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Mireille BALIN (1909 / 1968)

Mireille Balin

" … Je ressemblais à une vitrine de bijoutier. Mais je n'étais pas heureuse. Je me faisais peur. Au fond, je n'étais pas faite pour cette vie là".

Parlant de ses moments de gloire, ainsi se décrit sans indulgence l'une des plus belles femmes du cinéma français d'avant-guerre, Mireille Balin.

Totalement dénuée de conscience politique, alors que la vie lui avait donné rendez-vous avec l'Histoire à un moment où il en fallait beaucoup, davantage rassurée par le calme de l'Occupation que par l'anarchie révolutionnaire de la Libération, l'actrice vivra les vingt dernières années de sa vie comme une rédemption, le prix à payer pour avoir connu un luxe et des honneurs qui ne lui semblaient pas légitimes.

Des éclats du firmament jusqu'au ruisseau de l'oubli, la vie de Mireille Balin s'inscrit dans une suite logique d'événements à laquelle il lui fut pourtant impossible d'échapper.

F02 - Mireille Balin, la Vénus aveugle …

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Avant le cinéma …

Issue d'un milieu bourgeois, Blanche Mireille Césarine Balin est née le 20-7-1909, à Monte-Carlo, d'un père français, journaliste à La Tribune de Genève, et d'une mère florentine. La naissance survint prématurément, à la suite d'un accident de la circulation dont sa maman fut la victime.

Après de brillantes études secondaires à Marseille, la jeune fille poursuit son éducation dans un pensionnat parisien, avenue Victor Hugo, tout en suivant des cours de piano au Conservatoire.

Tout eût été pour le mieux dans le meilleur des (grands) mondes possibles si quelques mauvais placements paternels n'avaient entamé la fortune familiale. La jeune Blanche se présente alors chez Jean PatouJean Patou, propriétaire de boutiques de luxe, pour un emploi de secrétaire. Mais, séduit par sa beauté, le couturier l'engagea comme mannequin! Elle tut les détails à ses parents, jusqu'au jour où papa, indigné, tomba sur la photographie de sa fille dans un journal de mode!

Parallèlement, afin de mettre du caviar sur les ortolans, elle pose de manière anonyme pour des cartes postales. Dans un article de Cinémondial daté de 1941, prématurément désabusée, l'actrice avouera également, à cette époque de vaches maigres, une courte activité de vendeuse.

Mais revenons à 1932, l'année où le réalisateur Jean de Limur remarque son visage dans la revue Paris Magazine et signale la jeune femme à Georg Wilhelm Pabst.

Ca y est, elle tourne …

Certaine(s) encyclopédie(s) - Le Dictionnaire Mondial des Comédiens par exemple - la font débuter au cinéma dans le moyen métrage de Maurice de Cammage, «Vive la classe» (1932). Non créditée au générique d'un filmaujourd'hui invisible, sa présence y est pour le moins douteuse.

C'est donc bien le réalisateur allemand qui la fait officiellement tourner pour la première fois dans un rôle secondaire de son «Don Quichotte» (1932). Après ce qu'elle pensait n'être qu'un intermède lucratif, Mireille retourna chez ses employeurs du moment, la maison Martial et Armand, reprenant les défilés de mode, univers dans lequel elle se complaît davantage. Mais le cinéma la rappelait déjà …

Le tournage de «Le sexe faible» (1933) ne lui laisse que de mauvais souvenirs, sa relation avec le réalisateur Robert SiodmakRobert Siodmak s'altérant de jour en jour. Le cachet lui permet toutefois de quitter enfin la maison familiale.

Peu après, dans «Adieu les beaux jours» (1933), elle côtoie déjà Jean Gabin, vedette masculine de la version française de cette production de la UFA dont la tête d'affiche des deux versions est la célèbre Brigitte HelmBrigitte Helm.

Entrenant à cette époque une liaison avec l'homme politique Raymond Patenôtre, futur ministre, elle refusera de l'épouser, souhaitant garder son indépendance. A l'occasion du tournage du film «On a trouvé une femme nue», dont elle tient le rôle-titre, elle doit se déshabiller devant la caméra. N'acceptant pas d'être doublée, elle attire sur elle le courroux de Raymond : "Le cinéma ou moi!". Ce sera le cinéma! La rupture sera définitivement consommée en 1936.

Entre temps, répondant à l'insistance du dramaturge Édouard Bourdet, elle passe une audition pour jouer sur scène la pièce d'Alfred de Musset, «On ne badine pas avec l'amour». On ne badine pas avec le théâtre non plus, et l'actrice ne devait plus jamais tenter l'expérience.

En 1936, elle tourne un mélodrame militaire exotique qui se déroule dans “nos colonies”, «Le roman d'un spahi». On peut voir dans cette oeuvrette le prélude aux deux grands films qu'elle va interpréter face à Jean Gabin, et qui lui vaudront une réputation dénitive de femme fatale …

Gueule d'Amour …

En 1936, pour des raisons de santé, Mireille Balin doit refuser la proposition que lui fait Julien DuvivierJulien Duvivier - et dont profitera Annabella - de jouer dans «La bandera». Mais lorsque le réalisateur prépara le tournage de «Pépé le Moko», il sut imposer la jeune femme aux frères Robert et Raymond Hakim pour donner la réplique à Jean Gabin. Il demanda également à ses interprètes de se rencontrer avant le tournage. Ce qu'ils firent, au delà de ses espérances …

Tourné dans les studios de Joinville et, pour les scènes d'extérieur, à Alger la Blanche, le film, bien que recueillant quelques critiques défavorables, connut un succès public considérable. Entré dans l'histoire du cinéma, il fit l'objet de plusieurs remakes plus ou moins avoués, dont le fameux «Algiers» (1938) à Hollywood, avec Charles Boyer et Hedy Lamarr. Le couple Jean Gabin/Mireille Balin devenait mythique …

Victime d'un accident d'équitation qui lui occasionne une triple fracture de la jambe, la vedette, après sa convalescence, part en voyage pour Venise … seule, car Jean est retenu à Paris par plusieurs contrats (et peut-être également par son épouse Doryane !). Visite rapide, villégiature sur la Côte d'Azur …

Enfin, Jean Gabin souhaite reformer avec elle le couple de «Pépé …» pour son prochain film, «Gueule d'amour». A Berlin, où le tournage se déroule dans les studios de la UFA, les jeunes gens découvrent les manifestations du nazisme triomphant, lui inquiet, sinon effrayé, elle davantage optimiste, peut-être même insouciante …

Réalisé par Jean Grémillon à partir d'un roman d'André Beucler, agrémenté des dialogues de Charles SpaakCharles Spaak, l'oeuvre fournit au duo une nouvelle occasion de prouver sa complémentarité. Tout le monde connaît l'anecdote relative à la scène dramatique au cours de laquelle le beau sous-officier, exaspéré par ses propos, étrangle la femme fatale : on s'inquiéta pour la santé de l'actrice qui mit une bonne dizaine de minutes à retrouver ses esprits!

Nouveau succès public, le film propulse Mireille Balin au rang des vedettes les mieux payées du cinéma français.

paragraphe_4 …

Comme ils en avaient l'habitude, les frères Hakim présentent à Mireille le futur partenaire du prochain film qu'ils projetaient pour elle, le chanteur corse Tino Rossi. Après un refus d'humeur, la jeune femme doit se soumettre. Immédiatement conquise, elle prend l'initiative d'une liaison bien vite rendue publique. La co-production franco-italienne qui en résultera, «Naples au baiser de feu», réalisée par Augusto Genina, bénéficia sans nul doute de cette publicité avantageuse.

Ayant signé un contrat avec la Metro-Goldwyn-Mayer, Mireille Balin débarque à New York en octobre 1937. Déprimée par la séparation que lui impose sa carrière autant que par les encouragements de Tino qui n'a pas crû devoir la retenir, elle ne s'insère pas dans la vie américaine et supporte encore moins les pouvoirs que s'arrogent les moguls hollywoodiens. Sans avoir tourné le moindre film, elle rachète son contrat en 1938 et regagne la France, soulagée.

Rapidement, elle s'installe dans une somptueuse villa de la côte varoise, près de Cannes, qu'elle baptise Catari, en hommage à la chanson de son amant. Partie en Italie pour tourner «Terre de feu» sous la direction de Marcel L'Herbier, elle découvre cette fois les couleurs arrogantes du fascisme transalpin.

Sa liaison avec Tino Rossi, altérée par la jalousie excessive de la jeune femme autant que de leur différence de sensibilité, s'étiole avec les dernières heures d'une insouciance qui n'est désormais plus de mise. «Menaces» d'Edmond Gréville, perturbé par les mobilisations partielles, puis «Rappel immédiat» de Léon Mathot, et ses plateaux envahis par les gendarmes, sont là pour le confirmer. Le premier Festival de Cannes, où elle fit une apparition, ne devait rien changer à l'affaire …

La guerre …

Sa rencontre avec Jean DelannoyJean Delannoy fait naître chez Mireille Balin l'espoir d'une nouvelle carrière, et si «La Vénus de l'or» (1938) ne laisse pas un très grand souvenir, «Macao, l'enfer du jeu» (1939) lui donne une nouvelle occasion de croiser le fer et les feux d'un amour impossible avec celui qui est devenu son ami, Erich Von Stroheim. Mais, au moment de sa distribution, en 1940, le film sera interdit dans les salles parisiennes par les autorités devenues allemandes. Refait avec Pierre Renoir, il dut attendre la Libération pour pouvoir être distribué dans sa version originale.

Le 1er septembre 1939, jour de l'ouverture de ce qui aurait dû être le premier Festival de Cannes, les Allemands envahissent la Pologne et la manifestation culturelle est interrompue. Après un passage par Paris, Mireille Balin tourne à Rome un film réalisé par Augusto Génina, «Le siège de l'Alcazar», une oeuvre commandée par Le DuceLe Duce, en hommage aux combattants franquistes espagnols.

L'Armistice signé, l'actrice rejoint son amant corse à Catari où, lassée d'une liaison désormais sans surprise, elle ne tardera pas à lui signifier son congé (septembre 1941). Dans Paris occupée, cherchant peut-être à retrouver les fastes d'antan, elle fréquente assidûment les soirées de l'Ambassade d'Allemagne. Lors d'une réception chez l'ambassadeur Otto AbetzOtto Abetz, elle fait la connaissance d'un officier viennois un peu plus jeune qu'elle, Birl Desbok. Très rapidement s'ébauche ce qui n'allait pas tarder à devenir une liaison passionnée. Mais s'afficher au bras d'un officier ennemi n'est jamais sans conséquence, et vouloir ignorer les événements politiques ressemble davantage à une politique que l'on attribue plus facilement aux autruches qu'aux vedettes de cinéma. Mireille Balin a beau tourner «La femme que j'ai le plus aimée» (1942), désormais cataloguée comme une collaboratrice, elle l'est de moins en moins …

Enfermée avec son nouvel amant dans une passion qui ne pouvait trouver d'autre issue que dans une “fuite en avant”, elle choisit de prendre ses distances avec le cinéma , une fois ses derniers contrats honorés. Parmi ceux-ci, «Dernier atout» (1942), lui laisse un souvenir agréable dont le point d'orgue est sa rencontre avec le metteur en scène Jacques BeckerJacques Becker, qui l'aide à apprivoiser ce qui demeure l'une de ses meilleures interprétations. Plus belle sera la chute : définitivement retirés à Catari, Mireille et son officier de la Wermacht, ne s'autorisant que quelques rares escapades parisiennes, se coupent du monde …

La Libération (des autres) et l'après-guerre …

Le 25 août 1944, Paris est libéré. Mireille et Birl tentent de rejoindre la frontière italienne, espérant se réfugier au Moyen-Orient. Le 28 septembre 1944, ils sont repris par un groupe de partisans FFI. Séparée de son amant, la jeune femme, battue et violée, échoue à la prison de Nice. Nul ne sait ce qu'il est advenu de Birl Desbok.

Rapatriée à la prison de Fresnes, Mireille Balin est interrogée. Sa libération, en janvier 1945, laisse penser que l'on ne put lui reprocher que sa liaison sentimentale avec un officier d'une armée devenue ennemie et sa participation au film de Genina. Mais, en 1945, cela n'était pas une broutille. Recluse dans son appartement de l'avenue d'Iéna, contrainte à vendre les derniers objets de valeur qu'il lui restait, abandonnée de (presque) tous, elle ne tarde pas à s'adonner à la boisson.

En 1946, le réalisateur Léon Mathot tente de remettre sa carrière en route en l'engageant pour son film «La dernière chevauchée». Mais l'actrice, traumatisée par tant de souffrances, n'est plus que l'ombre d'elle-même. Le cinéma fait désormais partie de son passé …

Poursuivie par le fisc, elle doit vendre Catari et son appartement parisien. Désormais locataire d'une petite villa cannoise, elle est successivement victime d'une congestion cérébrale, d'une méningite, de la fièvre de Malte … avant de connaître des troubles de la vision.

En 1957, elle s'installe à Paris, auprès d'une cousine accueillante. Mais, celle-ci périssant dans un accident d'avion, la voici de nouveau à la rue. Sauvée de la misère grâce à l'intervention de l'association La roue tourne, fondée par Paul Azaïs pour venir en aide aux vieux comédiens nécessiteux, elle vit ainsi plus d'une dizaine d'années dans une quasi solitude.

Le 9-11-1968, sous le regard ému de Paul Azaïs, la dame qui fit sortir Pépé le Moko de la Casbah et battre le cœur de Lucien Bourache / Gueule d'Amour décède à Clichy-La-Garenne (Hauts-de-Seine), dans l'oubli général. Sa dépouille repose au cimetière de Saint-Ouen, dans la même tombe que celle de Jean TissierJean Tissier, financièrement érigée par Tino Rossi.

Sources : biographie de Daniel Arsand, «Mireille Balin ou la beauté foudroyée», parue aux édition La Manufacture (1989), documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Mireille Balin : "Je ne prétends pas … que j'étais ou que je suis une grande comédienne. J'ai toujours dit faux et je n'ai jamais suivi de cours …"

© Christian Grenier, août 2008
(Ed.6.3.1 : 23-2-2013)