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Il était très bavard, Raimu … Caractéristique commune à ceux que l'on qualifie - à tort - de méridionaux, mais cela n'explique pas tout. Et comme il a fait - à partir de l'avènement du cinéma parlant, cela va de soi - une carrière qui ne pouvait être qu'impériale, ne cherchons pas à être plus volubile que l'empereur … Ainsi donc, dans ce dossier à lui consacré, les mots laisseront, davantage que d'habitude, la place aux documents: articles d'époque, portraits, reproductions d'affiches, scènes de films … Pour ce qui concerne sa biographie, suivant un de ses conseils les plus avisés, nous laisserons un peu parler les autres … |
| biographie | filmographie |
Biographie succinte …Né Jules Auguste Muraire, le 18-12-1883, à Toulon, d'un père tapissier. Peu attiré par les études, il ne rêve que de comédie et fait, à 16 ans, ses débuts de comique troupier dans sa région natale, sous le pseudonyme de Rallum. Déçu par ses insuccès répétés, le jeune homme devient un tonique croupier (pardon!) du Casino d'Aix-les-Bains, avant d'ouvrir un petit commerce. Souffleur à l'Alhambra, il a l'occasion de faire ses preuves et obtient rapidement ses galons de vedette sous le nom qui l'a immortalisé, Raimu, anagramme de son véritable patronyme. C'est le chansonnier et directeur de music hall Félix Mayol qui le fait sortir de sa notoriété régionale en l'invitant à se produire dans son théâtre parisien. Après avoir été exempté du service militaire, Raimu s'éloigne peu à peu du music-hall pour imposer sa voix tonitruante sur les scènes de théâtre. Mais c'est en 1929 qu'il se fait universellement connaître, en interprétant au Théâtre de Paris la fameuse pièce de Marcel Pagnol, «Marius». Nonobstant quelques petites apparitions sur des bandes aujourd'hui oubliées, Jules Raimu attendit l'avènement du cinéma parlant pour s'intéresser au septième art, en reprenant tout d'abord quelques succès théâtraux: «Le Blanc et le Noir», une reprise de l'opérette «Mam'zelle Nitouche» et surtout le «Marius» d'Alexandre Korda. On, connaît la suite … | |||||||||||
Quelques portraits de Raimu …(survolez les petites images avec le curseur de la souris …)
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'Mon Film' (1946) Une interview de Raimu …
"Je veux que Raimu vienne faire un film en Amérique et y jouer «La femme du boulanger», car les Américains l'aiment comme un grand artiste. En Amérique, ajoute M. Arthur Lesser, «La femme du boulanger», en film, a fait beaucoup d'argent. «L'Homme qui cherche la vérité» et «Gribouille» se jouent encore. La meilleure salle de New-York m'appartient et je sais mieux que quiconque que le grand public américain, ce que vous appelez ici la masse, paie et fait interminablement la queue pour voir M. Raimu." - "Je ne crois pas pouvoir le faire, ce film. René Clair veut le commencer en septembre au plus tard, car il doit être a New-York en novembre. Ils annoncent tous que c'est moi qui vais tenir le rôle. Hélas, si je ne le puis, comme je le regretterais. Après, je dois en faire un autre avec une société franco-suisse, et dans ce pays idéal, la Suisse, on me demande pour jouer une nouveauté qui s'appelle… "Marius". Mais il y a seize ans que je fais du cinéma et que les critiques m'attrapent. Il y en a un qui a écrit il y a vingt-deux ans: "Quand M. Raimu jouera "L'Homme en habit" on appellera ça: "L'Homme en blouse". Il a écrit encore: " M. Raimu est le plus mauvais acteur qu'il y ait en France. ". J'aurai plaisir à aller à New-York, mais il ne faut pas oublier que je suis de la Comédie-Française, où tout le Comité est très correct avec moi. Mon contrat finit le 14 janvier prochain. A moins que … La Comédie-Française est le plus beau théâtre du monde, mais comme c'est regrettable que l'on n'ait pas retenu les huit camarades qui viennent de partir. Madeleine Renaud pleurait en faisant ses adieux. Qui oserait dire qu'elle n'est pas une artiste?. Je ne crois pas que ce soit les décrets qui les aient vexés, mais ils ont été blessés dans leur coeur, car ils étaient de la maison, depuis trente ans. Au sujet des rôles que j'y ai tenus, M. Baty a écrit que mon exemple était suffisant. Si on m'avait fait jouer ce qui me convient, j'aurais pu interpréter de très belles pièces. Je devais jouer «les Affaires, sont les Affaires», mais on m'a dit: " Ah ! Si l'on se remet à jouer de vieilles pièces comme ça ! ". j'étais engagé pour en jouer deux par an. La première année, j'ai joué «Le bourgeois gentilhomme» la seconde année «Le malade imaginaire» et «l'Anglais tel qu'on le parle», et la troisième, je n'ai pas joué à cause de mon accident. Voulez-vous savoir quels sont les deux films que j'ai le mieux sentis? «La Femme du boulanger» et «Théodore et Compagnie», chacun dans un genre différent. Quand j'étais jeune et que je disais que je voulais faire du théâtre, mon père criai à ma mère: ‘Ton fils finira au bagne !’ Et me voici comme un forcat, avec deux boulets aux pieds qui sont des béquilles. Avec cette jambe malade, je me complais dans des souvenirs et je me rappelle le temps où, à Toulouse, en 1906, je gagnais 60 francs par jour et dépensais 4 francs quotidiennement pour le restaurant et la chambre !" | |||||||||||
l'Éloge funèbre …L'Adieu de Marcel Pagnol à Raimu: On ne peut pas faire un discours sur la tombe d'un père, d'un frère ou d'un fils. Tu étais pour mois les trois à la fois. Je ne parlerai pas sur ta tombe. D'ailleurs, je n'ai jamais su parler, car c'était Raimu qui parlait pour moi. Tu es aujourd'hui muet pour toujours. Ta grande et pathétique voix s'est tue et mon chagrin fait mon silence. Devant Delmont, qui pleurait sans savoir, Jean Gabin a croisé tes mains sur ta poitrine. J'ai pieusement noué le papillon de ta cravate, et tous ceux de notre métier sont venus te saluer. Longuement, nous avons médité devant cette lourde statue de toi-même. Nous avons découvert ce masque si noble que la vie nous avait caché. Pour la première fois, tu ne riais pas, tu ne criais pas, tu ne haussais pas tes larges épaules. Et pourtant tu n'avais jamais tenu autant de place, et cette présence de marbre nous écrasait par ton absence. Alors, nous avons su qui tu étais. Des journalistes, des cinéastes arrivaient par-dessus les frontières. Tu n'étais que notre ami. Tu prenais sous nos yeux ta place brusquement agrandie. Et puis, il est venu des hommes qui ont enfermé dans un coffre énorme tant de cris, tant de rires, tant d'émotions, tant de génie. Par bonheur, il nous reste des films, qui gardent ton reflet terrestre, le poids de ta démarche, l'orgue de ta voix. Ainsi, tu es mort, mais tu n'as pas disparu. Tu vas jouer ce soir dans trente salles, et des foules vont rire ou pleurer ! Tu exerces toujours ton art, tu continues à faire ton métier. Je mesure aujourd'hui toute la reconnaissance que nous devons à la lampe magique qui rallume les génies éteints, qui refait danser les danseuses mortes et qui rend à notre tendresse le sourire des amis perdus." | |||||||||||
DocumentsSources: Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine. Note: Un dossier plus conséquent, consacré à Jules Raimu, sera mis prochaînement en ligne. Visitez régulièrement cette page. Merci. (cliquez sur les icônes / click on the thumbmails) ©Christian Grenier, octobre 2004(Ed.4.5.1: 28-8-2008) |