Maria CASARES (1922 / 1996)

L'Encinémathèque

Je me rendais en "pèlerinage" cinématographique en pays de Charente. Je cherchais à compléter mon dossier sur Noël-Noël et j'étais navrée de l'ignorance que manifestaient les jeunes générations à son propos: "C'est un acteur de l'ancien temps ! …"

Plusieurs fois, on m'a rajouté "Si vous aimez le vieux cinéma, vous aimerez La Vergne ! ". J'étais intriguée ! Qui était la Vergne ? … Je me renseigne … Allez à Alloue ! Alloue, à 10 km de Confolens, un tout petit village coquet et bien calme de la France profonde, doté en particulier d'une admirable vieille église romane …
J'avise une pancarte fléchée: Maison du Comédien - Maria Casares - La Vergne !

Je commence à comprendre l'allusion "au vieux cinéma " … Bien sûr, je savais vaguement que la grande actrice avait fini sa vie dans cette région …

C'est ainsi qu'est née l'idée de cette page consacrée à l'une de nos plus grandes comédiennes, "un monstre sacré" se risquent à dire certains !

Certes, cette grande dame fut avant tout une tragédienne de théâtre, mais elle a tout de même été tentée par le 7e art et ses rôles ont marqué le cinéma des années 40 et de l'après-guerre immédiat , et jusque dans les années 90 au point de décrocher un César !

Retrouvons donc, en cette année qui commémore le 10e anniversaire de sa mort, …

Maria Casares !

Donatienne

F28 - Maria Casares, "Elle se possède autant qu'elle se donne" … (Béatrix Dussane)

biographie filmographie
Maria Casares en 1933
Maria et l'enfance …

Maria Victoria Casares Pérez est née le 21 novembre 1922 à La Corogne en Galice (Espagne). Ce fut un énorme bébé, non désiré mais accepté: "Quand mes parents m'ont eue, ce fut par distraction ou par maladresse …". On l'appelait “Mameluco” tant elle était potelée.

Son père , né en 1884 d'une famille de la bourgeoisie, était le seul survivant d'une fratrie, marquée par la maladie, de 9 garçons. Il s'appelait Santiago Casares Quiroga, Santi pour son épouse. C'était un personnage atypique , atteint de tuberculose depuis l'âge de 5 ans. Après des études de droit, jusqu'en 1931, cet avocat prenait plaisir à rédiger ses plaidoiries en vers ! Il était athée, républicain et francophile ! Maria le décrit comme un dandy élégant, provocateur, imprudent et timide en même temps. Il occupera l'important poste politique de ministre républicain. Pour cela, il sera obligé de s'exiler en Amérique du Sud et en Angleterre à l'issue de la guerre civile et à l'avènement de Franco . Il sera banni de son pays et rejoindra sa fille à Paris. Il tiendra un journal de bord concernant les amours et la vie de Maria, qui en fera état dans son livre.

Sa mère, Gloria Pérez, est dépeinte par sa fille comme fine et forte à la fois, d'une distinction rare, avec un port de reine et un sourire d'un prodigieux éclat: "Elle était, je crois, intelligente, artiste et meiga …(fée-sorcière)"

Maria a 23 ans à la mort de sa maman et 27 à la mort de son père. Elle portera ces deux chagrins sans jamais les surmonter. "Mes morts …" disait-elle …

Autre membre de la famille, sa demi-s&œur aînée, Esther Casares, née d'une première union de son père. Elle aura également un frère adoptif, Enrique , jeune adolescent recueilli par sa mère lors de la guerre civile espagnole.

La petite Maria était appelée Vitola par son papa et Vitolina par tout le reste de la famille. Elle n'aimait pas, même à l'âge adulte, le prénom de Maria, prononcé à l'espagnole, à cause d'une comptine enfantine qui lui avait laissé un mauvais souvenir !

Elle grandit gentiment dans cette famille plutôt aisée dont elle garde un bon souvenir de la domesticité. Mais l'on décèle déjà chez cette petite fille un tempérament bien marqué: c'est une enfant sensible qui délivre les petites souris prises au piège, qui est attirée très tôt par la musique et la poésie (son père la réveillait avec l'ouverture du«Don Juan» de Mozart !). "Je déclamais dans leur intégralité des morceaux de bravoure à tue-tête, perchée sur un arbre du jardin, en sourdine et tremblante d'une étrange émotion à l'école ou devant mon père dans sa grande bibliothèque ".

Une enfant très imaginative, donc, qui s'invente un "petit pote démon", niché dans son oreille (elle s'en imaginera un deuxième plus tard), son petit Jiminy Cricket à elle !

Elle fréquente le collège de la Corogne.

En 1931, elle quitte sa Galice natale pour Madrid. Une nouvelle école, son premier rôle de théâtre, son premier bal, des épisodes qui compteront dans la vie de la future actrice , qui révèle déjà la personnalité de la passionata qu'elle sera plus tard: une Petite Vierge Ardente et Costume Chinois.

Maria Cacares en 1936
Maria à Paris …

Le 20 novembre 1936, chassée avec sa famille par la guerre civile qui éclate dans son pays, Maria débarque à Paris. Le surlendemain, elle fête ses 14 ans. C'est l'hôtel Paris-New-York devenu aujourd'hui une pizzeria de la rue Vaugirard qui sera leur première escale.

On inscrit Maria au lycée Victor-Duruy où elle va apprendre le français. La famille fait la connaissance par des amis communs d'un acteur célèbre à l'époque D’Alcover, et de son épouse Colonna Romano , sociétaire de la Comédie Française. D'origine espagnole, le couple va aider les exilés. Un jour, Maria déclame un poème devant eux; elle tremble, elle pleure … une petite passionata toujours … Le couple est stupéfait: "Il faut qu'elle fasse du théâtre, il le faut ! sinon elle étouffera …" C'est le début de tout …,

Tout en continuant ses études, elle tente l'entrée au Conservatoire. Son fort accent lui joue des tours et elle est recalée. Alors, "Je m'y suis mise, je suis tombée à bras raccourcis sur cette belle langue qui m'échappait toujours".

C'est la guerre, nous sommes en 1939. Son père est obligé de s'enfuir en Angleterre. Le reste de la famille s'installe dans les Landes, en zone libre.

De retour à Paris, Maria habite avec sa mère dans un appartement niché au 6e étage d'un immeuble au coin de l'impasse de l'Enfant-Jésus et de la rue Vaugirard. Cet appartement au balcon en fer forgé, "ouvert aux quatre coins du ciel " elle ne l'achètera jamais … "Il avait trop d'âme" (entendons-par là trop de souvenirs poignants: ses parents décèderont dans ce logement) pourtant pour elle ce fut un cocon, son havre pendant 30 années: "Alors, le pigeonnier, devenu port - nid - pays - foyer- patrie - terre haut située ouverte au ciel dans le cœur même de la cité, semblait à jamais protégé".

Dès ce retour donc, elle veut tenter à nouveau l'entrée au Conservatoire. Elle fréquente le cours René Simon de la rue de Madrid. Mais elle échoue dans sa conquête de la 2° partie du baccalauréat et le regrettera toujours. Le théâtre avant tout …. Au concours d'entrée, elle présente deux scènes classiques: «Hermione» et«Eriphile» : reçue haut la main !

La voici élève de Béatrix Dussane. Elle fait des rencontres amicales comme celle d'Alice Sapritch … Elle n'a pas de très bonnes relations, par contre, avec Louis Jouvet. Après la première année, où elle décroche un accessit, elle est convoquée à une audition au Théâtre des Mathurins, le fief de Marcel Herrand et Jean Marchat. Elle ne les appelle pas encore "ses pères de théâtre …". Ils lui proposent un rôle dans «Deirdre des douleurs», une pièce irlandaise (1942) …

Serge Reggiani et Maria Casares dans 'Le Roi Jean',
Festival d'Angers 1952
Maria et le théâtre …

"Mon nom est Maria Casares. Je suis née en novembre 1942 au Théâtre des Mathurins. J'ai été élevée sous la tutelle de Marcel Herrand et Jean Marchat. Ma patrie est le théâtre. J'ai connu, en scène, plus de problèmes, de difficultés, d'incidents, d'accidents, d'échecs, de triomphes, de plaisirs, de joies, d'extases, d'événements que l'on ne pourrait accumuler dans la plus riche des existences …"

La carrière de cette magnifique tragédienne se situe dans la lignée des Rachel et des Sarah Bernhard.

Lancée par «Deirdre …», Maria a ensuite tout joué: des pièces classiques mais aussi des œuvres audacieuses et inédites. N'oublions pas qu'elle osera interpréter, en 1967, «Les Paravents» de Jean Genêt, oeuvre qui fera scandale et qu'André Malraux défendra contre vents et marées.

La Comédie Française (pour deux ans seulement), le TNP avec Jean Vilar qui l'embarquera dans son aventure du Festival d'Avignon, toutes les scènes parisiennes et les tournées en Province, le festival d'Angers. Oui Maria a fait tout cela … pour parler candidement !

Résumons cette prodigieuse carrière en nous permettant d'emprunter quelques photos à la très belle plaquette «Maria Casares au Théâtre», vendue à La Vergne, et qui présente 140 souvenirs en noir et blanc. Retrouvons- là avec ses partenaires et amis …

Mais qu'il me soit permis de rendre hommage à celui qui vient de la rejoindre dans les cieux des grands artistes, Philippe Noiret, avec qui elle a joué «Marie Tudor» en 1955, au TNP et au Festival d'Avignon. Maria et Monique Chaumette (Madame Noiret) étaient proches et s'estimaient beaucoup: "Monique Chaumette, Ma douce sœur d'armes, connue au TNP … "

Maria aura aussi joué avec la charmante Claude Jade, disparue tout aussi récemment: "En 1980, je jouais "Junie" dans «Britannicus». Maria était "Agrippine" …Elle fut étonnante. D'un bout de la pièce à l'autre, elle était habitée, frémissante. Sa manière de dire les alexandrins tenait de l'incantation. Elle cassait les vers avec une violence contenue qui éclatait comme une coulée de lave brûlante. Elle était en larmes, les yeux étincelants, la bouche tremblante. Elle se donnait corps et âme. Quelle actrice unique …" Le mercredi et le samedi, Maria faisait monter dans sa loge un demi-poulet froid. "Il faut que je nourrisse ma voix" ! (Claude Jade, «Baisers envolés»).

'La Princesse de la Mort' Maria Casares dans 'Orphée' (1950)
Maria et le cinéma …

Maria préférera toujours le théâtre au cinéma: "Spectatrice pourtant passionnée et émerveillée devant les acteurs de cinéma qui ont su créer à travers leurs films des figures presque mythiques, peut-être parce que je porte en moi une autre forme de narcissisme, je n'ai jamais pu de l'autre côté de la caméra m'attacher à une telle quête".

Par ailleurs, elle avoue n'avoir jamais réussi à faire totalement abstraction de toute la logistique technique et à se passer de la présence du public. Cependant, fidèle à elle-même, elle aura choisi avec soin ses rôles à l'écran.

Attardons -nous sur ses principaux films !

  • 1943 - «Les Enfants du Paradis» de Marcel Carné et Jacques Prévert
    Le chef-d'œuvre du tandem Carné-Prévert n'est plus à présenter. Maria y est Nathalie , la fille d'un directeur de théâtre. Elle est unie au mime Baptiste Debureau (Jean-Louis Barrault). Mais ce dernier lui préférera Garance (immortalisée par la pétillante Arletty).
    Ce film mythique du réalisme poétique français est devenu une oeuvre culte. En 1990, 500 professionnels ont élu ce long métrage le plus grand film français de tous les temps. Parmi les figurants, un jeune garçon encore inconnu fera carrière, Gérard Blain.
  • 1945 - «Les Dames du Bois de Boulogne» de Robert Bresson
    Robert Bresson a eu l'idée de ce film en s'inspirant du «Jacques le Fataliste» de Diderot. Il s'appuie sur les dialogues de Jean Cocteau. On remarquera particulièrement les éclairages très étudiés du visage de Maria, ravagée par la passion, et frustrée au point de manipuler ignoblement celui qu'elle aime. Jalousie, Vengeance, jouissance et souffrance , l'actrice les exprime de façon sublime. On dit que c'est à ce moment là que Cocteau l'a choisie pour son «Orphée».
  • 1947 -«La Chartreuse de Parme» de Christian-Jaque
    Le roman de Stendhal est également interprété par Gérard Philippe, Renée Faure, Louis Salou et Lucien Coëdel. Maria y est une bien belle Sanseverina, fine et tragédienne.
  • 1950 - «Orphée», de Jean Cocteau
    Maria incarne la Princesse de la Mort qui entraîne Orphée-Jean Marais vers les ténèbres.
  • 1960 - «Le Testament d'Orphée» de Jean Cocteau
    En voilà d’un film étrange … Chef d’œuvre du surréalisme d’après-guerre, c'est du Cocteau «pur jus» … On y retrouve Maria, bien sûr, avec sa voix légendaire, si envoûtante un peu rauque, et ses cheveux tirés. Elle forme, avec François Périer, un tandem original dans une sorte de tribunal de l’absurde, chargé de juger Orphée-Cocteau.
    Aujourd'hui, l'œuvre peut paraître désuète … ou d’avant garde, selon ses goûts ! Pour ma part, je ne suis pas sûre d'avoir tout compris !
  • 1988 -«La Lectrice» de Michel Deville
    Maria a obtenu le césar du 2e rôle féminin pour son interprétation d'une veuve de général, passionnée par Marx et par Tolstoï, dans cette oeuvre elle-même récompensée par le César 1989 du meilleur film.
André Schlesser
Maria et les hommes …

Il n'est pas question, bien sûr, de se faire ici l'écho de rumeurs non fondées. Nous nous tiendrons aux confidences de Maria sur le sujet …

Elle vivra une première amourette de jeunesse, un petit feu de paille, avec Enrique, le jeune espagnol recueilli par sa mère lors de la guerre civile. Mais l'histoire ne durera pas longtemps .

Avec son tempérament de feu, son regard si ardent, ses yeux verts obliques, on comprend aisément qu'elle ne laissait pas les hommes indifférents …

  • Marcel Herrand et Jean Marchat, ses pères de théâtre …
        Ainsi, les deux hommes, qui vivaient en couple et dont les préférences allaient plutôt vers les messieurs, eurent tout de même chacun une passion intense et secrète pour la belle expatriée:
        "Dès ma première rencontre avec lui, mon alliance avec Marcel Herrand fut scellée à vie. Et c'est que dans cet homme, un des plus renfermés, des plus secrets, des plus réservés que j'ai connus …se cachaient des qualités qui me le rendaient précieux et cher à jamais …"
        "Jean Marchat, beau gosse, portant avec une adorable moue de démenti, l'air grave de dignité que donnent les responsabilités, était en réalité d'un charme infini …"
  • Henri-Georges Clouzot, alors jeune metteur en scène …
    Le père du "Corbeau" succomba lui aussi à la belle Maria. Il fut question qu'elle soit son interprète, mais le jeune réalisateur eut la maladresse de lui offrir un bracelet … Elle crut qu'il l'avait choisie uniquement pour ses charmes et le projet capota. Ils se revirent toutefois plus tard avec beaucoup de plaisir.
  • Craig Gordon, dramaturge irlandais …
        "J'épiais chacun de vos gestes … Je captais la musique de chacune de vos intonations … et je pleurais d'une joie sans mélange …" (extraits d'une lettre par lui envoyée le 7 décembre 1943)
        Maria éprouvera une grande fierté à rencontrer cette légende vivante du théâtre anglo-saxon. Quand elle fait sa connaissance, il a plus de 70 ans. Elle s'imagine une relation belle, théâtrale et …platonique ! Craig, lui, éprouvera une passion beaucoup plus tactile et virile … et Maria ne poursuivra pas …
        "Il était têtu et il m'inspirait un sentiment trop délicat pour qu'à mon tour je m'entête à jouer avec lui un vilain jeu …"
  • Albert Camus, le premier grand amour …
    Marcel Herrand tend un livre à son amie: "Tiens … Je pense que tu peux jouer Martha. C'est d'un jeune auteur que j'aime. Lis …"
        La pièce s'appelait «Le malentendu». Elle était signée Albert Camus. L'actrice assiste à la lecture de la pièce par l'auteur: ce sera le début d'un grand amour … une passion belle et dure … Albert Camus est mariée et père des petits jumeaux Jean et Catherine. Sa jeune épouse, Francine, est restée en Algérie. Le jeune auteur vit seul à Paris. Nous sommes en 1944. Les deux amoureux apprennent ensemble le Débarquement. Maria découvre le rôle de résistant de son amant, et sa collaboration au journal clandestin "Combat".
        "Nous avons vécu de magnifiques heures durant l'année 1944 mais elles ont été longtemps traversées par l'orgueil de part et d'autre" (Camus).
    Il se séparent à la fin de la guerre …
         Le 6 juin 1948, ils se retrouvent par hasard ; l'écrivain devenu mondialement connu se partagera entre son épouse rapatriée et la belle Espagnole. Ils ne se quitteront plus jusqu'à la mort d'Albert Camus, le 4 janvier 1960 dans un accident de voiture, sur une ligne droite entre Sens et Paris.
         "C'était une histoire invulnérable que la leur, aussi éternelle que ces vagues et ces rivages où ils accostaient sans plus rien dire" (Frédéric Mittérand -«Destins d'étoiles: Albert Camus»).
  • Jean Servais, un dandy tourmenté …
        Elle fait sa connaissance dans la loge de Marcel Herrand. Elle éprouve alors un véritable coup de foudre. S'en suivra une fougueuse liaison amoureuse sans qu'elle puisse lui donner le nom d'amour. Elle se fiancera tout de même à lui, envisageant un mariage qui n'aura jamais lieu.
        "Il avait été très beau … mais je préférais sa beauté du moment qui nous a réunis, quand il portait déjà sur son visage les stigmates de sa peine à vivre. Je n'ai jamais connu ses belles mains que pour me guider, servir ou caresser."
        Mais le comédien était d'un naturel jaloux. Lui et Maria s'entredéchireront et se sépareront bien mélancoliquement sur un constat d'échec …
        "Au delà de sa mort" (en 1976) ", je sens le fil à jamais vacant qui ne m'a reliée qu'à lui."
  • Gérard Philipe, une immense et tendre amitié …
        "A Rome" (lors du tournage de «la Chartreuse de Parme» en 1947)", j'avais retrouvé la silhouette filiforme, le profil nettement découpé, le sourire clair et ingénu, les grands yeux de ciel et le regard nostalgique de Gérard Philippe …"
        Avec de très jolis mots et beaucoup de pudeur, Maria raconte le jour où ils ont enfreint les interdits qu'ils s'étaient silencieusement fixés, où ils ont laissé la part la plus rare de leur amitié … Chacun repartira vers son destin … Ils ne se verront plus pendant 10 ans, se croisant de loin.
        Lors du tournage du "Testament d'Orphée», Jean Marais arrive sur le plateau pour lui annoncer le décès de Gérard. Elle a la vision imaginaire de sa longue et élégante silhouette lui montrant en souriant combien il est facile de franchir la porte de l'au-delà … De ce jour, elle, qui avait peur de la mort, se sentira rassurée …
  • André Schlesser, le compagnon de la vie …
        "Voici mon mari. Le seul homme qui m'ait donné son nom après mon père, celui à qui je suis allée tout naturellement pour qu'il m'unisse à ma patrie nouvelle … "
        Car elle finit par se marier, le 27 juin 1978. Il s'appelle André, elle le nomme Dadé. Elle l'a rencontré au TNP, 23 ans auparavant dans la troupe de Jean Vilar où il était l'homme de tous les métiers, se rendant ainsi indispensable. A ce titre, il sera dans l'aventure du festival d'Avignon. Interprète de chansons, il écrira, en 1959, la chanson «Souvenance» pour une grande dame brune, Barbara.
        André était père de 5 enfants d'unions différentes, et grand-père quatre fois ! Toute cette petite tribu viendra régulièrement à La Vergne.
La cloche de La Vergne Avec Pierre Brasseur,
dans la pièce 'Cher menteur'
Maria et La Vergne, à Alloue …

Il était une fois une belle Espagnole, expatriée à cause de la guerre, qui cherchait pour elle et son compagnon, un havre de paix, un refuge, un coin secret, et qui en un moment décida de choisir cette gentilhommière reposante et rassurante. Cette maison couverte de lierre s'est bâtie au cours des siècles. Entourée de deux hectares et demi de prés, elle est là, immuable comme pour garder la mémoire de ceux qui y ont vécu.

"Nous avons pris l'allée qui conduit à la Vergne …Iil était inutile d'aller plus loin …le chemin creux …eut suffi - je crois - à nous retenir …"

La Vergne, "Je la passe sous silence … Je la cache … C'est le trou où je m'isole, le cocon où je me refais. Même mes amis les plus intimes, c'est à Paris que je les reçois …". La Vergne, "loin de la ville …hors du bûcher théâtral, à la fraîcheur de la Charente …".

Maria et son compagnon mettront des années à s'installer à La Vergne. André s'attellera à transformer la vieille maison en refuge confortable … Maria elle-même s'adonnera au ménage, "une des meilleures écoles !". !

A Paris, ils s'amuseront tous les deux à chiner dans les brocantes, chez les antiquaires pour dénicher les objets, transportés dans une vieille 2 CV, qui habilleront la nouvelle demeure. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, Maria n'avait pas des cachets pharamineux comme ceux que touchent les grandes stars actuelles. Tout son argent passait dans l'aménagement de La Vergne. Et l'on sait que c'est la pièce "Cher Menteur», avec Pierre Brasseur, qui lui aura permis d'acquérir son refuge campagnard.

C'est là qu'elle envisagera régulièrement ses courtes vacances, c'est l'asile qu'elle choisira pour la rédaction de son livre dont sont extraites les citations du présent dossier. "Résidente privilégiée" constitue une biographie particulièrement touchante et bien écrite, sincère et passionnée. La Vergne y est présente du début à la fin. Trois saisons seront nécessaires pour mettre un point final (le 30 septembre 1979) à ce livre de souvenirs qui sera publié en 1980.

La Vergne accueillera le couple de plus en plus fréquemment. André Schlesser s'y s'éteindra en 1985. Sa dépouille fut inhumée à Alloue. Maria décèdera le 22 novembre 1996 dans sa chambre de la grande maison protectrice et rejoindra son mari. Ils reposent côte à côte, tout en haut du petit cimetière que l'on aperçoit de La Vergne, à travers les feuillages. Leurs pierres tombales jumelles sont réunies à jamais par un joli rosier.

"Et là-bas, à la lisière des terres charentaises, au bord du courant qui allait rejoindre l'Océan, un nouveau Mesias … et que j'ai nommé l'Archange, gardait pour moi les lieux où je voulais renaître."

La Vergne, aujourd'hui
La Vergne, aujourd'hui …

J'ai eu personnellement la chance de pouvoir visiter La Vergne, au milieu des chantiers de rénovation des communs pour La Maison du Comédien - Maria Casares. C'est avec une belle émotion (la même que celle ressentie lors de la visite de la maison de George Sand à Nohant) que j'ai pu découvrir les pièces du rez-de-chaussée, qui sont restées comme elles étaient quand leur illustre propriétaire était présente. Sa cuisine campagnarde, sa bibliothèque … à tel point que j'ai eu l'impression qu'elle n'était pas partie …qu'elle allait apparaître, souriante …

Une pièce sert de bureau pour l'association. Lors de la journée du patrimoine, les visiteurs peuvent venir dans le domaine et entendre des comédiens lire des extraits du livre. On peut aussi apprécier la fraîcheur de la cour plantée de pommiers, de tilleuls, de saules, de frênes et d'érables. On peut enfin avec beaucoup d'émotion repérer les petits bancs de pierre que la comédienne avait fait installer, au bord de la Charente, pour méditer, lire, se ressourcer …

Pour remercier la France d'avoir été une terre d'asile, Maria Casares avait décidé de léguer sa maison à la commune d'Alloue. C'est ainsi qu'au décès de la comédienne, le petit village de 600 habitants hérite du domaine. Un tel cadeau, certes magnifique, est un présent lourd en gestion et en responsabilités. Lucien Simonneau , en maire avisé, a l'idée originale de prendre contact avec Véronique Charrier, qui fut directrice adjointe du Festival d'Avignon et qui connaissait Maria.

Ainsi est née l'idée de La Maison du Comédien - Maria Casares. Le visiteur, peut-être rendu curieux par cette page, prendra plaisir à visiter cette demeure, siège de l'association dont le comédien François Marthouret est le président. En attendant d'assouvir sa curiosité, il peut se rendre sur le site internet qui lui est consacré.

Documents

La belle dame au tempérament de feu s'en est allée mais elle laisse son empreinte dans ce coin de terre charentaise. Sans jamais avoir renié sa patrie, l'Espagne, elle était très attachée à la France.

Madame Maria Casares était chevalier de la Légion d'Honneur, Commandeur des Arts et lettres, Molière 1989 pour son rôle dans «Hécube» d'Euripide et récipiendaire du César du 2e rôle pour sa performance dans «La Lectrice».

Au delà de tous ces titres amplement mérités, elle était surtout une femme fière, courageuse et digne d'admiration. J'espère que par cette page, j'aurai réussi à vous la faire connaître et apprécier davantage.

Un grand merci à Aurélie, de l'équipe de La Maison du Comédien - Maria Casares, pour son accueil à La Vergne et pour sa précieuse collaboration. Un grand merci aussi à mes deux photographes particuliers, Cédric Lebailly de Saint-Pierre-et-Miquelon et Yvette Jayet d'Echirolles.

Citations: Les citations présentées dans cette page sont extraites du livre de Maria Casares, «Résidence Privilégiée».

Sources: Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées ça et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

 

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©Donatienne, décembre 2006

(Ed.4.5.1: 25-9-2008)