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Alan LADD (1913 / 1964)

Alan Ladd

Il peut sembler malicieux de dire qu'Alan Ladd ne fut pas un grand comédien.

En effet, sa petite taille lui empêcha longtemps d'obtenir les premiers rôles. L'on a pu lire un peu partout qu'il devait monter sur un tabouret afin d'embrasser ses partenaires. Invention de journaliste mal intentionné ? Toujours est-il que certaines photographies de tournage trahissent sans le moindre doute l'utilisation d'un subterfuge de cet ordre.

Bien entendu, il ne s'agit pas de se moquer des personnes de petite taille, mais de s'étonner, dans un Hollywood de paillettes, qu'un tel écart avec les canons de la mode ne soit pas rédhibitoire à l'accession au vedettariat. Lorsque, en 1941, ce fut l'heure d'Alan Ladd, cela faisait déjà dix ans que le jeune homme hantait les plateaux de la Paramount dans l'anonymat le plus complet. L'étonnant de l'aventure tient davantage de cette accession que du long passage dans l'ombre qui la précéda.

Car disons-le enfin sans jeu de mot: Alan Ladd ne fut pas un grand comédien. Se souvient-t-on de l'avoir vu éclater de rire, ou exprimer une profonde tristesse ? Mais de cette sobriété plus ou moins maîtrisée dans le jeu de scène, l'acteur sut tirer profit pour interpréter ses meilleurs rôles. Citons, dans l'incarnation de ce qui pourrait être un seul et même personnage, «Shane (L'homme des vallées perdues)» et «The Carpetbaggers (Les ambitieux)». On peut en aimer d'autres …

H25 - Alan Ladd, l'homme des vallées perdues …

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Alan et Sue Carol …

Né à Hot Springs, état de l'Arkansas, le 3-9-1913, le jeune Alan Walbridge Ladd a la douleur de perdre son père alors qu'il n'a que quatre ans. Dès lors, la vie ne fut pas très facile pour le jeune enfant, qui ne mangea pas toujours à sa faim. Nombre d'historiens racontent que, l'année suivante, il mit accidentellement le feu à l'appartement familial, ce qui ne dut pas arranger les choses. Cette pauvreté, pour ne pas parler de misère, pousse la mère, remariée, à émigrer vers La Californie et Los Angeles. Surnommé “Tiny Ladd” par ses camarade de classe et de jeux, Alan subit déjà les différences que lui vaut sa petite taille.

Devenu jeune homme, il se fait remarquer par ses qualités sportives (coureur, nageur, footballeur...) qui l'amènent à présenter sa candidature aux qualifications de l'équipe américaine de plongeon pour les Jeux Olympiques de 1932, prévus à Los Angeles. Non retenu - il en fut peut-être mieux ainsi, quand on connaît la suite - le jeune homme s'inscrit aux cours gratuits de la compagnie Universal. Ne croyez-pas qu'il fut immédiatement remarqué par un dénicheur de talents. Non, plus modestement, cet épisode lui permet de s'insinuer dans le monde du cinéma et servir d'homme à tout faire sur les plateaux de tournage. Et parmi tout, il y a déjà de nombreuses silhouettes qui font débuter sa filmographie en 1932. Parmi ces nombreuses apparitions, on peut s'amuser à rechercher celles qu'il fit aux côtés d'Orson Welles dans «Citizen Kane» (1941) ou, plus étonnante, de Stan Laurel et Oliver Hardy dans «Great Guns (Quel pétard !)» (1942).

Désavantagé par sa petite taille (1, 71m tout de même), l'acteur, dont les rôles commencent à s'étoffer au début des années quarante, attendra néanmoins longtemps avant de se faire un nom. Entre-temps, il est devenu l'époux de Midge (Marjorie Jane Harrold), qui lui donnera un fils, Alan Ladd Jr (1937), futur producteur.

En 1941, pris en mains par l'agent Sue Carol, une actrice de cinéma reconvertie, il obtient enfin le rôle important d'un psychopate dans «This Gun for Hire (Tueur à gages)». Le succès du film propulse le jeune homme au devant de la scène et en haut des affiches. L'année suivante, il épouse sa bienfaitrice, dont il adopte la fille, Carol Lee. Le couple aura deux enfants, Alana (1943) que l'on vit à ses côtés dans deux de ses derniers films, et David (1947), dont les apparitions à l'écran furent plus fréquentes, avant qu'il ne songe à devenir producteur et l'époux de l'une des fameuses “Charlie's angels” de la télévision, Cheryl LaddCheryl Ladd.

Alan et Veronica …

Le duo formé par Veronica Lake et Alan Ladd dans «This Gun for Hire» retient l'attention du public. Alléchée, la Paramount réunit à nouveau les deux protagonistes dans l'adaptation d'un roman noir de l'écrivain Dashiell Hammett, «The Glass Key (La clé de verre)» (1942). Non assurés des capacités de l'acteur à tenir les premiers rôles, les producteurs lui opposent, dans un personnage tout aussi important, l'expérimenté Brian DonlevyBrian Donlevy. Mais, cette fois-ci, Alan incarne le héros positif. Le public confirme son intérêt …

En manque d'imagination, et surtout habitués à réchauffer les recettes qui en font (... des recettes), les dirigeants de la compagnie américaine programmeront encore à cinq reprises les deux jeunes vedettes au sein d'un même programme. La plus remarquable de ces rencontres demeure sans conteste «The Blue Dhalia(Le dahlia bleu)» (1946), d'après un roman noir de Raymond Chandler, un film de la veine de «The Glass Key». Car Alan Ladd est devenu l'un des spécialistes d'un genre dans lequel son impassibilité (inexpressivité ?) fait merveille: «Lucky Jordan» (1942), «Calcutta» (1947), «Chicago Deadline» (1949)...

Parallèlement, il fait ses premières apparitions en héros de l'Ouest («Whispering Smith», 1948) ou en aventurier des mers plus ou moins chaudes («Two Years Before the Mast (Révolte à bord)» (1946), tandis que son interprétation de Jay Gatsby (1949) dans «The Great Gatsby» (n'y voyez aucune malice) fera date.

D'une manière aussi incompréhensive que miraculeuse, le miséreux petit garçon de l'Arkansas gravit une à une les marches du palais de la renommée hollywoodienne. Merci Sue …

Alan et “Shane” …

Les années cinquante ne se distinguent pas par un changement profond dans la carrière de l'acteur: alternance de westerns («Branded (Marqué au fer)», «Red Mountain (La montagne rouge)»), de films noirs  - «Appointment with Danger» - et d'aventures exotiques - «Botany Bay", «Desert legion (La légion du Sahara)». Le train train, quoi ... Une série de films sans grandes ambitions, mais qui demeurent longtemps dans vos mémoires, pour peu que vous les ayez vus dans une adolescence avide d'aventures romanesques. Plus intéressante demeure son incarnation, dans «The Iron Mistress (La maîtresse de fer)» (1952), du héros américain James Bowie, lequel mourra en 1960 - sous les traits de Richard Widmark - à Fort Alamo avec John Wayne … Pardon … Davy Crockett ! Et c'était peut-être en 1836, je ne sais plus …

1953 est une année charnière pour Alan Ladd, dont la filmographie se voit ornée de son plus beau fleuron: «Shane (L'homme des vallées perdues)». Western “classique” s'il en fut, où le personnage principal, chasseur de primes sorti d'un nulle part inavouable, adopte un comportement de justicier avant de s'éloigner, héros tragique, vers un avenir tout aussi lourd d'incertitudes. Certes, voir Alan Ladd terrasser ce “grandass” de Jack Palance peut laisser le spectateur dubitatif. Mais les interprétations remarquables de Jean Arthur, Van Heflin et d'Alan Ladd (reconnaissons-le) rendent au récit tout ce qui lui manquait de réalisme. Grâce à eux, et au classicisme de l'histoire, «Shane» demeure l'un des plus beaux westerns du cinéma américain.

Mais, d'une manière tout aussi incompréhensive que les circonstances qui favorisèrent son ascension, ce film devait marquer le commencement de la fin pour celui qui en fut son âme …

Alan tout seul …

Car Alan Ladd ne renouvelle pas son contrat avec la Paramount. Il enchaîne avec trois films tournés en Grande-Bretagne, «The Red Beret (Les bérets rouges)» (1953), «Hell Below Zero (L'enfer au dessous de zéro)» (1954) et l'affligeant «The Black Knight (Le serment du chevalier noir)», une erreur de casting insupportable où il frise le ridicule en Zorro tout de fer-blanc couvert. Entre ceux là, l'un des plus mauvais westerns de Raoul Walsh, «Saskatchewan (La brigade héroïque)» (1954) n'est pas de nature à redonner de l'élan au “gunner” hollywoodien.

Sans doute conscient de ces erreurs, l'acteur décide de prendre ses affaires en mains et fonde sa propre société, Jaguar Productions. Mais le renouvellement attendu ne vient pas, et l'alternance habituelle - westerns / films noirs / aventures - ne nous permet pas de relever un grand titre avant la fin des année cinquante : «The Badlanders (L'or du Hollandais)» (avec un peu d'indulgence tout de même) et «Guns of Timberland (Tonnerre sur Timberland)», belle histoire de bûcherons opposant l'acteur à Gilbert Roland.

A cette époque, il n'est pas rare de voir sur les plateaux, et parfois même les pellicules, ses enfants Alana et David, à l'aube de leurs carrières respectives.

En 1961, encore plus surréaliste, Alan Ladd incarne Scilla dans un péplum mythologique opposant «Orazi  Curiazi (Les Horaces et les Curiaces)» et dont je ne vous dévoilerai pas la fin. Profondément affecté par la tournure que prend sa carrière, il se réfugie dans l'alcool et les barbituriques. En novembre 1962, on le retrouve baignant dans une mare sang, une balle dans la poitrine. Il niera la tentative de suicide, sans donner d'explication cohérente. Ses excès auront raison de lui le 29 janvier 1964. Il venait d'avoir cinquante ans …

Quelques mois plus tard, dans «The Carpetbaggers (Les ambitieux)», le public pouvait revoir Alan Ladd tenant le rôle poignant, bien que secondaire, de «Nevada Smith», ancien aventurier de l'Ouest finissant sa carrière dans ce nouvel El Dorado que s'annonce être le cinéma. Un homme des vallées perdues, en quelque sorte …

Documents

Sources : «Ciné-Revue - Les Immortels du Cinéma» (3 éditions), documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Alan Ladd : "J'ai le visage d'un premier communiant vieillissant et le gabarit d'un poids plume sous-alimenté. Si vous pouvez m'expliquer comment ces ‘atouts’ ont pu me valoir un tel succès au cinéma, je vous en serais reconnaissant !" (Ciné-Revue, les Immortels du Cinéma)

© Christian Grenier, décembre 2005
(Ed.6.3.2 : 11-1-2014)