'la Couronne de fer' (1941)
la petite ville de Fontana Liri
Famille, enfance et prime jeunesse …

Marcello Mastroianni est né le 28-9-1924, à Fontana Liri, petite ville italienne. Il est de la même souche familiale que le sculpteur renommé Domenico Mastroianni et son fils dessinateur, Alberto.

Son père, Ottone, aide chimiste, est renvoyé de son usine pour opinions anti-fascistes. Rappelons-nous que l'Italie est dirigée par Benito Mussolini depuis 1921.

La famille s'installe à Turin, puis à Rome où Ottone monte une petite entreprise d'ébénisterie. Marcello a cinq ans, en 1929, lorsque naît son frère cadet Ruggero, futur monteur de cinéma, qui travaillera notamment avec Federico Fellini, ainsi que sur de nombreux films interprétés par son frère.

A quatorze ans, le petit Marcello fréquente le fils de la famille Di Mauro qui possède une cantine dans Cinecittà, le Hollywood italien. Pour entrer la la cité merveilleuse, il faut avoir un bon de figuration, que lui procure son ami. Marcello obtient ainsi une figuration dans un film du grand réalisateur italien Carmine Gallone, «Marionettes» (1938). Son ambition est assez terre à terre: "Courir derrière un quignon de pain".

Les figurations se renouvellent. Tout d'abord dans «la Corona di Ferro» d' Alessandro Blasetti, avec la grande Luisa FeridaLuisa Ferida. le jeune figurant se montre également très impressionné par Assia NorrisAssia Norris, vedette de «una Storia d'Amore» de Mario Camerini (1943), pourtant bien oubliée aujourd'hui. Il harcèle régulièrement le réalisateur Vittorio De SicaVittorio De Sica, qui finit par lui concéder une apparition dans «I Bambini ci Guardano» (1943).

Ses études d'architecture terminées, le jeune homme est engagé à l'Institut Géographique Militaire de Firenze où la défaite italienne le surprend. Envoyé dans un camp d'internement en Allemagne, il s'évade pour se réfugier à Venise.

Luchino Visconti
Luchino Visconti et le théâtre …

A la fin de la guerre, comptable dans une succursale de la compagnie cinématographique britannique Eagle Lion Film, il étudie parallèlement l'art dramatique au Centre Universitaire de Rome.

Apparaissant en 1947 au générique de «I Miserabili / l'Evadé du Bagne», dont la vedette est Gino Cervi, Marcello renoue avec le cinéma d'une manière plus gratifiante. Il est remarqué par l'administrateur de la troupe théâtrale dirigée par Luchino Visconti et fait, en 1948, ses débuts sous la direction du grand maître dans la pièce de Shakespeare, «Comme il vous Plaira»

Les pièces et les succès se multiplient: «Un tramway Nommé Désir», «Troïlus et Cressida», «Mort d'un Commis Voyageur», «Oreste», «Oncle Vania», «les Trois Sœurs», etc. Il dira plus tard: "Visconti m'a appris à ne pas être cabotin, une chose que tant de bons comédiens ne comprennent pas". Les oreilles de Sordi auraient-elles dû siffler ?

Le 12-8-1950, Marcello Mastroianni épouse, pour le meilleur ou pour le pire, en tout cas pour la vie puisque nous sommes en Italie, Flora Carabella, qui lui donnera une fille, Barbara (2-12-1951).

Marcello jeune
affichette belge
Premiers grands rôles au cinéma …

La notoriété théâtrale de Mastroianni lui vaut d'être de plus en plus souvent sollicité par le monde du cinéma. Il collabore notamment avec Luciano Emmer, dont le film «Una Domenica d'Agosto / un Dimanche d'Août» connaît, en 1950, un succès international. Il tournera à cinq reprises avec ce réalisateur, notamment dans «il Bigamo / le Bigame» en 1956.

      Autre collaboration fructueuse, celle qu'il entretient avec Mario Monicelli. Entamée en 1956 avec «Padri e Figli / Pères et Fils», elle se poursuivra pendant sept films, dont les fameux «I Soliti Ignoti / le Pigeon» et «I Compagni / les Camarades», en 1963, qui demeurera l'un de ses films préférés, malgré son accueil plutôt tiède par le public.

Enfin, il faut mentionner le travail que Mastroianni fit avec Alessandro BlasettiAlessandro Blasetti. En 1953, «Tempi Nostri», leur premier film en commun, permet à Mastroianni et Sophia Loren (ici dans «Ieri, Oggi, Domani / Hier, Aujourd'hui et Demain») de figurer au générique d'un même film, bien que les intéressés ne participent pas au même sketch. En fait, il s'étaient déjà rencontrés en 1949, sur le plateau de «Cuori sul Mare / les Mousquetaires de la Mer»" alors que la jeune figurante s'appelait encore Sofia Scilicone. Mais c'est dans «Peccato Che Sia una Canaglia / Dommage que tu Sois une Canaille» que se forme véritablement le couple Mastroianni / Loren. Merveilleuse comédie dans laquelle Vittorio De Sica encadre les jeunes acteurs avec beaucoup d'exubérance. Couple mythique du cinéma italien aussi célèbre que Astaire et Rogers à Hollywood, Mastroainni et Loren se retrouveront à de nombreuses reprises, et surtout dans ce chef d'œuvre d'Ettore Scola que sera «Una Giornata Particolare / une Journée Particulère», en 1977.

Marcello Mastroianni et Federico Fellini

En 1957, la collaboration théâtrale avec Visconti aboutit au rôle cinématographique que le réalisateur lui offre dans «Notte Bianchi / Nuits Blanches», un film inspiré d'une nouvelle de Dostoievski.

Mastroianni envisage alors de fonder sa propre troupe. Il demande à Visconti de mettre en scène une oeuvre de Tchekov, «Platonov», et obtient l'accord de Valentina Cortese pour l'interprétation. Mais le grand metteur en scène italien Federico FelliniFederico Fellini, tout auréolé des succès que furent «la Strada» et «les Nuits de Cabiria», fait appel à lui pour tenir le rôle principal de «la Dolce Vita». Peut-on abandonner Visconti pour Fellini?

Marcello fait son choix. Professionnellement, il n'eut pas à le regretter. «La Dolce Vita» marque un tournant important dans la carrière de Marcello, qui devient rapidement une vedette internationale. Les Américains font de lui le prototype du Latin Lover, une image contre laquelle il se révoltera jusqu'à la fin de ses jours.

Pour casser ce personnage que les producteurs et le public attendent de lui après «la Dolce Vita», Mastroianni accepte de jouer un impuissant dans «Il Bell' Antonio / le Bel Antonio» (1960) et un cocu dans «Divorzio all' Italiana / Divorce à l'Italienne» (1961), avant de retrouver Fellini pour «Otto e Mezzo / Huit et Demi» (1962), qui demeurera son film préféré.

Les années soixante, marquées par la première collaboration de Mastroianni avec Marco FerreriMarco Ferreri pour un film à sketch - «Oggi, Domani et Doppo Domani», dont l'épisode se transformera en une oeuvre indépendante et sera distribuée sous le titre «l'Uomo dei Cinque Palloni / Break up» - se terminent par deux oeuvres de De Sica, «Gli Amanti / le Temps des Amants» (1968) - un film qu'il n'aima pas mais dont il aima la vedette principale - et «I Girasoli / les Fleurs du Soleil» (1969) avec Sophia Loren.

L'acteur apparaît également sur scène dans la comédie musicale «Ciao Rudy».

Chiara et Marcello
Marcello Mastroianni et Catherine Deneuve
L'âge d'or de la comédie italienne …

En 1970, Marcello s'expatrie en Angleterre pour tourner le film de John Boorman, «Leo the Last», qui ne fit pas de grosses recettes. Il enchaîne avec «Ca n'arrive qu'aux autres» de Nadine Trintignant, saisissant l'occasion de faire la connaissance et la conquête de la resplendissante actrice française Catherine Deneuve.

Le couple interprète l'étrange film de Marco Ferreri, «La Cagna / Liza» (1972) avant de se retrouver dans «L'Evénement le Plus Important depuis que l'Homme a Marché sur la Lune» (1973) de Jacques Demy: un Latin Lover enceint! Pourtant, c'est bien sa compagne qui met au monde, le 28-5-1972, la charmante Chiara, futur mannequin et actrice. Le couple se sépare en 1974.

Les années soixante-dix marquent l'aboutissement de ce que l'on a coutume d'appeler la Comédie Italienne. Comédie douce-amère dans ses meilleures oeuvres, et dont les maîtres font appel à Marcello Mastroianni: Dino Risi («la Moglie del Prete» en 1970), Luigi Comencini («La Donna della Domenica / La Femme du Dimanche» en 1975), Mauro Bolognini («Per le Antiche Scale / Vertiges» en 1975), Ettore Scola («Drama della Gelosia / Drame de la Jalousie», qui lui vaut le prix de la meilleure interprétation au festival de Cannes 1970"), Steno («Doppio Delitto / Enquête à l'Italienne» en 1977)...  Sans oublier l'ami Ferreri qui fait de Mastroianni l'un des quatre protagonistes suicidaires de «La Grande Bouffe» (1973) et un général Custer bouffon et ridicule dans «Touche pas à la Femme Blanche» (1974).

'Ginger & Fred' (1985)

Vingt ans après «La Dolce Vita», l'acteur retrouve l'univers de Fellini dans «la Cita delle Donna / la Cité des Femmes» (1980), peut-être inspiré d'un fait divers vécu par Marcello dans sa jeunesse, alors que, passager d'un train, il fut embrassé dans un tunnel par une inconnue, disparue avant le retour à la lumière.

Fellini encore, pour «Ginger et Fred», avec Giulietta Masina (1985), et «Intervista» (1987), retrouvant à cette occasion Anita Ekberg.

Mastroianni ralentit enfin son rythme de travail et choisit davantage ses metteurs en scène. Ettore Scola nous le montre en Casanova vieillissant dans «la Nuit de Varennes» (1982) et Luciano Tovoli en général italien dans «le Général de l'Armée Morte» (1983). Il retrouve également Vittorio Gassman pour «I Soliti Ignoti Vent' Anni Doppo / le Pigeon Vingt Ans Après» (1986), sans doute une escapade alimentaire, tandis que son interprétation dans «Oci Ciornie / les yeux Noirs» (1986) lui vaut sa deuxième récompense cannoise.

La fin de carrière sera belle, avec «Splendor» (1989), qui raconte la fin d'un cinéma d'un petit village italien et encore Scola dans «Che Ora E? / Quelle Heure est-il?» (1989). Théo Angelopoulos l'appelle pour «le Pas Suspendu de la Cigogne» (1991), Antonioni pour son ultime réalisation "«Par Delà des Nuages»" (1995). Enfin, le cinéma français lui rend en hommage en lui attribuant, en 1993, un César d'Honneur pour l'ensemble de sa carrière.

Ses deux derniers films seront mis en scène par des réalisateurs sud-américains, «Trois Vies et une Seule Mort» de Raul Ruiz (1995) et «Viagem ao Principo do Mundo / Voyage au Début du Monde» (1996) par le nonagénaire Manuel de Oliveira qui n'en finit pas de l'étonner (et nous aussi, puisqu'en 2004, il préparait encore un nouveau film !).

En 1996, sa dernière compagne, Anna Maria Tato, lui consacre un documentaire biographique, «Mi ricordo, sì, io mi ricordo / Je me souviens, oui, je me souviens …».

Oublions avec lui sa tentative américaine, «Used People / Quatre New-yorkaises» (1992), dont il ne garde pas un bon souvenir. Malgré les ponts d'or offerts par Hollywood, notamment dans les années soixante, notre homme avait toujours refusé de travailler outre Atlantique. Il n'a pas voulu mourir idiot: il a su à quel point il avait eu raison.

Car, atteint d'un cancer du pancréas, le Latin non Lover est mort à Paris - une ville où il habita une bonne partie de sa vie - le 19-12-1996. Son épouse légitime, mais aussi Catherine Deneuve et leur fille Chiara, sont venues lui dire un dernier adieu.

Documents

Sources : Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Marcello Mastroianni : "Mes amis me disent qu'ils voudraient mourir en été, sous la caresse d'un dernier rayon de soleil venu, par la fenêtre, les réchauffer. Moi non. Je voudrais partir à Noël, avec un grand sapin illuminé au milieu de la pièce."

© Christian Grenier, juillet 2004