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Annie Girardot (1931 / 2011)

Annie Girardot

Pourquoi le taire, je n'ai jamais été un grand fan d'Annie Girardot lorsque, dans les années '70, elle surfait sur les sommets de sa popularité. Ses qualités dramatiques n'étaient pas en cause mais, quand on a du talent, il ne me paraissait pas insurmontable d'émouvoir le public en incarnant Gabrielle Russier ou Françoise Gailland.

Bien sûr, une actrice de ce calibre ne pouvait pas nous laisser indifférents. Armé de trois ouvrages et de quelques articles de presse, je me suis attelé à faire sa connaissance. J'ai notamment dévoré son autobiographie, «Partir, revenir, les passions vives» (2003); cet ouvrage m'a bouleversé.

D'une plume précise, intelligente, incisive, elle charcute son passé sous les yeux du lecteur, nous fait partager ses succès, tente d'exorciser ses échecs. Derrière l'actrice apparaît la femme que j'ignorais : j'ai compris pourquoi Gabrielle, j'ai compris pourquoi Françoise … J'avais oublié que, derrière les jeux d'ombres et de lumières, se cachent toujours des êtres de chair et de sang.

Il n'est jamais trop tard pour remettre sa veste du bon côté. Alors, comme vous le criez à longueur de pages à ces statues auxquelles vous n'avez pas su parler quand il le fallait, je vous le déclare très humblement: "Annie, je t'aime … Excuse-moi, je suis un con !"

Christian Grenier

F33 - Annie Girardot, "vivre d'aimer " …

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L'absence …

Annie Girardot naît à Paris, le 25-10-1931. Sa mère, Raymonde, secrétaire,  élève seule la fillette et son frère, Jeanjean, de cinq ans plus âgé.

Auguste, le père d’origine belge, relève d’une grande famille bourgeoise. Marié par ailleurs, il ne la reconnaît pas et décède dans la deuxième année d’Annie, qui n’affrontera ses origines que la quarantaine échue.

Ne pouvant désormais compter que sur elle-même, Raymonde entreprend de devenir sage-femme. Confiée, à deux ans, à un médecin et son épouse, Annie regarde avec amusement ses parent adoptifs qui veulent la garder. Mais, quatre ans plus tard, maman, employée à la maternité de Bénouville, parvient à récupérer son enfant. Commencent alors les nuits de solitude, lorsque la téléphone réclame d'urgence la parturiente. Dans cette ignorance du père et l'immensité du grand lit trop souvent vide se construit déjà la femme qu'elle sera demain …

En attendant, la jeune fille assiste, depuis les falaises du plateau de Mondeville, au débarquement allié en Normandie. Réfugiées dans les grottes du plateau de Colombelle, mère et fille y croisent le petit Michel Hidalgo, avant d’entamer un exode qui les conduit jusqu’à Paris.

Après la guerre, au lycée "Hélène Boucher", l'adolescente poursuit ses études jusqu’au baccalauréat. Comme beaucoup d’enfants imprégnés de leur environnement familial, elle prépare alors un diplôme d’infirmière, mais ressent déjà les premiers spasmes de sa vocation d’actrice.

Re - naissance …

Encouragée par sa mère et son compagnon, Aimé Peretti, Annie reçoit ses premières leçons de théâtre auprès du comédien Henri BoscHenri Bosc (le “mari” de la Belle ferronière dans le «François Premier» de Christian-Jaque).

En 1949 (1-4-1949), elle entre à l’école de la Rue Blanche. Elève au Conservatoire de Paris, en 1952, classe de Henri RollanHenri Rollan, elle chante et lève la jambe au cabaret La Rose Rouge, sous le nom d’Annie Girard, se produit irrégulièrement au "Lapin agile", donne la réplique à Jean-Paul Belmondo sur un texte de Claudel et partage pour un temps la folie de la troupe des Branquignols.

En 1954, lauréate des deux premiers prix de comédie classique et moderne, elle entre à la Comédie Française où elle poursuit avec Molière un hyménée de quelques années.

Sous une étonnante chevelure blonde, elle apparaît pour la première fois au cinéma dans «Treize à table» (1955), un titre porte-bonheur …

Chez Molière …

Cantonnée dans son personnage de soubrette (la Comédie Française ne supporte pas les mésalliances), Annie Girardot est bien surprise lorsque Jean Cocteau la réclame pour la reprise de «La machine à écrire» (1956), avec Robert Hirsch. Retenue en même temps par Léo Joannon pour compromettre Pierre Fresnay dans «L’homme aux clefs d’or» - un rôle qui lui vaudra le prix Suzanne Bianchetti - , elle partage ses journées entre les sunlights de Monte Carlo et la scène de l’Odéon ! Le papa des «Enfants terribles» n’en a cure, qui déclare : "Annie Girardot a le plus beau tempérament dramatique de l’après guerre" (Pan sur "Molière"), la comparant à la grande Réjane !

A peine actrice et déjà garce, elle reçoit une jolie baffe administrée par un Gabin mauvais garçon («Le rouge est mis», 1957). Revenu dans le droit chemin sous le chapeau de Maigret, celui-ci ne se montre guère plus magnanime à l’égard des jolies femmes («Maigret tend un piège», 1957). Mais il ne s'agissait là que de rôles de composition, ne vous méprenez pas …

Hélas ! La Comédie n’est pas prêteuse et Madame Girardot doit choisir : devenir sociétaire (et abandonner sa liberté) ou quitter la Grande Maison. Alors ? Alors, finie la Comédie !

En tournée internationale avec la pièce d’Armand Salacrou, «Une femme trop honnête» (1957 / 1958), Annie Girardot croise la route algérienne d’un metteur en scène quarantenaire, Norbert Carbonneaux …

Luchino et ses frères …

Décidément très recherchée, Annie Girardot est appelée par Luchino Visconti pour donner la réplique à Jean Marais dans la mise en scène théâtrale de «Deux sur la balançoire» (1958). Le succès annonce déjà les retrouvailles de "Pourquoi ?" (surnom que lui prête le metteur en scène) et de Luchino. Parmi les nombreux spectateurs qui se succédent sur les fauteuils du Théâtre des Ambassadeurs, l’on a pu remarquer dame Edith. Piaf et Girardot : naissance d’une trop courte amitié …

Peu après, elle est appelée à Rome par le maître italien qui lui présente son futur partenaire, le jeune et déjà célèbre Renato Salvatori. C'est le coup de foudre: deux nuits, plus tard, déjà ...

Sur le tournage de «Rocco et ses frères», l'actrice fait une nouvelle rencontre qui donnera naissance à une éternelle amitié; Alain Delon, le héros et premier rôle. Le film sort en 1961. Vilipendé par la critique parisienne, mis au ban par les censeurs romains, il est à la fois le premier succès commercial de Visconti et le premier fleuron des grandes carrières de ces deux artistes.

Le travail reprend. De films en pièces, Annie s'épuise. Au grand dam de Marcel Achard, elle doit abandonner les représentations de «L'idiote» (1962), victime d'une extinction de voix. Les spécialistes repèrent des nodules sur les cordes vocales. Le théâtre parisien devra se passer de sa vedette pendant plusieurs années …

Annie et Renato ...

... ne se quittent plus. Le budget transport se voit grever de nombreux allers et retours entre Paris et Rome. Mélange d'amour et de crainte, de soumissions et de révoltes, de fusion et de partages, leur vie commune durera plus de 6 ans. Propriétaires d'un appartement parisien et d'un immeuble romain, le couple se marie à Paris (civilement) et à Rome (religieusement) le 6 janvier 1962, en prévenance de la naissance de Giulia, le 4 juillet de la même année …

Vivre pour vivre …

Tant qu'à passer la moitié de son temps en Italie, autant y travailler. Entre 1963 et 1966, Annie Girardot ne tourne pas moins de 7 films dans la péninsule. Ses «Camarades» se nomment Marcello Mastroianni et Renato Salvatori («I compagni», de Mario Monicelli, 1963, merveilleuse mais sombre histoire sur les rapports de classe, le déterminisme et la condition humaine), Ugo Tognazzi («La donna scimia», 1964, où elle interprète une femme à poils (!) déconcertante), Francisco Rabal («Les sorcières», dans le sketch réalisé par l'ami Visconti, sorti en 1967), etc.

Nudiste auprès de sa mère depuis l'âge de treize ans (elle a un jour l'occasion de rencontrer, sur une plage de l'Île du Levant, le couple Renaud/Barrault dans un appareil que l'on qualifie généralement de plus simple !), la jeune femme "revêt" sa tenue d'Eve pour la première fois à l'écran, sous les yeux étonnés de Bourvil, dans un sketch de Christian-Jaque pour le film «Guerres secrètes» (1965).

Le retour au théâtre se révèle décevant. «Après la chute» (1965), pièce écrite par Arthur Miller pour en finir avec Marilyn, est un fiasco. «Le jour de la tortue» (1965) ne tient que 20 représentations. «Seule dans le noir» (1966), qui vaudra pourtant un beau succès à Audrey Hepburn dans une adaptation cinématographique, ne “marche” mieux. Un journaliste la surnomme "Celle qui se trompe" …

Entre-temps, elle a rejoint à Los Angeles l'équipe de «Trois chambres à Manhattan" (1965), dirigée par Marcel Carné. De cette adaptation d'un roman de Georges Simenon, lé réalisateur tire une oeuvre qui lui vaut les railleries de la critique et la défection du public. La coupe Volpi de la meilleure actrice, n'est pas une consolation pour tout le monde: "Pour avoir su offrir un rare exemple de jeu clair et simple, en dépit des difficultés d'un scénario moderne banal et sans originalité".

Claude le bon, Jacques le fataliste …

Côté coeur, la déprime guette également. Les partages, déjà évoqués, ne remplissent pas le besoin d'amour. «Vivre pour vivre», c'est ce à quoi aspire Annie Girardot. C'est ce que lui offre Claude Lelouch (1967), dont les méthodes de travail, basées sur l'improvisation et les surprises, enchantent l'actrice. Comme le patient affaibli à la merci de son psychanalyste, elle s'ouvre à son réalisateur pour une parenthèse enchantée, sur laquelle des journalistes mal inspirés ne vont pas tarder à poser des points d'exclamation, puis de suspension ...

Annie Girardot retrouvera Claude Lelouch à plusieurs reprises: «Un homme qui me plaît» (1969), «Partir, revenir» (1985), «Il y a des jours et des Lunes» (1990), «Les misérables» (1994). Plus qu'un ami, plus qu'un ancien amant, un soutien permanent …

En 1968, sur le plateau de «La bande à Bonnot», elle donne la réplique à Jacques Brel, qu'elle admire depuis longtemps et qu'elle est allée applaudir à son dernier gala. Quelques mois plus tard, enfin libéré d'une fin d'amour toujours difficile, le chanteur débarque dans son appartement de la rue des Vosges ... Sans prévenir, comme le seront ses départs et ses retours, jusqu'à ce que, discret sur son état de santé, il aille achever sa “dissolution” dans une île lointaine en compagnie de son nouvel et dernier amour, Madly …

Mourir d'Aimer …

Si Cocteau lui a donné une silhouette, demandant à Alexandre de la raser pour «La machine à écrire», c'est Audiard qui l'ouvre à une nouvelle voie (voix?). Elle en a déjà livré les dialogues dans ses rencontres avec Jean Gabin ou Lino Ventura, mais le “petit cycliste” fait aujourd'hui d'elle un personnage délirant, volubile, faisant couler de sa bouche un flot de parole au rythme d'une rame de métro débouchant quai de la Rapée: «Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas... mais elle cause» (1969). Peu après, ravisée afin d'être plus efficace, «Elle cause plus, elle flingue !» (1972).

Cette parensenthèse légère n'a qu'un temps. Mai 68 a fait long feu. En 1969, Gabrielle Russier est condamnée à 12 mois de prison pour avoir aimé un de ses élèves, âgé de 16 ans. Rejetée par une société qui se veut libérée, la jeune institutrice se suicide au gaz. Eternel révolté judiciaire, André Cayatte s'empare du sujet pour réaliser «Mourir d'aimer» (1971), qu'immortalisera encore davantage une chanson de Charles Aznavour. Le film se tourne sous les réprobations, sort dans la tourmente, triomphe malgré les insultes. Truffaut écrit: «Ce film est une honte !» ... Gabrielle est devenue Annie, à moins que ce ne soit le contraire. Il y a des personnages qui vous accompagnent jusqu'à la mort …

La quarantaine échue vient l'heure des questions essentielles. Annie vit séparée de Renato; Giulia se partage entre ses deux parents: six mois à Paris, six mois à Rome …. En dépit de ses aventures, l'actrice mène une vie de «Vieille fille» (1971). Girardot et Noiret sur une même affiche, tournant le dos à leur bonheur, parce qu'ils n'osent pas lui faire face …

Sur le plateau de «Les feux de la chandeleur» (1971, un joli film sous-estimé), la comédienne rencontre Bernard Fresson avec qui elle s'engage dans une nouvelle liaison passionnée. Sur l'écran, l'affaire se concrétise par diverses collaborations: «Il n'y a pas de fumée sans feu» (1972), «Ursule et Grelu» (1974), «Le dernier baiser» (1977) ... Dans la vie, ils se le donneront peu après: Bernard est trop exigeant, trop entier. Quand il est en pétard, il ne connaît pas sa force …

Les coups de cinéma et ceux de la vie se mélangent. Et la gifle que Delon lui administre - à plusieurs reprises pour parfaire la scène - dans «Traitement de choc» (1972) lui laisse, outre une rougeur persistante, un arrière-goût de règlement de compte: Alain le machiste n'est-t-il pas l'ami du très italien Renato ?

Noëlle Loriot lui envoie par la poste un exemplaire de son roman, «Le cri» (1963), histoire de la lutte victorieuse d'une femme contre le cancer. Touchée, Girardot fonce. «Le Dr. Françoise Gailland» (1975) est l'image inversée du miroir contre lequel s'est jetée Gabrielle Russier. Elle ne se flingue plus, elle lutte. Rien ne lui fait peur, pas même “le Crabe” …

Annie Girardot fut la seule actrice de son époque à avoir osé - et pu - donner d'égale à égal la réplique à Louis De Funès. En dépit de son titre, «La zizanie» (1978), fut l'occasion d'une rencontre très chaleureuse, à défaut de pouvoir être amoureuse.

Madame Marguerite …

Annie Girardot sollicite elle-même Jean-Loup Dabadie pour écrire l'adaptation d'une pièce de Roberto Athayde qu'elle vient de lire, «Madame Marguerite». Douze ans après sa dernière apparition, la voici de retour au théâtre. Moins docile qu'à l'accoutumé, elle s'oppose à la conception du personnage que veut lui imposer son metteur en scène. Les premières représentations (1974), n'attirent pas le public: la directrice envisage de jeter l'éponge. Mais le miracle se produit et le bouche-à-bouche fonctionne: 200 représentations, tournées en province, en Belgique …

Trente ans plus tard, la pièce, retouchée par le même Dabadie, sera reprise à Montreux, puis à Paris (2001), avant de connaître la consécration du Festival d'Avignon (off, 2002) et faire l'objet d'une grande tournée européenne (2003).

Les robes noires …

En 1981, Giulia Salvatori tient, auprès de sa mère, son premier véritable rôle au cinéma dans «La vie continue» de Moshe Mizarahi, film qui ne rencontrera pas son public.

D'une manière générale, la cote de l'actrice commence à décliner. Et puisque le cinéma fait la fine bouche, celle-là se tourne naturellement vers le théâtre et la chanson. En 1982, avec l'aide de son nouveau compagnon Bob Decout, elle contribue à la réouverture du Casino de Paris en produisant un spectacle musical composé par Catherine Lara, «Revue et corrigée». Sur scène les deux chanteuses sont rejointes par Janie Quartz et Patti Guesch. Mais le public ne se montre pas davantage empressé et l'affaire capote rapidement. Ruinée, la productrice doit vendre son appartement de la Rue des Vosges, véritable refuge dont la perte lui laisse une blessure inguérissable.

L'année suivante, toujours mise en scène par Bob Decout, elle se livre à un numéro de trapèze dans «Marguerite et les autres». Une chute sur scène compromet définitivement la nouvelle aventure. Le couple revient alors au cinéma avec «Adieu Blaireau» (1984) : nouvelle déception. … Le vent aurait-t-il tourné ?

Si la naissance d'une petite-fille, Lola (14-7-1985), met un peu de baume sur le coeur, il est trop vite suivi de l'hospitalisation en urgence d'une Giulia en pleine déprime qui a basculé dans la drogue.

Le 27 mars 1988, Renato Salvatori décède, à 54 ans, des suites d'un diabète. Annie, au creux d'une carrière oscillante, prend le coup en pleine figure. Renato, l'homme de sa vie, auquel elle est toujours mariée, qu'elle n'a trompé que par lassitude d'être trompée et de devoir se taire, son Renato n'est plus. Pudique, il a évité leur dernière rencontre pour ne pas se montrer affaibli. Encore un rendez-vous manqué …

La série noire se poursuit en 1989. Annie est au chevet de sa maman, affaiblie par un diabète, lorsque celle-ci la pousse à rejoindre Giulia qui se marie à l'île Maurice. En son absence, la veille dame demande - entre consoeurs, c'est plus facile - qu'on l'aide à mourir …

Partir, revenir …

Il faut bien vivre. Il faut bien travailler … D'autant plus que l'autre … Adieu Bob ... Sans rancune … Mais t'aurais quand même pu dire au revoir …

La télévision, peu rancunière, lui vaut quelques satisfactions, comme ce Sept d'Or 1989 de la meilleure actrice du petit écran pour sa performance dans «le Vent des Moissons».

Visiteuse de prison depuis de nombreuses années, Annie Girardot connaît bien l'univers carcéral. Si elle ne pardonna point à Cayatte de l'avoir contrainte à jouer, dans «A chacun son enfer» (1976), sur un ton favorable à la peine de mort, elle incarne avec intérêt un personnage négatif dans «Prisonnières» de Charlotte Silvera, oeuvre dans laquelle une Giulia retrouvée (elle a mis au monde le petit Renato en 1992) fait également une apparition.

En 1994, l'ami Lelouch lui fait endosser les guenilles de La Thénardiere dans sa version, très personnelle, des «Misérables». Fidèle à sa méthode, il ne donne aucun texte. Face à un Boujenah qui fait le difficile, l'actrice improvise: la mégère roucoule, s'emporte, s'écroule ... On connait la suite: au public des César qui vient de lui accorder la récompense de la meilleure actrice de second plan, elle déclare, " ... Je ne sais pas si j’ai manqué au cinéma, mais le cinéma, lui, m’a manqué, infiniment …". Toutes les composantes de l'audimat fondent en larmes. Annie rajeunit de 20 ans … Avec «La pianiste» (2001), le même honneur lui échoit pour son interprétation de la mère alcoolique et hystérique d'Isabelle Huppert, elle même honorée au Festival de Cannes précédent.

2002, c'est également l'année de la reprise de «Madame Marguerite», à Paris, en tournée nationale et internationale, qui se traduit par un Molière de la meilleure actrice de théâtre. Une récompense ne venant jamais seule, un «Molière» d'honneur pour l'ensemble de sa carrière théâtrale lui est remis par Alain Delon, Rocco orphelin depuis le départ de son aîné …

Il y aura encore de belles satisfactions («Caché» de Michael Haneke en 2005, par exemple) pour cette grande dame qui travaillera jusqu'en 2007. Mais, dès 2003, sent-elle déjà que ses souvenirs s'effilochent, que son esprit se "pointille", lorsqu'elle termine la rédaction de sa bouleversante autobiographie ? Alors que nul n'a encore diagnostiqué le mal, devine-t-elle qu'il lui faut imprimer sa mémoire de toute urgence ?

Cette mémoire qui, depuis, ne fait que partir, revenir, partir, revenir, partir, revenir …

Documents

Sources : «Vivre d'aimer» d'Annie Girardot (1989), «Partir, revenir, les passions vives» d'Annie Girardot (2003), «Annie Girardot» par Françoise Gilles (1971), documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Annie Girardot : "Les films que j'ai tournés, les hommes que j'ai aimés ont écrit l'histoire de ma vie. Sauf que, maintenant, vous la connaissez mieux que moi …" (en 2006, déjà atteinte par la maladie)

© Christian Grenier, juin 2008
(Ed.6.3.2 : 8-12-2013)