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Claudia CARDINALE (1938)

Claudia Cardinale

"Je m’appelle Vénus, j’ai 19 ans, on dit que je ne sais pas causer, mais je danse, je vole, je vis …"

C’est par ces quelques mots qu’un soir, je vous ai découverte, chère Claudia Cardinale. Vous étiez habillée d’une robe rouge,vous portiez un foulard noué dans les cheveux, et vous dansiez, vous dansiez pour les beaux yeux de Jean-Paul Belmondo, ou plus exactement ceux de Cartouche.

Admiratif, je vous regardais avec ces mêmes yeux. Depuis, je vous ai suivie partout, sur le grand comme sur le petit écran, dansant avec Burt Lancaster, faisant le coup de poing avec Brigitte Bardot, sabrant le champagne avec Lino Ventura , valsant avec Richard Berry, chantant et riant sans retenue.

Aussi, c'est avec bonheur que je propose aux visiteurs de L'Encinémathèque de revivre votre parcours, itinéraire d’une femme de son époque, d’une star internationale, placé sous le signe de cette bonne étoile qui vous a toujours montré le chemin.

Cédric Le Bailly

F38 - Claudia Cardinale, une route semée d'étoiles …

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Une étoile est née …

Sous le ciel de Tunis, le 15 avril 1938, la petite Claude Joséphine Rose Cardinale voit le jour, pour le plus grand plaisir de ses parents, Yolande et François. Si ses grands-parents sont originaires de Sicile, ses parents sont nés en Tunisie, protectorat français. C’est donc tout naturellement qu’ils élèvent cette petite fille au sein d’une culture française, dans leur maison de la rue de Marseille.

Claude est bientôt rejointe par Blanche, Bruno et Adrien, quatre bambins heureux de vivre au soleil et gardés à l’écart des combats qui font rage non loin de là, grâce à l’amour que leur donne Yolande. François, ingénieur des chemins de fer, se montre plus sévère. Les seules sorties en famille sont pour aller au concert, "et surtout pas au cinéma !". Claude a tout d’un garçon manqué : une voix rauque qu’elle n’aime pas trop, une prédisposition à jouer du coup de poing avec les garçons. À l’école, elle se montre une élève studieuse. Dans sa classe du collège Paul-Cambon, elle rêve de devenir institutrice dans le désert pour pouvoir, le soir venu, contempler le ciel rempli d’étoiles …

L'étoile du destin

En 1953, René VautierRené Vautier arrive en Tunisie pour réaliser un documentaire, «Anneaux d'or». Il a besoin de figurantes. Claude est choisie avec plusieurs camarades. Au delà de ces quelques scènes, elle jouit du plaisir de pouvoir accomplir quelque chose de différent, de nouveau. Dans la dernière scène du film, les filles doivent regarder les marins partir en mer, une brise légère venant soulever le voile de Claude. Tandis que René Vautier s’envole avec ses rushs pour finaliser le montage de son court métrage, Claude, reprend le chemin du collège.

A la sortie du lycée, elle fait la connaissance de Jacques Baratier, réalisateur, et d’Omar SharifOmar Sharif, jeune vedette égyptienne. Ce dernier, qui a remarqué la jeune fille dans le film de Vautier, veut absolument que le réalisateur lui confie un rôle dans son nouveau long-métrage, «Goha, le simple».

Hélas, parallèlement à cette nouvelle expérience, Claude traverse un cauchemar : celui que lui impose un homme qui la poursuit en voiture, l’entraînant contre sa volonté, pour abuser d’elle. Claude ne sait pas quoi faire, elle ne veut en parler à personne, se sentant humiliée, salie, meurtrie de n’avoir pas pu, de n’avoir pas su se défendre. Comment avouer à 16 ans que l’on vient de se faire violer ? Alors, désemparée, elle se tait…

 Une étoile dans la lumière …

Yolande a pris la responsabilité d'un concours destiné à élire la plus belle Italienne de Tunisie. Venue faire la curieuse et aider sa maman, Claude se voit interpellée : "La plus belle Italienne de Tunisie n’est pas sur l’estrade !". Sans bien comprendre ce qui se passe, la voilà poussée sur la scène, élue ! Le prix consiste en un voyage à Venise, dans le cadre du festival international du cinéma. Pour son baptême de l’air, Claude est accompagnée de sa maman. A Venise, loin d’être triste en cet été 1957, Claude fait sensation. Dans ses valises, elle a emporté le maillot tunisien deux pièces que l’Italie n’a pas encore adopté. Sa beauté, son naturel sont remarqués par tous. Pourtant à la fin du séjour, mère et fille regagnent Tunis.

Ici, le cauchemar recommence. Soumise à la violence de l'homme, Claude se résigne à n’être plus qu’un corps entre ses mains. Mais tout va changer car elle attend désormais un enfant. Et quand l’homme décide qu’elle ne doit pas le garder, après des mois de soumission, elle arrive enfin à lui dire non. La perspective de donner la vie vient la sauver de cette emprise. Mais si elle parvient à parler de son état avec sa sœur Blanche, elle ne peut encore l’avouer à ses parents.

A ce moment, le cinéma italien la réclame, lui offrant un contrat de cinq ans. Elle se retrouve donc à Rome, au début de l’année 1958, où pendant 7 mois elle va réussir à cacher sa grossesse. Sept mois pendant lesquels elle va tourner 3 films, dont «Le pigeon» avec Vittorio Gassman et Marcello Mastroianni. Des petits rôles, certes, mais elle commence à être un visage que l’on reconnaît. Inexorablement arrive le moment où elle ne peut plus cacher son état. Elle va trouver son producteur, Franco CristaldiFranco Cristaldi, qui comprend vite la situation, dramatique pour Yolande et François. Cristaldi envoie sa protégée en Angleterre, sous le prétexte d’apprendre l’anglais pour un nouveau film. Ainsi, loin de la presse italienne qui ne supporterait pas qu’une de ses jeunes starlettes soit fille mère, Claude va donner naissance, à Londres, à son petit Patrick (19 octobre 1958). Sous les doux yeux de l'enfant, Yolande et François tombent sous le charme. Mais, à la demande de Cristaldi qui ne songe qu'à l'avenir de sa carrière, l'actrice devra cacher la vérité : aux yeux du monde, Patrick sera son petit frère.

Quand une étoile devient Star …

De retour à Rome pour de nouveaux rôles, Claude devient Claudia. Sous la direction de Pietro Germi, elle tourne «Meurtre à l’italienne» (1959), prenant peu à peu confiance en elle.

En 1960, le cinéma italien est à son zénith. Claudia tourne pour et avec les plus grands. Ainsi, elle retrouve Marcello Mastroiani dans «Le bel Antonio» (1960), de Mauro Bolognini. Sur le plateau, elle reste toujours le garçon manqué qu’elle a toujours été, revêche à toutes les tentatives de séduction de l’acteur. A la faveur d’un second rôle dans le film de Luchino Visconti, «Rocco et ses frères» (1960) , elle fait la connaissance d’Alain Delon; l’entente est merveilleuse entre ces deux fauves.

Tourjours pour Bolognini, elle enchaîne avec «La viaccia» (1961), un de ses films préférés, croisant un Jean-Paul Belmondo en pleine “campagne d’Italie”. «La fille à la valise» de Valerio Zurlini (1961), la propulse pour la première fois en tête d’affiche. Tenant ce drame sur ses épaules, elle est Aïda, à la fois tendre, ambitieuse, superbe et seule, un rôle fort qui la fait entrer dans la catégorie des stars, à l’égal d'une Gina ou d'une Sophia.

Elle tourne sans arrêt, enchaînant film sur film. Les rares moments passés en famille se vivent comme des heures de paix et de calme. Elle est heureuse de pouvoir, grâce à son travail, subvenir aux besoins de tous ceux qu’elle aime. Tandis que son petit “Pit” fait ses premiers pas, Claudia marche vers le succès …

C.C. à la conquête de la France …

En 1963, Luchino Visconti fait de nouveau appel à Claudia pour «Le guépard», avec Burt Lancaster et Alain Delon. Prêts à se surpasser pour leur réalisateur, les trois acteurs contribuent à faire de ce film une œuvre éternelle. Pendant qu’elle tourne de nuit avec Visconti, elle travaille dans la journée sur le plateau de «Huit et demi». A la demande de Fellini, pour la première fois, Claudia n’est pas doublée; cette voix qu’elle n’a jamais aimée séduit aussitôt les spectateurs qui plébiscitent les deux films.

La presse française présente l'actrice comme la rivale transalpine de B.B. Claudia devient donc C.C. et le cinéma hexagonal lui fait déjà les yeux doux. Après Henri Verneuil et «Les lions sont lâchés» (1961), Philippe de Broca réunit le couple de «La viaccia» dans une aventure de cape et d’épée, «Cartouche» (1962). Jean-Paul Belmondo ne tarit pas d’éloge sur sa partenaire : "Elle est saine, gaie et franche comme l’or". Celle-ci s’amuse, danse, séduit, se bat jusqu’au dénouement final.
… et d’Hollywood

Claudia Cardinale brille désormais au firmament des stars européennes. Si elle gagne bien sa vie, elle ne cherche pourtant jamais à se noyer dans le luxe. Elle reste toujours simple et disponible pour ceux qu’elle aime, gardant au cœur la chaleur et la bienveillance coutumière aux Tunisiens.              

Le réalisateur Blake Edwards la choisit pour interpréter la princesse indienne de son futur long-métrage. Comment résister à cet appel Hollywoodien, d'autant plus que le tournage se déroulera à Cinecitta. C’est ainsi que Miss Cardinale se retrouve en compagnie de Peter Sellers et de David Niven pour «La panthère rose» (1964), aux périgrinations planétaires.

En Espagne, elle enchaîne avec «Le plus grand cirque du monde» (1964) , incarnant la fille de Rita Hayworth et de John Wayne. Rita avoue un jour à la jeune actrice : "Moi aussi, j’ai été belle …", compliment piqué d’amertume qui fait fondre en larmes les deux femmes. Claudia n’hésite pas à exécuter ses propres cascades, bien qu’elle souffrit du vertige. Le “Duke” viendra la féliciter : "T’es un vrai mec !", phrase qui l'aura ravi. Avec «Les yeux Bandés» (1965), tourné en terre américaine, elle fait la connaissance de Rock Hudson avec lequel se tissent bientôt des liens d’amitié inaltérables.

En 1966, elle se retrouve au générique d’un western, entourée de son ami Burt Lancaster, de Lee Marvin et de Robert Ryan, impressionnant ses partenaires tant par son naturel que par ses qualités d’actrice. «Les professionnels» demeure, à son point de vue, son meilleur film américain.

Il était une fois Claudia …

Claudia Cardinale a 28 ans. Son producteur Franco Cristaldi veille sur elle avec tendresse. Aux trois mots que vient de prononcer son mentor, "On se marie ?", presque inconsciemment, Claudia répond "Oui". Elle sent que le moment est venu d’avouer la vérité à Patrick, qui a maintenant huit ans. Ils peuvent désormais se serrer dans les bras sans retenue, comme elle en a toujours rêvé. L'enfant n’ira plus en pension mais vivra chez elle, à Rome, entouré de sa famille.

De Rome au désert d’Alméria, il n’y a qu’un pas que Claudia franchit pour le bonheur de Sergio Leone, de Charles Bronson et d’Henry Fonda. Le réalisateur lui confie le premier rôle féminin de son nouveau western. Sur un thème magnifique composé par Ennio Morricone, l'actrice exprime toute la force, tout le désarroi de Jill. «Il était une fois dans l’Ouest» (1968) connaît un succès mondial et intemporel. l'actrice est alors à son apogée; on l’aime pour son talent, pour sa beauté, sa gentillesse.

Quand C.C. rencontre B.B

Enchaînant les succès, la voici à l'affiche d'un nouveau western, cette fois placé sous le signe de l’humour, «Les pétroleuses», où elle rivalise avec son idole, Brigitte Bardot. Les journalistes qui attendent une explosion en sont pour leurs frais, même si le film connaît des débuts de tournage laborieux, Guy Casaril étant rapidement remplacé par ce vieux renard de Christian Jaque. Malgré un scénario assez faible, celui-ci impose un certain souffle, l’abattage de deux stars faisant le reste. Poussée par C.C., B.B. réalise également ses propres cascades. En France, plus de deux millions de spectateurs se ruent dans les salles pour admirer la rencontre des deux “sex symbol”. Nouvelle expérience, Claudia Cardinale interprète la chanson du film, «La femme dans la prairie». Sa voix rauque et sensuelle inonde les ondes.

L’amour et le désert …

Le réalisateur Pasquale SquitieriPasquale Squitieri ne voulait pas d’une star pour son nouveau film, «Lucia et les gouapes» (1973) . Mais Claudia tombe aussitôt sous son charme. Elle fait tout pour séduire Pasquale. Sur le plateau, l'actrice et son metteur en scène ne cachent pas leur amour. Le tournage achevé, Pasquale part pour New York. Toujours mariée à Franco qui tient sa carrière en main,, Claudia décide soudain de tout quitter pour suivre son instinct, rejoindre son amour, refaire sa vie. Ensemble, les deux amants traversent les Etats-Unis en bus, avant de rentrer à Rome.

Après quelques films dont les contrats étaient déjà signés, Claudia se retrouve sans tournage, plus personne ne voulant travailler avec elle. Le monde du cinéma italien ne veut pas se fâcher avec Cristaldi. Le prix de l’amour est difficile à payer, mais la jeune femme ne cède pas. Elle vend sa maison et s’installe dans un petit appartement.

Au terme de deux années de quarantaine, Franco Zeffirelli, lui propose enfin le rôle de Marie Madeleine dans «Jésus de Nazareth» (1976). Le tournage s'effectue dans sa Tunisie natale qu’elle est si heureuse de faire découvrir à Pasquale et à Patrick. Son interprétation saluée, les propositions reviennent. Elle partage ce bonheur avec Pasquale puisqu’ils tournent ensemble «L’affaire Mori» et «Corleone» (1977). A nouveau présente sur les sommets cinématographiques, Claudia l’est tout autant sur les crêtes des hit-parades avec plusieurs titres disco : «Love Affair», «Do it Claudia», etc. Pour parfaire ses heures bleues, Patrick lui offre la joie d’être grand-mère d’une petite Lucille. A 41 ans, femme comblée, elle devient pour la deuxième fois maman, en avril 1979, d'une petite …Claudia !

A l’aventure …

Prête à relever de nouveaux défis, elle s'envole pour le Pérou en compagnie du réalisateur Werner Herzog et de ses partenaires, Jason Robards et Mick Jagger, pour «Fitzcarraldo» (1981) . L’ambiance est tendue et l’environnement de la jungle péruvienne n’arrange rien. Avec son caractère de garçon manqué, Claudia trouve rapidement sa place. Mais, au bout de quelques semaines, Jason Robards tombe gravement malade et Mick Jagger ne peut poursuivre un tournage qui prend trop de retard. Contraint de refaire son film avec d’autres acteurs, le réalisateur fait appel à Klaus Kinski. Les rapports conflictuels qui règnent entre les deux hommes sont légendaires. Herzog tient bon dans la tempête et le film voit enfin le jour. Présenté à Cannes, il est honoré du prix de la mise en scène. Présente, Claudia se montre très fière d’avoir eu la chance de vivre cette expérience.

Au Canada, elle participe au film d’aventures réalisé par son ami José Giovanni, «Le ruffian» (1982) . Lino Ventura, qui vient de perdre sa maman, se montre d’une grande tendresse envers Yolande, venue à Montréal accompagner sa fille. Humour, tendresse, suspens, action … un cocktail qui ravit chez nous plus de 3 millions de spectateurs.

Pour Luigi Comencini, l'actrice accepte de se métamorphoser en vieille institutrice dans «La storia» (1986), un de ses "rôles les plus dramatiques". Vers la fin des années 80, si Pasquale reste à Rome, son épouse décide de s’installer à Paris, éloignement qui n’entache en rien leur amour.
Amusez-vous !

En 1990, Henri Verneuil la réclame pour incarner sa maman, sa «Mayrig». Omar Sharif sera le papa, dans un diptyque complété par «588 rue Paradis». Avec Verneuil, elle retrouve toute la chaleur méditerranéenne qu’elle aime tant.

En 1993, à Venise, elle est gratifiée d'un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière.

Au milieu des années 90, elle se décide à écrire un livre de souvenirs, «Moi Claudia, toi Claudia». Mais, davantage intéressée par le présent et l'avenir, elle devient ambassadrice de bonne volonté auprès de l’Unesco.

Le cinéma lui offre toujours de belles rencontres : Roberto Begnini pour «Le fils de la panthère rose» (1993), Ferid Boughedir pour «Un été à la Goulette» (1995) , ou encore Claude Lelouch pour «And Now, Ladies and Gentlemen» (2001) .

Faisant preuve de persévérance, Pasquale parvient, au début du nouveau siècle, à faire monter son épouse sur les planches du théâtre du Rond Point pour «La Venexiana». Encouragée par son succès, l'actrice se découvre, à 62 ans, une nouvelle passion. En 2002, son mari la redistribue dans la pièce de Pirandello, «Comme tu me veux», qui leur vaut un triomphe dans toute la péninsule.

Nullement au terme de ce parcours éblouissant, la petite fille de Tunis continue encore et toujours à vivre avec passion, partagée dorénavant avec une nouvelle génération de comédiens : Alexandra Lamy dans «Cherche fiancé tous frais payés» (2007) , Jean Dujardin dans «Un balcon sur la mer», à suivre.

Vénus le disait à Cartouche, "Amuse-toi ! ça empêche de mourir !"

Documents

Sources : «Mes étoiles» de Claudia Cardinale, aux éditions Michel Lafont, «Ma Tunisie» de Claudia Cardinale, aux éditions Timée, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Rappelons également que Marlène Pilaete a consacré une page à Claudia Cardinale dans sa galerie N°7.

Claudia Cardinale : "Je suis tunisienne, française et italienne, j'ai toujours aimé voyager, partir à la rencontre d'autres cultures. Moi aussi, je suis une nomade. Une nomade qui a choisi de ne pas oublier ses racines"

© Cédric Le Bailly, février 2010
(Ed.6.3.2 : 12-12-2013)