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Errol FLYNN (1909 / 1959)

Errol Flynn

Vers 1959, peu avant de mourir, Errol Flynn, pressé par le besoin d'argent, écrivit ses mémoires qu'il publia sous le nom de «My Wicked, Wicked Way (Mes Quatre Cents Coups)».

C'eut pû-t-être une aubaine pour les historiens et les biographes du célèbre acteur. Malheureusement, l'homme n'a jamais été de confiance, et tout ce qui va suivre doit être lu avec beaucoup de circonspection. Mais puisque c'est lui qui raconte, parlons-en …

Et pour commencer, cassons le mythe …

H23 - Errol Flynn, ou les "Aventures de Don Juan" …

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Une jeunesse aventureuse …

Fils d'un professeur de sciences renommé, Errol Leslie Thompson Flynn est né le 20-6-1909, à Hobart, en Tasmanie (Commonwealth australien). Très tôt, il entretient des relations difficiles avec sa mère, au point de faire une fugue dès l'âge de 7 ans. Faut dire que l'enfant se livrait à des tours pendables: je n'hésite pas à vous en narrer un. Vrai ou faux? Biologiquement impossible !

Vers sa quatorzième année, l'adolescent passe plusieurs mois en Angleterre où son père est appelé par son travail. En 1916, de retour au pays natal, il est interné dans un collège de Sidney tandis que ses parents retournent en Angleterre. Indiscipliné, le jeune homme est rapidement renvoyé.

Livré à lui-même, il s'embarque, sans un sou en poche, pour la Nouvelle Guinée où il va vivoter péniblement, exerçant plusieurs petits métiers. D'abord employé à l'Inspection Sanitaire, on le retrouve contremaître dans une plantation de copra, transporteur maritime, chercheur d'or, planteur de tabac et même... "marchand d'esclaves"! Vrai ou faux ?

Ce qui est sûr, c'est qu'en 1928, il transporte à bord d'un petit navire une équipe de cameramen chargé de réaliser un reportage documentaire sur le fleuve Sepik. Le réalisateur, Jack Swartz, se souviendra du jeune Flynn qu'il rappellera en 1932 pour incarner Fletcher Christian, le second du fameux Capitaine Bligh, dans «In the Wake of the Bounty (Dans le sillage du Bounty)».  Et Flynn retourne à sa bourlingue …

'Captain Blood' (1936),
title card

Comprenant qu'il ne ramènerait pas autre chose de l'Océanie qu'une malaria déjà contractée, le jeune Errol s'embarque pour l'Angleterre avec la ferme intention de devenir comédien. Il débute ainsi, en 1933, à la Northampton Repertory, jouant les utilités. Prenant peu à peu confiance, il interprète bientôt Shakespeare («Othello», …).

Remarqué par Irwin Asher, alors à la tête de la branche britannique de la Warner, il apparaît dans «Murder at Monte-Carlo». Bien conseillé, le grand Jack WarnerJack Warner lui fait signer in contrat de 6 mois. Voilà notre aventurier en partance pour Hollywood. Sur le paquebot assurant la traversée, il rencontre quelques acteurs, parmi lesquels la Française Lili Damita. Errol tente sa chance, mais l'accueil reste glacial !

Nous sommes en 1932 et notre homme débarque enfin à New York. Présenté par les publicitaires hollywoodiens comme un acteur irlandais, il végète quelques mois avant d'interpréter un premier rôle sous la direction de Michael Curtiz, celui d'un … cadavre! Consolation, il retrouve Lili Damita. Les jeunes gens se marient en 1935. Le couple aura un fils, Sean (1941), futur comédien et journaliste, qui disparaitra au Vietnam en 1970.

En 1936, Jack Warner choisit Errol Flynn pour interpréter, à peu de frais, le rôle de Peter Blood dans «Les aventures du capitaine Blood», dirigé par Michael Curtiz. Errol partage la vedette avec la jeune actrice américaine Olivia de Havilland. Le film connait un succès mondial. Un nouveau couple cinématographique est né. Les acteurs se retrouvent pour «La charge de la brigade légère» (1936) et «Les aventures de Robin des Bois» (1938), toujours sous la direction de Michael Curtiz. L'expérience de marin et le tempérament batailleur de l'acteur se marient pleinement avec le rythme de ces grands films d'aventures, et le public en redemande (surtout les dames).

En 1938, las des personnages dans lesquels Jack Warner le cantonne, fatigué du tempérament soupçonneux de son épouse (faut dire qu'elle avait de bonnes raisons …), Errol Flynn s'échappe en Espagne, pendant la guerre civile, comme "correspondant de guerre" auprés des armées républicaines. Blessé, il rentre aux États-Unis où les directeurs de la Warner le somment d'honorer son contrat. Ce qu'il fait face à Bette Davis dans «La vie privée d'Elizabeth d'Angleterre» (1939). Les rapports entre les deux vedettes furent si tendus qu'on le les revit plus au générique d'un même film.

Les scandales …

1940. En voyage au Mexique, Errol Flynn découvre une jeune femme qu'il pousse à émigrer vers Hollywood. Elle deviendra Linda Christian et épousera plus tard Tyrone  PowerTyrone Power. De son côté, le mariage avec Lili Damita bat de l'aile et se termine, peu après la naissance de Sean , par un divorce loin d'être réglé à l'amiable.

Après «Dodge City (Les conquérants)» en 1939, Errol enchaîne son deuxième western, «Virginia City/La caravane héroïque», encore réalisé par Michael Curtiz. Il n'aime pas les westerns, mais, prisonnier de son image, devra se soumettre à plusieurs reprises aux exigences du genre. Dans l'un d'entre eux, «They Died with Their Boots On/La charge fantastique», il incarne un général Custer aux antipodes de la sauvagerie du véritable personnage. Le film est réalisé par Raoul Walsh, qui devient très vite l'un de ses meilleurs amis. Walsh lui permet de personnifier «Gentleman Jim» (1942), biographie romancée d'un célèbre boxeur américain, et de tenir dans «Aventures en Birmanie» (1945)  le rôle d'un capitaine américain plongé dans l'enfer de Birmanie, un travail qu'Errol décrit comme l'un de ses préférés. Il participera à d'autres reprises, «Dive Bomber/Bombardiers en piqué» ou «Desperate Journey/Sabotage à Berlin», à l'effort de guerre américain à travers des films de propagande.

En août 1942, Errol Flynn obtient la nationalité américaine. Mais l'année se termine mal : accusé de “viol statutaire” (détournement de mineure) par deux jeunes femmes, il subit la longue épreuve d'un procès de cinq mois, avant d'être acquitté. Pendant cette affaire, il fait la connaisance de la jeune Nora Eddington, qui deviendra sa seconde épouse (1943) et la mère de ses deux filles, Deirdre (1945) et Rory (1947).

Très éprouvé par ce procès, lassé des rôles stéréotypés qu'on lui propose, mais pressé par un énorme besoin d'argent, Errol enchaîne des films qui ne le l'intéressent pas: «San Antonio» (1945), «Ne dites jamais adieux» (1946), «Cry Wolf» (1947), … Il trouve davantage d'intérêt à la réalisation de deux courts métrages documentaires, «Deap Sea Fiching» et «Curse of the Zaca» (1952), tournés sur son nouveau bateau, le "Zaca", et dont il revend les droits d'exploitation à la Warner.

Divorcé de Nora depuis 1948, Errol Flynn rencontre sa future troisième épouse, Patrice Wymore, sur le tournage de «Rocky Mountain/La révolte des dieux rouges» (1950), western réalisé par Willian Keighley. Le couple aura une fille, Arnella (1953). La cérémonie religieuse a lieu à Monte-Carlo. Lors du mariage civil, contracté à Nice le 23-10-1950, Errol apprend qu'il est à nouveau sous le coup d'une accusation de viol déposée auprès du tribunal monégasque. Il retourne immédiatement dans la principauté et parvient à prouver son innocence au cours de l'instruction. Que voulez-vous : on ne prête qu'aux riches !

Le déclin …

En 1952, après le tournage de «Mara Maru», Errol Flynn rompt son contrat avec la Warner, à moins que ce ne soit le contraire.

Sans travail, l'acteur s'exile à Rome avec Pat, pour échapper aux soustractions financières exhorbitantes de ses anciennes épouses. Désoeuvré, il passe une bonne partie de son temps sur les mers, entre l'Italie et la Jamaïque, s'adonnant à la croisière autant qu'à la boisson. Dans la péninsule, a-t-il le sentiment de se personnifier en parodiant Don Juan dans «Il maesto di Don Giovanni» (1954) ?

Ses films de l'époque nous montre un Flynn vieillissant, empêtré dans les éternels rôles d'aventuriers de moins en moins crédibles, tandis que son projet de tourner «Guillaume Tell» n'aboutit pas. En 1956, engagé dans le film de Joseph Pevney, «Istambul», censé se tourner en Turquie, le voici obligé de retourner à Hollywood où les producteurs ont décidé, par souci d'économie, de réaliser le film. Heureusement tout se passe bien  …

Ses derniers engagements lui donnent l'occasion d'exprimer un talent si rarement mis en valeur à l'écran. En 1957, face à Tyrone Power et Ava Gardner, il joue le rôle secondaire d'un aventurier alcoolique dans «Le soleil se lève aussi» de Henry King, d'après Hemingway. L'année d'après, il incarne son ex-ami John Barrymore dans «Too Much, Too Sun/Une femme marquée». Enfin, il rencontre Juliette Gréco sous le soleil africain pour l'adaptation d'un roman de Romain Gary, «Les racines du Ciel», sous la direction de John Huston. Les producteurs choisissent enfin Errol Flynn pour ce qu'il est, un aventurier menant une vie que les bonnes âmes qualifieront de dissolue, et non pas pour le superbe héros soucieux, sabre au clair, de sortir sa belle prisonnière d'un donjon gardé par d'une horde de soudards aux mines patibulaires.

Mais les aventuriers ne font pas souvent de vieux os. Errol Flynn pas davantage que les autres. Après un dernier film tourné à Cuba, «Cuban Rebels Girl», c'est sans surprise que l'on apprendra son décès, à Vancouver, d'une crise cardiaque due à ses excès en tout genre. Il fut beaucoup pleuré, tout au moins par sa dernière compagne, la starlette Beverly Aadland.

Documents

Dans les dernières années de sa vie, Errol Flynn se consacra à la rédaction de ses mémoires. Celles-ci parurent quelques mois seulement avant sa mort, alors qu'il envisageait ce que pourrait être son troisième âge. Le dossier que lui consacre L'Encinémathèque prend ce document comme unique source biographique. Il comporte les mêmes lacunes. Ainsi, pas un seul mot n'est dit sur la Seconde Guerre Mondiale, qui lui parait moins importante que les affaires de moeurs auxquelles il se trouvait mêlé à l'époque. Il ne parle pas non plus de son éventuelle participation à l'équipe australienne de tennis, fait quelques allusions à ses exploits de boxeur, évoque sa participation aux Jeux Olympiques en tant que plongeur de haut-vol.

Définitivement, Errol Flynn fut avant tout un homme de mer. Il fut certainement plus heureux dans sa misère d'aventurier en Océanie que sous les paillettes hollywoodiennes, auxquelles il sut gré de lui avoir apporté l'argent et les femmes. On le qualifierait aujourd'hui, dans le sens contemporain du terme, d'épicurien insatisfait.

Sources : Errol Flynn, «My Wicked, Wiked Ways/Mes quatre-cents coups», documents photographiques personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Errol Flynn : "Au théâtre, l'important, c'est la pièce. Dans la vie, c'est le jeu."

© Christian Grenier, mai 2005
Errol Flynn, un Don Juan (!?)

Pour les femmes, l'homme qui leur convient c'est celui qui paye la note.

Nous dépendons tous de l'amour et de l'affection, peu importe sous quelle forme, et je ne nie pas la part d'amour, de chaleur, d'humanité qui intervient dans les relations personnelles. Il y en a, c'est vrai … Mais je veux simplement dire que dans la guerre des sexes, les billets de banque changent de mains.

C'est une triste conclusion, mais telle est mon expérience qui englobe les épouses, les maîtresses, les filles de la rue, toutes les femmes sans exception. Vous pouvez croire qu'elles aiment vos beaux yeux sombres, ou vos petits yeux en boutons de bottines mais voilà la conclusion à laquelle je suis arrivé : le fric les intéresse autant que ce qu'elles mangent ou portent et que l'endroit où elles vivent

En fin de compte, elles sont toutes pareilles. C'est peut-être humain, on peut juger que c'est bien ou que c'est mal mais, en tous cas, c'est une sottise de penser que les femmes ont soif de romantisme. J'ai eu des maîtresses qui me tapaient du matin au soir et, dès le lendemain, il y avait assez de choses traînaient dans la maison pour ouvrir un magasin de nouveautés.

Les épouses veulent une maison. Elles appellent cela amour mais ça s'écrit m‑a‑i‑s‑o‑n.

Errol FLYNN, "Mes Quatre Cents Coups"

Un tour pendable

J'avais découvert que si l'on donnait à manger à un canard un bout de lard gras quelque chose dans sa conformation intestinale le faisait évacuer le morceau immédiatement, au bout d'une minute où deux.

Du bec à la porte de sortie, le spectacle ne se faisait pas attendre. Or nous avions beaucoup de canards dans notre cour.Je réfléchis pendant toute une nuit à ce phénomène et l'idée me vint qu' serait intéressant d'attacher une ficelle de trois à quatre mètres au bout de lard.Comme prévu, le lard jaillit, et je le donnai à un autre canard, obtenant le même résultat, sans lâcher la ficelle qu'avait avalée le premier.

Au bout de quelques minutes, j'en eu ainsi une demi-douzaine, reliés les uns aux autres, bec contre rectum, enfilés sur cette ficelle graisseuse.

Je venais d'inventer, à huit ou neuf, ans, le premier bracelet vivant !

Errol FLYNN, "Mes Quatre Cents Coups"

(Ed.6.3.2 : 7-1-2014)