1913), où ils font mener à leur progéniture une existence campagnarde.

En 1916, la famille déménage pour Glendale, localité voisine de Los Angeles. Outre ses études, le jeune garçon s'adonne au football américain, tout en tenant à l'occasion le poste d'ouvreur dans la petite salle d'un cinéma local (1919). Mais sa passion du sport est la plus forte et beaucoup lui prédisent une carrière dans ce domaine (1925). Certains biographes lui attribuent d'ailleurs quelques figurations dans cette tenue (auprès de Mary Brian dans «Brown for Havard», par exemple). A confirmer …

En 1927, après avoir échoué au concours d'entrée de l'École Navale d'Annapolis, Michael vit sa première relation amoureuse avec Polly Ann YoungPolly Ann Young, future actrice et déjà sœur aînée de Loretta YoungLoretta Young et Sally BlaneSally Blane qui connaîtront le même destin. Tout doucement, on y arrive …

Pendant les vacances scolaires, le jeune étudiant se présente aux studios de la Fox pour y quémander un emploi saisonnier. Comparons cet acte à celui que font les jeunes gens de notre époque auprès des MacDonald hexagonaux. Mais jamais ceux-ci n'ont suscité la vocation d'un Paul Bocuse, tandis que les activités estivales du jeune homme devaient décider de son avenir.

Car, ayant remarqué sa forte carrure, le déjà important réalisateur John FordJohn Ford l'embauche comme accessoiriste, lui permettant - accessoirement donc ! - de faire quelques figurations («Salute» en 1929, le premier film parlant du maître) … Signalons au passage que les biographes ne s'accordent pas sur l'éventuelle présence du jeune Michael Morrison dans telle ou telle bande de l'époque, dont il ne subsiste parfois aucune copie.

Parallèlement, d'autres jeunes garçons suivent une démarche assez proche de celle de Marion dont ils deviendront éternellement l'ami : Ward BondWard Bond, Jack Pennick_, Guinn 'Big Boy' WilliamsGuinn Big Boy Williams …

Ainsi donc, à l'aube des années trente, ce faisant désormais appeler 'Duke' Morrison, (surnom très tôt attribué par ses camarades et emprunté au chien qui accompagna ses jeunes années), la carrière d'acteur du jeune homme, si elle a démarré, semble pour le moins piétiner.

"The Big Trail" (1930) …

Si le '‘Duke’ doit ses premiers travaux hollywoodiens à la confiance que lui accorda John Ford, c'est pourtant Raoul WalshRaoul Walsh qui lui offrit son premier grand rôle.

Celui-ci envisage de réaliser un grand film retraçant la légende de l'Ouest. Gary Cooper ayant refusé le rôle principal, Walsh, désormais soucieux de faire des économies, est en quête d'un nouveau visage sachant s'exprimer devant une caméra, et si possible bien se tenir à cheval. Le passé champêtre de Marion Morrison plaide en sa faveur. Malgré les hésitations des producteurs, Walsh reste ferme. Finalement, c'est sous le nom de John Wayne - choisi par le réalisateur en hommage au général Anthony Wayne - que le jeune acteur se fait connaître du grand public. Enfin, c'est une façon de parler car le film, «The Big Trail (La grande piste)», d'une durée de 150 minutes, ne fit guère recette.

Pour John Wayne, l'aventure lui offre l'avantage contractuel de lui assurer désormais 75 dollars par semaine, tournage ou pas. Alors la Fox va le faire tourner : comédies («Girls Demands Excitement», …), armée et football (c'est normal, «Arizona» …), 5 films de série “B” pour l'année 1931. Déçu, l'acteur cherche son avenir auprès d'autres studios. Retenu par Harry CohnHarry Cohn, le patron de la Columbia, il entre en conflit avec ce dernier et se voit confiné dans de tout petits rôles, le plus humiliant étant sans doute la doublure du cadavre de Ian Keithdans «The Deceivers» !

De 1932 à 1933, il interprète trois serials pour la compagnie indépendante Mascot, dont une adaptation “désertique” du roman d'Alexandre Dumas, «The Three Musketeers». Parallèlement, il enchaîne pour la Warner Bros une série de six westerns («Haunted Gold», «The Man from Monterey», …)", dans lesquels le héros, invariablement prénommé John, vole au secours des demoiselles sur un blanc destrier tout aussi habilement baptisé 'Duke'. Le marketing déjà, cher visiteur !

De 1933 à 1935, Trem Carr, responsable de Monogram, engage l'acteur pour une série de 16 westerns réalisés en trois ou quatre jours, sous le label de la Lone Star Production. Ces moyens métrages stéréotypés, la plupart réalisés par Robert North Bradbury, permettent au 'Duke' (pas le cheval, l'homme), avec l'aide de sa doublure Yakima CanuttYakima Canutt, d'améliorer ses cascades combatives («The Man from Utah» en 1934, «Rainbow Valley» en 1935 …).

En 1935, Monogram, les produtions Lone Star, Mascot et Consolidated Films fusionnent en une Republic Pictures Corporation, ce qui ne change pas grand chose pour l'acteur, si ce n'est l'alternance de ses réalisateurs : «Westward Ho» de Bradbury, certes, mais aussi «The Lonely Trail» de Joseph Kane qui le dirigera de nombreuses fois encore.

L'année 1936 s'annonce meilleure pour John Wayne qui, grâce à la Universal, quitte l'univers des petits westerns pour des aventures maritimes («The Sea Spoilers»), sportives («Idol of the Crowds»), journalistiques («I Cover the War» en 1937), …

Mais le public ne reconnaît John Wayne que dans les westerns. Celui-ci retourne donc à la Republic où il reprend le rôle de Stony Brooke, alternativement tenu par Robert LivingstonRobert Livingston depuis 1936, dans une série de westerns intitulée «The Three Mesquiteers» et qui n'a de rapport ni avec Alexandre Dumas ni avec le film de 1932 déjà cité. Il partage la vedette avec Ray CorriganRay Corrigan (Tucson Smith) et Max TerhuneMax Terhune (Lullaby Joslin) dans huit de ces moyens métrages : «Santa Fe Stampede», «Overland Stage Raiders», …

"Stagecoach" (1939) …

Mais le bout du tunnel approche. En 1939, John Ford prépare le tournage d'une histoire de diligence et envisage ‘Duke’ dans le premier rôle masculin. Mais le producteur, David O.Selznick_ lui préfère Gary Cooper. Par ailleurs, Herbert YatesHerbert Yates, le patron de la Republic, craignant que sa jeune vedette ne lui échappe, ne se laisse pas facilement convaincre. Finalement, c'est avec Walter Wanger_ et la United Artists que le réalisateur parvient à imposer Wayne, tandis que Yates obtient de son poulain l'assurance qu'il rentrera au bercail sans exiger de rallonge à sa ration de blé hebdomadaire.

Wayne n'est pas une vedette : c'est tout plein d'humilité qu'il interprète le rôle de Ringo Kid, face à la vedette Claire Trevor, dans «Stagecoach (La chevauchée fantastiqu)e» (1939). Le film est un succès salué par le public, la critique et les professionnels : Oscars du meilleur second rôle pour Thomas Mitchell et de la meilleure partition musicale pour Boris Morros. Wayne est insuffisamment connu pour pouvoir espérer quelque chose. Il retourne d'ailleurs à la Republic où l'on commence à lui proposer des choses plus intéressantes («The Dark Command (L'escadron noir)» de Raoul Walsh en 1940 …).

Désormais, les choses vont aller vite. La même année, il donne la réplique à Marlene Dietrich dans «Seven Sinners (La maison des sept péchés)», tandis que John Ford le rappelle pour «The Long Voyage Home (Les hommes de la mer)». En 1942, c'est l'immense Cecil Bount De Mille qui le sacre capitaine dans «Reap the Wild Wind (Les naufrageurs des mers du Sud)».

Mais on ne le juge pas encore capable de tenir un grand film à lui tout seul. Même John Ford dans «Fort Apache» (1948) le subordonne à Henry Fonda, tout en offrant le rôle du gentil militaire à son protégé. Il lui faut attendre «Red River (La Rivière Rouge)» de Howard Hawks (1948), pour obtenir ce dernier galon, au prix de sa jeunesse puisque, vieilli pour l'occasion, il y est devenu le père adoptif de Montgomery Clift ! Un rôle préalablement écarté par … Gary Cooper (abattez-le) !

On commence enfin, à l'aube des années cinquante, à écrire des rôles spécialement pour la nouvelle vedette («Les diables de Guadalcanal» …). Parallèlement, depuis 1946, il met régulièrement la main à la poche pour financer des projets qui lui tiennent à cœur («L'ange et le mauvais garçon», «Les bagarreurs du Kentucky» avec Hardy sans son Laurel …).

John Ford, qui le considère désormais comme "le meilleur acteur de Hollywood", le distribue régulièrement : «Three Godfathers (Le fils du désert)» (1948), «She Wore a Yellow Ribbon (La charge héroïque)» (1949), «Rio Grande» (1950), «The Searchers (La prisonnière du désert)» (1956), «The Wings of Eagle (L'aigle vole au soleil)» (1957), «The Horsemen (Les cavaliers)» (1959). Et surtout, en 1952, dans un genre inhabituel pour les deux hommes, cette magistrale confrontation à Victor McLaglen, Maureen O'Hara et les traditions irlandaises que demeure «The Quiet Man(L'homme tranquille)» (1952). S'il eut été un oscar mérité …

John Wayne boucle les années cinquante par le rôle du shérif John T. Chance dans le film que François Truffaut qualifia de "plus beau western du monde", «Rio Bravo». Interprétation merveilleusement complétée par Dean Martin, Walter Brennan, Ricky Nelson et la délicieuse Angie Dickinson, qui fera chavirer bien des cœurs (et pas des moindres !).

"Remember the Alamo" …

Depuis 1952, après «L'homme tranquille», John Wayne, en désaccord avec Yates, a quitté Republic Pictures Corporation pour asseoir sa propre compagnie de production, Batjack. Il nourrit déjà le projet de réaliser un film retraçant la prise de Fort Alamo par les troupes mexicaines.

Plus tard, refusant l'aide des compagnies qui souhaitaient la direction d'un metteur en scène confirmé, il risque une bonne partie de sa fortune personnelle dans l'affaire. Il obtient finalement l'aide des Artistes Associés à condition qu'il soit la vedette du film. Cette éventualité, qui ne faisait pas partie du plan initial, l'amène à s'attribuer le rôle de Davy Crockett, aux côtés de Richard Widmark/Jim Bowie, Laurence Harvey, et de son propre fils Patrick Wayne.

A l'issue de nombreuses difficultés surmontées, l'œuvre est présentée au public au printemps 1960. Si elle ne soulève pas l'enthousiasme général, elle n'en couvre pas moins les frais engagés, ce qui, compte tenu de la somme, est la preuve d'un grand succès public. Le réalisateur/producteur a gagné son pari : rappeler aux jeunes Américains le prix que leurs ancêtres ont payé pour leur assurer une liberté dont ils jouissent encore.

John Wayne reviendra à la réalisation en 1968, dans un film soutenant la politique américaine au Viêt-Nam, «The Green Berets (Les bérets verts)». Reconnaissons-lui au moins çà : l' homme ne s'aventure derrière la caméra que pour y dire quelque chose, même si le discours ne plait pas toujours. Car nous sommes en pleine période “Love and Peace” et l'acteur incarne fièrement une Amérique réactionnaire à laquelle on associera également, quelques années plus tard, son collègue Ronald Reagan. Avec une pointe d'humour en plus : à Jane Fonda, sa voisine de table, qui lui déclare “finement” "Je ne suis pas surprise de vous trouver à ma droite", il réplique, galant et persistant, "Et je compte bien y demeurer le plus longtemps possible."

Hormis l'inévitable épisode “fordien” «The Man Who Shot Liberty Valance» ("Quand la Légende est plus belle que la Réalité, je choisis la Légende"), les années soixante, sont sans surprises. Mais la fin de carrière de l'acteur est plus intéressante …

«True Grit (Cent dollars pour un shérif)» (1969) lui apporte enfin l'oscar espéré du meilleur interprète, attribué par une profession soucieuse de corriger ses omissions antérieures. «Rio Lobo» (1970) termine brillamment la trilogie de Howard Hawks par un western qui, tel son épisode intermédiaire «El Dorado», est une (bonne) copie de «Rio Bravo».

En 1972, de manière surprenante, le personnage incarné par ‘Duke’ est abattu une vingtaine de minutes avant la fin du film. Mais il a transmis son enseignement à ses jeunes «Cowboys» qui sauront se défendre et le venger : même mort, le héros américain gagne la bataille ! Tandis que «Rooster Cogburn» (1975), le personnage de «rue Grit», assiste Katharine Hepburn - à moins que ce ne soit le contraire - face à une redoutable bande de malfaiteurs qui n'auront pas assez de bâtons de dynamite pour leur assurer la victoire ! Mais quel superbe numéro d'acteurs …

Le meilleur de la décennie est (hélas) pour la fin : «The Shootist (Le dernier des géants)» (1976) … Habilement, le film débute par des extraits de «The Big Trail», «Red River» et «Rio Bravo», liant définitivement l'acteur à son personnage dans un combat contre celui qui l'accompagne sournoisement depuis 1946, “The Big-C” (le Cancer). Testament, oeuvre prémonitoire ? A vous de choisir. Car on le sait même si l'on n'a pas vu le film : la lutte était inégale.

Après sa rupture avec Polly Ann Young, Marion Morrison rencontre Joséphine Paez, la fille d'un médecin. C'est le coup de foudre. Mais les parents de la demoiselle voient d'un mauvais oeil ce géant désargenté courtiser leur cadette. Toutefois, les premiers succès arrivent, qui amènent ces braves gens à penser que le garçon n'est pas si bête qu'il en a l'air. Le mariage a lieu le 24-6-1933 dans la propriété de Loretta Young (à droite). Le couple aura quatre enfants, dont Patrick Wayne (1937), futur acteur («Rio Grande»).

En 1941, au cours d'un voyage au Mexique, John rencontre Esperanza Bauer (ou Baur selon les sources), une comédienne connue en Amérique Centrale. En 1943, il se sépare de Joséphine et, quelques jours après la prononciation du divorce, épouse la belle Mexicaine, à laquelle il impose l'abandon de son métier. Mais l'entente ne se pérennise pas entre les deux partenaires. Sans enfant, le couple se sépare aux torts du mari pour “cruauté mentale” : il aurait un esprit frappeur ! Un second procès conclura aux torts réciproques. Rentrée au Mexique, Esperanza y décède d'une crise cardiaque en 1961, après avoir dilapidé sa fortune.

En 1954, John rencontre Pilar Pallette, une Péruvienne mal mariée, de 22 ans sa cadette. Très vite libérée, l'ange épouse son mauvais garçon, quelques heures après la prononciation du divorce d'avec Esperanza ! Le couple aura trois enfants. Existence apparemment sereine lorsque, en 1972, Pilar jette aussi l'éponge, reprochant à son mari de passer plus de temps avec sa secrétaire qu'avec elle. Plus tard, elle publiera un livre, «John Wayne : My Life with Duke», dans lequel elle révèle notamment l'avortement d'un enfant né avant que feu le mauvais garçon n'ait pu obtenir le divorce. Vous m'en apprenez de bonnes, ma chère …

Depuis 1946, donc, John Wayne lutte contre le cancer. Opéré alors une première fois, il voit la bête ressurgir au début des années 60. Farouche combattant, il ne lui abandonne pas moins un poumon. Après le tournage de «The Shootist», il est hospitalisé à Boston pour une opération à cœur ouvert. En janvier 1979, il subit l'ablation de l'estomac, remplacé par un organe artificiel. Après une dernière opération des intestins, ce qu'il reste du Géant s'abat le 12-6-1979, "Feo, fuerte y formal (Pas beau, mais fort et digne").

Documents

Sources : «John Wayne» par Allan Eyles (éditions Henri Veyrier, excellent étude des films interprétés par Wayne), «John Wayne, le dernier des géants» (non signé, aux éditions SIPE, informations biographiques), «John Wayne dans l'objectif» (photographies familiales par Sam Shaw, Librairie des Champs-Élysées), Imdb (filmographie) documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

John Wayne : "Vous me dites qu'aussi loin que vous puissiez vous souvenir, vous me voyez droit sur ma selle en train de chevaucher. Eh bien, c'est là que j'ai l'intention de rester jusqu'à ce que je tombe."

© Christian Grenier, août 2006
(Ed.6.3.3 : 5-9-2013)